Spirit of the North 2 a été testé sur Xbox série X à partir d’un code fourni par l’éditeur. Merci à lui ! Screenshots issus de cette même version.
Incontournable œuvre littéraire pour certains, traumatisme d’école primaire pour beaucoup, peu d’entre nous auraient fait le pari qu’un jour les pérégrinations de Maître Corbeau et Maître Renard se voient déclinées en aventures vidéoludiques. Et pourtant, c’est ce que nous propose Infuse Studio au travers de son dernier né. Mais rassurez vous, ici point de fromage ni de flatterie douteuse, Spirit of the North 2 se veut être une aventure onirique dans un monde ouvert où l’humain n’a pas lieux d’être et où nature et surnaturel cohabite sereinement.

Suite d’un premier opus satisfaisant à défaut d’être de tout reproche, le studio américain s’offre une occasion de corriger ses erreurs avec cette nouvelle aventure d’un Maître Renard bien plus mystique que son aïeul amateur de fromage. Accompagné pour l’occasion d’un Maître Corbeau bien mieux avisé que son narcissique ancêtre, il devra cette fois libérer les Légendaires Gardiens Perdus du joug du Shaman Grimnir.
Ainsi Spirit of the North 2 pourrait se qualifier de walking simulator en monde ouvert. Un mélange improbable tant les deux genres sont radicalement opposé, mais les recettes les plus improbables sont parfois de bon goût.

Le plumage qui rame
Le premier contact avec Spirit of the North 2 s’avère assez…désappointant. A commencer par l’ergonomie dans les menus du jeu et ce choix incompréhensible d’opter pour un système de curseur de souris. Un véritable « bonheur » à la manette ! D’autant plus que le curseur est trop lent pour passer rapidement d’un bord à l’autre de l’écran. Et pour couronner le tout, la disposition des icones et items composant les menus accentue le manque de précision dans les déplacements du pointeur. Des sensations que je ne pensais pas revivre depuis les premiers Point’n’Click porté sur consoles.

Exclusif au PC et consoles de dernières générations, Spirit of the North 2 est pourtant loin des canons esthétiques que l’on est en droit d’attendre sur ces supports en 2025. Que ce soit en mode performance ou qualité, les graphismes font peine à voir. Certes exiger une beauté équivalente à Hellblade 2 (les deux jeux s’inspirent de l’Islande comme base visuelle) serait hors sujet, mais entre les textures des décors pauvres ou les animations rigides et peu détaillées, l’ensemble visuel rebute plus qu’il n’attire.
Même si cela peut se justifier scénaristiquement parlant, les environnements manque de vie pour former un tout immédiatement immersif et solide. Un constat tristement renforcé par un clipping prononcé, sans oublier des soucis de caméra dans les lieux exigus dignes d’un jeu PS2 !

Mais…car il y a toujours un mais…se fier uniquement à la surface des choses serait une erreur et une fois digérer ce décevant démarrage, Spirit of the North 2 prend une tournure assez inattendu.
L’important n’est pas la destination, mais le voyage
En effet, malgré ses atours techniques rebutant, le monde ouvert de Spirit of the North 2 offre quelques beaux moments contemplatifs grâce à une gestion du cycle jour/nuit, une météo variable et quelques effets de brumes du bel effet. Porté par un volet musical somptueux signé Pav Gekko, composé de chants envoutants et de mélodies flottantes et légères, le jeu parvient ainsi à se hisser au-delà d’un simple aspect technique pour réussir à immerger le joueur dans ce monde mystique.
Ces efforts sont d’ailleurs plus que nécessaires pour garder captif le joueur puisque rapidement, l’aspect narratif sera mis de côté pour mieux privilégier l’exploration du vaste monde dans lequel se déroule Spirit of the North 2.

