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Il était une Fois… Red Dead Redemption 2 : Un Homme de Valeur ?

Yaeck [Rédacteur]
Je lis, je joue, je regarde. Puis j'écris. Et parfois, j'arrive même à être drôle.

Note de l’auteur : ce texte inspiré de Red Dead Redemption 2 n’a pas pour vocation à faire office de « test » à proprement parler, mais plus à faire montre de son ambiance et de son ton tout en explicitant de manière fluide les possibilités que l’aventure offre au joueur. En vous souhaitant bonne lecture.

« Cher Schmurz,

Je t’écris cette lettre depuis une chambre délabrée d’un manoir perdu au milieu des marais. Shady Belle que ça s’appelle. J’espère que d’une manière ou d’une autre elle te parviendra. L’incertitude est de mise ces temps-ci. Nous sommes traqués de toute part. Tantôt par la Pinkerton, tantôt par les gangs du coin, tantôt par les O’Driscoll qui décidément ne nous lâchent jamais la grappe. Il faut dire qu’on le mérite, notre retraite soi-disant discrète ne l’étant finalement pas du tout. Où que l’on aille nous semons la mort et la destruction. Alors on fuit, toujours plus loin vers l’est, loin de nos rêves…

C’est ce fichu casse de la banque de Blackwater qui a tout fichu en l’air. Dutch avait un plan mais il a mal tourné. Cela aurait dû être notre dernier coup. Un dernier avant de partir nous installer dans un coin tranquille au soleil de l’Ouest.

Alors ce bon vieux Dutch a concocté un nouveau plan. Puis un autre, et encore un autre… Vols de diligences, braquages de trains ou de banques, ranchs rackettés, bétails détournés… Tous les larcins possibles et imaginables dont nous nous sommes rendus coupables.
Toujours un dernier coup qui devait nous assurer fortune et gloire. Et qui au lieu de nous faire discret attire l’attention sur nous. Et notamment celle de Leviticus Cornwall, riche et puissant entrepreneur ayant les moyens de nous mettre des bâtons dans les roues. Et sans même nous en rendre compte nous voilà dans une vieille bicoque en ruine au milieu des moustiques et des crocodiles. Dieu que je déteste cet endroit.

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Shady Belle. Ambiance.

Pourquoi ce courrier t’est-il adressé ? J’ai entendu dire que tu étais fasciné par mes aventures, considérant qu’elles étaient comme au-delà de la perfection. C’est franchement plus que discutable de mon point de vue.

Je ne sais pas si la perfection est de ce monde. Sans doute que oui. Il suffit de regarder autour de nous. Mais en tout cas, moi, je ne le suis pas. Loin de là même. J’ai tué, volé, tabassé bien des innocents. Bien des coupables aussi. Mais cela ne fait pas pencher la balance au coup de sifflet final, ça se saurait. Mais je ne pense pas pour autant être un mauvais bougre. J’ai mes bons moments aussi. Comme nous tous…

Une toux faible mais persistante me colle depuis quelques jours, sûrement l’air putride qui nous entoure qui enflamme mes vieux poumons. C’est que je ne suis plus de première jeunesse ! Fini l’époque des cavalcades à foulées éperdues. Désormais, je suis plus balourd et moins gracieux que dans mes vertes années. Mais toujours alerte et l’œil vif ! Et quiconque en doute sera truffé de plombs avant même de s’en rendre compte.

Mais c’est vrai, je dois bien le reconnaître, je ne suis pas le plus habile et le plus souple de notre groupe bigarré. Je suis même devenu assez maladroit par moments… Combien de fois désormais il m’arrive de me mélanger les pinceaux, de sortir mon arme au lieu de dire bonjour, de fouiller un tiroir au lieu d’ouvrir la porte, de sortir mon appareil photo en lieu et place de ma lanterne. Ce genre de désagrément ponctue mes journées.

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Mon premier cliché, dès la sortie de la boutique, histoire de tester le matériel. Tout de suite était convaincu ! L’avenir c’est la photographie ! Et peut-être même ce drôle de truc qu’est le cinématographe, mais là je m’avance peut-être un peu…

Alors je reste concentré sur chacun de mes mouvements, évitant les réflexes intempestifs qui pourraient tourner très vite à la catastrophe. Il m’arrive même parfois d’être bloqué ‘dans ma tête’, ne sachant plus comment faire ce que je devais faire, comme si on m’avait piqué le script de ma propre vie. C’est assez rare, mais dans ces instants-là, il n’y a qu’une seule solution : revenir en arrière dans ma mémoire et espérer que le destin ne me gèlera plus. Gênant. Humiliant même parfois. Mais je voudrais vous y voir, à mon âge, avec tout ce que j’ai à gérer autour de moi…

Parlons-en d’ailleurs de ce qui se trouve autour de moi : le fier et pimpant gang de Dutch Van Der Linde !! Comment nous sommes-nous tous retrouvés là, chacun avec nos histoires, nos passés et nos vies si différentes ? Allez savoir. Quoi qu’il en soit, nous sommes tous réunis maintenant. Pour le meilleur et bien souvent le pire.

