Pascal « Maître SEGA » Rayer souhaitait rendre hommage à Marc Andersen, père fondateur de notre magazine. Cet hommage fait partie de l’introduction du prochain tome de ses Chroniques, que nous vous dévoilons en exclusivité !Bonne lecture !
Hommage à Marc Andersen, disparu le 10 Mars 2025 à l’âge de quatre-vingt ans dans sa résidence de Nice sur la côte d’Azur.
Surement l’un des plus puissants et donc l’un des plus passionnants « Hommes de l’Ombre », du secteur français des Jeux Vidéo alors en plein « Golden Age ». Largement méconnu ou même ignoré du grand public, pourtant, si vous aviez entre dix et trente ans dans les années 90 et 2000, il est fort probable que vous ayez lu une ou plusieurs de ces publications.
Il deviendra l’un des plus influant, car certainement le plus lu, parmi les patrons de la presse de loisirs et de divertissement. Homme de l’ombre certainement, et comme la plupart des cadres dirigeants et autres financiers de sociétés qui restent très souvent médiatiquement très en retrait, mais peut-être également « L’Homme qui murmurait à l’oreille des éditeurs de jeux vidéo », vous le découvrirez.
Les bons comptes font les bons contes font les bons Comtes (dans cet ordre ou dans un autre).
Si dans ces nouvelles et dernières chroniques de Maître Sega, je me suis laissé tenter à vous proposer une nouvelle version du Comte Dracula sauce Micromania (à chacun ses références n’est-ce pas ?) je ne pensais pas les préfacer d’une alternative, même simplement allégée, des Contes d’Andersen !
De Vlad Tepes à la Petite Sirène, n’y aurait-il donc qu’un pas ? Oui !!! Une grande passion partagée par nous tous et donc vous qui me lisez, une exaltation nommée une nouvelle fois : Sega !!!
Marc Andersen (Marc Bittan de son vrai nom) s’en est allé en Mars de cette année. Comme « La Petite Sirène » qu’il chantera dès 1966, et pour laquelle il prendra, puis gardera le plus à propos des noms de scène, il partira non loin du Grand Bleu qui, pour toujours, illuminera ces grands yeux, quand bien même ils se seront refermés. C’est aussi dans un océan de Silence, qu’il nous quittera : ou sont passés les requins, les dauphins, les baleines et autres crevettes qui se seront nourris copieusement par lui pendant tant d’années ?
Un silence assourdissant, plutôt embarrassant, au milieu de nombre de Princes (pas toujours charmants) du Jeu vidéo, qu’il aura parfois introduits, portés et même consacrés jusqu’à la cour pour qu’ils en deviennent, peut-être, eux-mêmes, les Rois ! Comme Alain Huygues-Lacour (ça ne s’invente pas !) Jean Marc Demoly, Cyrille Drevet, Jean-François Morisse, Maxime Chao pour ne citer que les plus connus. Remerciements tout de même, et en dehors de Mega Force nouvelle génération bien sûr, à « Jarod » du site GameKult.com qui proposera, à ce jour le plus bel hommage sur les réseaux et enrichi par la dernière interview de Marc pour Mega Force (tout un symbole).
Mais si la France rime finalement fort peu avec reconnaissance, il faut encore hélas constater que savoir faire du business, n’est pas valorisé, bien au contraire ! Gagner de l’argent, et même plus simplement réussir professionnellement, suscitent encore beaucoup de suspicion, d’aigreurs et de jalousie.
Si dans les années 80, c’est un certain Jean Michel Blottière qui va s’imposer et monopoliser toutes les attentions, incontestablement comme le grand Pape de la presse du JV, rédacteur en chef du premier magazine consacré au genre, TILT dès 1982 puis son petit frère Consoles Plus en 1991, deux titres parmi les plus légendaires de cet âge d’or. JMB sera et rayonnera également comme étant l’animateur vedette de Micro Kids de 1991 à 1995 et sur « FR3 ». Dans le courant des années 90 ce titre lui sera fortement contesté, et même finalement ravi, par un nouveau venu, ancien vendeur de stylos sur les marchés, avant de tenter sa chance dans la chanson eg dans la France période Yéyés, cet inconnu ne va cesser de casser la baraque à chaque nouveau lancement de magazines !!!
Et quelles revues pour nous autres Gamers nostalgiques, jugez-en : Joystick Hebdo avant Joystick, avant Joypad, avant Mega Force, avant Playstation Magazine !!! Des titres qui ne cesseront, les uns les autres, de battre de nouveaux records de vente dans les kiosques. La grande Aventure de Marc Andersen est lancée. Voici quand et comment les contes d’Andersen vont à nouveau nous marquer et devenir les meilleurs comptes de la presse Française, dite « spécialisée ». A vos marques. A notre Marc. Prêts ? Lisez !
Il y a tant et tant de choses à raconter sur Marc Andersen, peut être que la liste des journaux créés se suffirait à elle-même !?!