Ainsi, la narration à proprement parlé est inexistante. Les seuls indices concrets présents seront des sortes de runes contenant des fragments d’une histoire qui n’aura finalement que peu d’importance dans le plaisir de jeu. Tout le reste ne sera que dans la suggestion par les éléments de décors et la capacité du joueur à créer une cohérence avec ce qui l’entoure. Un parti pris audacieux alors que la plupart des productions actuelles s’évertuent à vouloir tout justifier et tout raconter le plus clairement possible au risque d’écœurer à force de vouloir surexpliquer.
Et on ne va pas se le cacher, ça fait du bien !!! Pouvoir explorer librement un univers sans compte à rebours sur la tête, perdre son temps à admirer un coucher de soleil ou une brume qui s’installe silencieusement, prendre le temps de laisser notre renard inactif pour l’admirer « faire sa toilette » ou se mettre en boule allongé par terre ou encore ne pas être frustrer de ne pas pouvoir accéder à une zone parce que le bestiaire ennemi y est beaucoup trop fort….
Autant de petites (in)actions que les développeurs de Caroline du Nord ont injectées dans leur Spirit of the North 2. Une démarche qui s’apparente à la volonté de proposer une véritable alternative au ténors du genre openworld, gavés à n’en pas finir de quêtes annexes et autres objectifs secondaires qui ne sont là que pour gonfler artificiellement une durée de vie déjà trop grande pour être intense. Infuse Studio nous offre cette liberté d’explorer à un rythme voulu et non dicté par des impératifs de temps ou de dramaturgie.

Ce jeu vidéo qui n’oublie pas d’être un jeu vidéo…et c’est dommage
De telles propositions vidéoludique sont rares et je me souviens d’avoir ressenti cette liberté de découverte dans Sable. Seulement, Spirit of the North 2 laisse régulièrement déborder des contraintes de jeu vidéo. Là où le titre édité par Raw Fury avait banni toute forme de « Game Over » pour que l’exploration ne soit plus limitée que par des contraintes géographiques, notre Maître Renard se voit affublé d’une jauge de vie.
Ainsi notre exploration peut parfois brutalement s’arrêter à cause d’un saut mal négocier finissant au bas d’une falaise trop haute pour ne pas être fatal. Ou de mourir en une seconde à cause de toxines rouges approchés de trop prêt. Frustrant et injuste d’autant plus que les points de réapparition ne sont pas légion.

Certes, ces problèmes de morts intempestives peuvent être contournés grâce à un arbre de compétences permettant l’accès à de nouveaux pouvoirs fort utiles pour progresser plus facilement. Mais là encore, sa présence et son contenu sont plus un frein à notre liberté qu’un véritable moteur d’exploration. Les compétences que l’on y trouve feront augmenter les jauges de vie ou de feu follets (l’équivalent des clés des donjons) ou alors de compétences utiles comme l’aide du corbeau pour planer ou ralentir une chute mortelle.
Mais nombre de ces compétences devraient bien souvent être utilisables dès le débuts de notre aventure. L’exemple le plus flagrant est le pouvoir d’attirer vers soi les runes bleues qui font office de monnaie. Sans cette aptitude, le joueur devra passer précisément et laborieusement sur chaque pierre lumineuse pour la ramasser. Le ressenti d’un concept un peu trop étiré pointe rapidement le bout de son nez.

La présence de boss parait aussi incongrue dans le monde de Spirit of the North 2. Bien que les affrontements ne soient pas direct et sont assez originaux dans leur résolution, l’ambiance générale et l’absence de toute hostilité autre qu’environnementales transforment ces phases en sacerdoces obligatoires. De part des patterns d’attaques très limités, ces joutes sont plus souvent pénibles et peu enrichissantes. De plus, la maniabilité montre régulièrement des signes de faiblesses quand précision et rapidité sont nécessaires.
Le saut automatisé, symbolisé par une icone en forme de triangle bleu indiquant les endroits accessibles, est certes une bonne idée et qui plus est bien moins grotesque que les grosses falaises jaunes fluo si chères aux AAA « accessible à tous ». Dommage cependant que son côté capricieux doublé d’un manque de précision dans les déplacements, sont plus souvent la cause de frustration et d’échec.
Ces choix de game design sont paradoxaux quand ils sont réunis dans une même œuvre. Et si certains mélanges à première vue incongrus donne parfois naissance à des concepts originaux et novateurs, Spirit of the North 2 donne plus le sentiment d’un jeu qui ne va pas au bout de sa proposition (la liberté), et qui n’arrive pas à totalement se détacher du statut de jeu vidéo en restant accroché à des contraintes qui le desservent plus qu’elles ne l’améliorent.
Et c’est d’autant plus dommage qu’il se révèle être une vraie réussite quand il nous propose de nous perdre dans ce monde imparfait mais aussi intrigant qu’envoutant.

