Ou comment se tirer une balle dans le pad avant même que le jeu commence.
Flashback, 1995. Les Spice Girls s’apprêtent à envahir la planète, Windows 95 chauffe dans les labos de Billou, et du côté des consoles, Sega a un plan. Enfin… un truc qui ressemble à un plan griffonné sur un coin de nappe chez Denny’s. Le nom du vaisseau spatial ? Saturn. Une console qu’on vénère aujourd’hui comme une icône culte, mais qui, à l’époque, s’est littéralement éclatée au décollage. Et pile aujourd’hui, ça fait 30 ans jour pour jour que la Saturn est sortie aux États-Unis, le 11 mai 1995. Bon anniversaire, vieille briscarde.
À la base, Sega of America avait prévu une belle date de lancement : le 2 septembre 1995, rebaptisé « Saturnday » (tu la sens venir la campagne marketing qui déchire ?). Sauf que du côté de Sega Japon, on a mis les deux pieds dans le plat en mode « on veut doubler la PlayStation au démarrage ». Et donc, à l’E3 de mai 1995, bim ! Le CEO de Sega USA, Tom Kalinske, annonce que 30 000 consoles ont déjà été livrées fissa à quelques magasins sélectionnés. Et là, c’est le drame. Walmart ? Best Buy ? KB Toys ? Snobés. Et vexés. Et devine quoi ? Ils décident de ne pas vendre la Saturn. Ouch.
Comme si ça ne suffisait pas, y’avait quasi aucun jeu à se mettre sous la dent au lancement : les éditeurs tiers visaient toujours septembre. Et cerise moisie sur le gâteau : Sega annonce un prix à 399 dollars, juste avant que Sony monte sur scène pour balancer une seule phrase qui va tout casser : « $299. » Game over. La Saturn, déjà en orbite bancale, vient de prendre un missile intersidéral.
Même Kalinske, des années plus tard, l’a reconnu en mode confessionnal : pas assez de stock, pas assez de jeux, pas assez de copains dans la distribution. « C’est pas comme ça qu’on lance une console », qu’il disait. Et il avait pas tort. La PlayStation débarque en septembre et en deux jours, elle grille la priorité à une Saturn pourtant sortie cinq mois plus tôt.
Kalinske a déclaré :
Nous n’avions pas assez de stock et nous manquions de jeux. J’ai dû prendre une décision difficile, car je ne pouvais pas fournir de stock à tous les revendeurs. Nous avons donc choisi quelques revendeurs et nous avons lancé le jeu avec eux immédiatement le jour même de l’E3… avec seulement quelques logiciels. C’était le lancement de la Saturn. Ce n’est pas comme ça qu’on lance une console. Il faut des jeux et un marketing important… Je pense que l’histoire aurait peut-être été un peu différente si nous n’avions pas fait ça.
La Saturn ne s’en remettra jamais vraiment aux USA. Mais au Japon ? C’est une autre histoire. Là-bas, la machine cartonne avec 5,75 millions d’unités vendues. Plus de la moitié de son total mondial. Comme quoi, même un lancement chaotique peut donner naissance à une légende… surtout quand elle tourne Radiant Silvergun, Panzer Dragoon Saga et Virtua Fighter 2 dans ses entrailles.


1 commentaire
Une console que j’ai particulièrement apprécié. Certes un peu spéciale mais certains jeux ont marqué leur génération, même en Europe malgré la Playstation.