Il y a d’abord Dutch, bien entendu, notre chef au cœur sur la main. Il a un côté salopard, je te l’accorde, mais il n’hésite jamais à aider une âme dans le besoin. Ses nobles idéaux peuvent paraître vieillots, mais j’y crois, encore et toujours… Enfin, ces derniers temps, il semble un peu perdu. Pourtant, je ne l’ai jamais connu aussi déterminé. Il met au point un énième dernier gros coup qui nous assurera notre coin de paradis. À Tahiti ou Tombouctou. Ou sur la Lune, j’ai perdu le fil…

Pour contrebalancer, il y a Hosea, plus terre à terre que son vieil ami. Ce sont tous les deux qui m’ont recueilli quand j’étais perdu et désespéré. Hosea est cultivé et réfléchi, subtil et diplomate là où Dutch enfonce les portes avec fracas. Bien souvent, il tempère et adoucit les décisions impulsives de notre meneur. Ils forment un duo efficace tout compte fait, et c’est cet équilibre entre eux qui maintient le groupe à n’en pas douter.

Viennent ensuite les ‘seconds couteaux’ dont je fais partie. Mais il y a également Bill Williamson, l’ancien militaire spécialiste en explosifs aussi bête qu’un bœuf, Javier Escuella charmant petit escroc, Strauss l’usurier avec qui je collabore dans ses basses besognes, le petit Lenny que j’apprécie beaucoup, Micah Belle le cinglé de la gâchette que je déteste cordialement, Sean l’irlandais qui m’agace mais qui est un compagnon fidèle, Charles Smith qui fait figure d’homme sage, bien plus que ce drogué de révérend Swanson en tout cas…

Il y a aussi Pearson le cuistot et Madame Grimshaw qui tient d’une poigne de fer la bonne tenue du camp. Côté ladies, justement, nous avons la triplette Karen, Mary-Beth, Tilly. Toutes trois aussi charmantes que redoutables, surtout quand il s’agit de récolter les potins et les messes basses des patelins que nous traversons.

Et il y a Miss O’Shea. Je ne sais pas trop pourquoi elle nous accompagne. Elle est de la haute, c’est évident, mais pourtant elle traîne avec nous – ou plutôt avec Dutch. C’est un beau couple, aucun doute là-dessus, mais je ne suis pas certain qu’il soit en mesure de lui offrir tout ce qu’il lui a promis… Malgré sa présence quotidienne au sein du camp, elle reste très distante et je n’ai pas dû lui adresser la parole plus d’une dizaine de fois au cours de ces derniers mois…

Notre dernière recrue se nomme Sadie Adler. Une furie emplie de colère depuis la mort tragique de son mari. Nous l’avons recueilli parmi nous alors que nous étions en plein blizzard sans boire ni manger à partager. Mais nous ne pouvions pas la laisser seule au milieu de la montagne. Ce fut une bonne décision. Elle s’avère très utile et fiable malgré sa profonde rancœur. Je dois confesser que son allure assurée et sa voix cassée ne me laissent pas indifférent, mais dans ce domaine-là, elle comme moi avons déjà donné…

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L’Impitoyable Sadie Adler

Pour en finir avec les présentations, le plus gros morceau : les Marston. Abigail tout d’abord. Abigail Roberts officiellement, mais mariée officieusement à ce sauvageon de John. Je tairai par pudeur les conditions de leur rencontre, mais ces deux-là constituent le ménage le plus étrange qu’il m’ait été donné de voir. Un amour vache, comme on dit.

John Marston est de cette catégorie d’individus étranges, de ceux qui frôlent la mort à chacune de leurs sorties. Une caractéristique qui horripile son épouse. Mais il revient toujours à elle, quoi qu’il arrive.