On pourrait parler des heures et des heures de Joystick et Joypad, dont j’achèterai ou je lirai (comme certainement beaucoup d’autres) quasiment tous les numéros !!! Mais en ce qui nous concerne, nous les Sega Fans, il y a surtout le journal mythique de toute une génération de joueurs : Mega Force ! Le journal 100% Sega ou la rencontre d’un petit éditeur de Presse certes, mais aux ambitions immenses, avec un constructeur Japonais de consoles et de JV très en vogue, qui ne visera ni plus ni moins que la première place mondiale de son secteur, sans aucun doute, sans aucune peur, en optimisant notamment tous les canaux de distribution comme ceux de la communication !!! Avec une volonté et une détermination de fer !!!
Les distributeurs locaux Européens passeront les uns après les autres sous pavillon Japonais officiel ! Le magazine Sega Power est lancé au Royaume Uni dès 1989 avec les éditions « Future », ils auront même un concurrent avec « Sega Force » exclusivement consacré à la Master System, quelques mois plus tard, qui montrera alors, si vous en doutiez encore, combien le marché Britannique aura été particulièrement dynamique pour l’ensemble de l’univers Sonic.
Poussé par le raz de Marée de Sega en général, de la Mega Drive en particulier, sans oublier la Master System, Mega Force va servir d’embryon, d’incubateur, puis comme de détonateur pour les ambitions de Marc Andersen, ces sociétés et ces nouveaux projets ! Lors de son passage au sein de Hachette Disney Presse (HDP), il continuera sur cette lignée très forte et lucrative du mag « d’exclusivité », hyper sexy et devenu incontournable pour tous les initiés, en proposant et en lançant un nouveau Canard une nouvelle fois totalement dédié : « Playstation Magazine », le magazine 100% PlayStation Sony, et avec son CD de démo(s) jouables pour un encore plus immense succès.
Joystick et Joypad seront définitivement cédés à HDP, AHL sera remercié, Marc Andersen démissionnaire va remonter un nouveau groupe de Presse et va pouvoir accélérer comme jamais, une nouvelle fois dans l’ombre, le feu, la passion, la rapidité et l’énergie de la Sonic Team !
En effet, en plus de (re)lancer de nouveaux magazines dédiés aux jeux vidéo (Playmag, les Bibles de Secrets) il va reprendre l’intégralité des services consommateurs de la filiale française de l’éditeur de Sonic et de ses amis Tails et Knuckles ! Profitant alors d’une opportunité fantastique initiée par les dirigeants de Sega France, comme par exemple son ami Luc Boursier, alors Directeur Marketing partant. Après « Mega Force la revue », voici la « Giga Force des Maîtres Sega » !!! Ceux encore restant (comme Aude, Bénédicte, Romuald, Martial et votre serviteur) et assez mal en point après l’échec commercial de la Saturn, vont être recyclés pour développer peu ou prou les mêmes services qu’ils maitrisent parfaitement depuis des années, mais cette fois pour un très grand nombre d’éditeurs de jeux vidéo ! C’est le coup de Maître, le coup de Génie de Marc Andersen en 1996 !
En plus de continuer à faire vivre les services consommateurs de Sega (Audiotel, minitel, courrier, concours, évènements) ils vont proposer les mêmes délicieux et indispensables services pour Konami, Activision, THQ, GT Interactive, Take 2, Cryo, Acclaim, Microids mais aussi et surtout pour EIDOS qui s’apprête à lancer Lara Croft – Tomb Raider. Beaucoup d’anciens cadres, et non des moindres, de Sega ayant intégrés les équipes de ces « anciens éditeurs tiers » ! Christian Brécheteau chez Acclaim, Luc Boursier chez GT Interactive, Stéphanie Petit chez Konami pour ne citer que les plus importants, les plus impactant. Si la société Sega Enterprises et ses filiales Européennes avaient considérablement rapetissées, les Maîtres Sega seraient plus fort que jamais ! Mais hélas, pas vraiment pour la Dreamcast…
Même si la transition est un peu délicate, c’est alors une véritable machine à pognon qui est créée à travers deux sociétés télématiques : Téofil pour la partie purement technique et Audiofil pour la partie « contenus et animations ». Les Maîtres Sega vont alors faire exploser tous leurs talents sous la houlette d’un autre incroyable talent, « Capitaine Nintendo » (Chroniques de Maître Sega Volume 2) Alain Milly (AL1 Vincible et/ou Logan dans Mega Force et Super Power).
Cette déviation ou variation, cette extension des journaux de presse jeux vidéo, sera bénie des Dieux du JV. Marc Andersen fera alors d’une pierre deux coups, car non seulement il générera de confortables revenus issus des connexions, mais comme pour Mega Force puis Playstation Magazine, il attirera sur lui et ces publications, l’essentiel des budgets publicitaires des éditeurs, au moins ceux lui ayant confié leurs services consommateurs ! La promotion des jeux c’est super, enfin plutôt Mega ! Mais avec les codes, les solutions dans les journaux ou par télématique ou audiotel c’est Giga mieux !!! Il va donc petit à petit, tisser sa toile d’araignée, et très naturellement, concentrer la part la plus importante des budgets de publicité !
Gardant alors toute l’attention de Sega, comme d’un grand nombre d’éditeurs recyclant d’ex dirigeants de la Sonic Team, il deviendra un peu, voire un peu beaucoup, de fameux Homme qui murmurait à l’oreille des éditeurs de jeu vidéo ! On notera par ailleurs la très grande proximité d’Eidos, juste à l’étage en dessous (ou au-dessus) comme celle du siège de Sony à moins de cent mètres.
La cerise sur le gâteau aurait pu venir par Nintendo. En fait de cerise il faut plutôt parler de comble et il sera donc atteint quand Marc Andersen refusera de reprendre les services consommateurs de Luigi et Mario, redoutant la confrontation directe avec les Maîtres Sega (blague).
Le SOS Nintendo qui, pour l’anecdote, n’était pas tant « Nintendo » que « Stock Services » avec à sa tête « Ducommun des mortels » (jeu de mots à peine moins pourri que ceux que je recevrais moi-même).
Marc refusera non pas qu’il n’en veuille pas, bien au contraire, mais pas dans sa totalité car il y avait encore beaucoup trop de « conseillers techniques » à bord (probablement plus d’une vingtaine) et l’affaire pouvait devenir rapidement non rentable, voire même devenir un énorme boulet pour le petit groupe de presse avec une telle masse salariale. Pour Stock Services ce serait à tout prendre ou à laisser.
Marc Andersen s’était donc connecté et acoquiné avec les dirigeants, les décideurs, les communicants parmi les plus riches, les plus généreux du monde du divertissement !
Il ne restait plus alors qu’à se diversifier, se risquer à se lancer (ou à reprendre) des magazines de Cinéma comme le magnifique « Ciné Live », le mythique Ecran Fantastique, d’actualités musicales comme Music Up ou Rolling Stones, d’actualités automobiles comme Auto Live, mais aussi une tripotée de publications en direction des plus jeunes joueurs avec le parrainage et la bénédiction du groupe Warner et un nombre assez extraordinaire de personnages de dessins animés à décliner comme le concurrent Disney pouvait le faire avec ces Picsou Magazines et autres Journal de Mickey !!! Ciné Live deviendra la meilleure vente « ciné » en kiosque devant Première et Studio ! Le pôle jeunesse de Cyber Press Publishing Warner ira chatouiller le Groupe Disney et s’installera donc à la seconde place des publications pour les moins de dix ans.
Cyber Press Publishing se seront des millions, des dizaines de millions d’exemplaires de magazines de purs divertissements vendus au public exponentiel, amateur de jeux vidéo, avec la bénédiction et les financements très privilégiés des éditeurs !!!
En particulier l’un des premiers dans les années 90 et vous savez bien évidemment de qui je veux parler !
Le plus puissant des « petits groupes » de presse connaitra son apogée dans les années de la Bulle Internet (99/2000) en séduisant le FAI Liberty Surf alors dans une recherche urgente de contenus à proposer pour son portail d’accueil ! Liberty Surf est alors l’une des nouvelles Licornes des entreprises Françaises. Ils vont dealer avec Marc Andersen et négocier une levée de fonds de quinze millions d’euros pour acquérir 15% du capital de CPP. Le groupe sera alors valorisé cent millions d’euros avec Marc comme actionnaire principal, DG et parfois PDG, avec 33% du capital. Trente trois millions d’euros de Patrimoine avec CPP, pas mal pour un ancien vendeur de stylos.
Avec autant de millions d’euros de levés, et dans un cadre de partenariat et de développement ave le fournisseur d’accès à Internet, Marc se lancera alors dans un projet très ambitieux : Loisir.net. Nous devions alors, tous autant que nous étions salariés chez CPP, ou l’un de ces satellites, fournir une base de contenus gigantesque et qui aurait dû rivaliser, à terme, avec les leaders du secteur, en particulier « Allo ciné » pour la dimension cinéma et séries TV.
Pour vous décrire l’homme plus intimement, il faudra très probablement un livre tout entier, qui lui serait donc consacré, il l’aurait bien mérité. Mais surement et en attendant, il était de mon devoir, comme de mon plaisir, de rendre hommage succinctement au chanteur de « La Petite Sirène ». Car sa réussite, son succès, sa gloire sont étroitement liés aux Jeu Vidéos, à Sega en particulier, tout comme au Cinéma. Des thèmes qui me sont particulièrement chers et probablement que pour vous également.
Marc Andersen et jusqu’au dernier moment, avec ces plus de 80 ans, c’était la Mega Force, le Super Power, le talent comme l’humour. Babaille Marc et mille fois Merci en mon nom, celui des Maîtres Sega (je n’oublierai jamais mon duel avec Romuald Maître Sega (Rally) aux commandes de F1 à Gonfaron dans le Var) et probablement au nom de tous ceux qui ont eu la chance et le plaisir de s’épanouir d’une façon ou d’une autre près de toi.