Il y a peu, j’ai dû le sauver des griffes du grand froid suite à une attaque de loup. Il aurait rejoint la Grande Faucheuse si je ne l’avais pas retrouvé, prostré et glacé contre un rocher. Ha ! Il n’y a bien que Marston pour se faire avoir par une bande de chiens sauvages ! Je ne sais pas quels bobards il racontera à son fils à propos de ces balafres qui lui cinglent à présent le visage, mais j’espère au moins qu’il aura l’honneur de mentir plutôt que de raconter cette ridicule vérité…

Parlons-en de son fiston, le petit Jack. Le véritable petit ange de notre bande. Je l’aime bien, ce gamin, même si on n’est pas très proche. Je me demande quelle sera sa vie dans ce nouveau siècle qui, personnellement, me dépasse, mais qui sera pleinement le sien. Je souhaite pour lui un avenir radieux dans un monde en paix…

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Ce gredin de Marston en pleine contemplation sur des culs de vaches. Peut-être se rêve-t-il en Rancher ? La bonne blague ! John est beaucoup de choses mais certainement pas un fermier…

Hé ! J’en oubliai L’Oncle ! Ce vieux poivrot dont on ignore tout. Je ne sais même pas si l’un d’entre nous connaît sa véritable identité. Et je ne suis pas sûr que l’un d’entre nous s’y intéresse. À l’entendre, il a tout vécu, mais sa bedaine et sa tendance à plutôt préférer la sieste aux besognes laissent planer le doute sur sa soi-disant gloire passée. Il est apparu dans le groupe un matin, sans qu’on sache trop pourquoi, et ne nous lâche plus depuis… Et ce n’est pas faute d’avoir tenté de le semer !

Reste le discret Kieran qui est absent depuis plusieurs jours et devrait bientôt revenir. Un petit gars qui survit comme il peut et qui m’a sauvé la mise il y a quelque temps… Je lui en dois une.

Nous avons tous un rôle à jouer au sein du camp. Pearson en toute évidence s’occupe de la graille, mais aussi du travail du cuir. Strauss s’assure des soins et autres fortifiants (dont la gnôle). Moi, je gère les finances. Eh oui ! Je tiens le registre et décide dans quoi investir pour améliorer notre quotidien. Ce ne sera jamais le grand luxe, mais l’air de rien, si je planifie bien notre budget, notre campement pourrait finir par avoir de l’allure ! Et surtout de quoi nous ravitailler régulièrement en boissons, nourriture, médicaments et munitions.

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Karen dans un de ses rares moments à jeun. Elle sert un peu de thermomètre moral : plus elle est bourrée plus le groupe va mal. Et oui je sais : c’est pas bien de photographier une femme endormie. Mais c’est loin d’être le crime le plus ignoble que j’ai commis.

Au risque de paraître cavalier auprès de mes camarades, je dois dire que mon compagnon de route duquel je suis le plus proche reste mon cheval. La relation que j’ai avec lui rythme mon quotidien et il est nécessaire de conserver une bonne entente avec sa monture si l’on souhaite voyager tranquillement. Brossage, alimentation, une selle correcte pour son dos (et mes fesses !) ; voir pourquoi pas une petite fantaisie au niveau de sa coupe et de sa queue (mais pas de tresse, quelle horreur !).

Alors certes, il lui arrive d’avoir son sale caractère à ce fichu canasson, il peut parfois avoir peur de son ombre, rater un saut ou trébucher pour je ne sais quelle raison. Alors badaboum on se retrouve par terre les quatre fers en l’air – c’est le cas de le dire ! – et on est bon pour se relever de tout notre poids et notre agilité toute relative. Quand cela arrive alors qu’on se fait canarder, ça dure des plombes…

D’autres fois, les chutes sont entièrement de ma faute : deux secondes d’inattention pour me concentrer sur ma carte et boum ! On se mange un arbre (le choc est toujours violent !) Ou alors, comme il m’est arrivé deux ou trois fois récemment, on ne se comprend pas avec un autre cavalier et on finit par se rentrer dedans de tout notre long. Dans ces cas-là, je dois confesser mon manque de tact : une bonne droite dans le contrevenant pour lui apprendre le sens des priorités. C’est-à-dire moi d’abord ! Les badauds qui se baladent vers nulle part doivent apprendre à me laisser passer, bon sang !

Il m’est arrivé de perdre des chevaux au cours de ma vie. C’est toujours un crève-cœur. Surtout quand on s’est investi en lui, financièrement et émotionnellement. Mais si on fait attention et qu’on le surveille bien, notre fidèle partenaire peut nous suivre durant tout notre périple dans ces contrées magnifiques.

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Un point de vue sublime qui me manque (photo prise par ce filou de Trelawny)

Car s’il y a bien un domaine absolument indiscutable, c’est certainement celui qui concerne la beauté de ce pays. Je ne me lasse jamais de contempler ses magnifiques panoramas qui s’étendent jusqu’à l’horizon. Sa nature sauvage, simple et brute. Bon, il est vrai que je préfère les grands espaces verdoyants à cette infecte forêt où je me trouve en cet instant, mais même ici, dans cette immonde moiteur, on peut y déceler un certain charme.

En tout cas, c’est un bien plus bel endroit que cette infâme ‘civilisation’ qu’est censée être cette soi-disant ville de Saint-Denis. Grise, triste, industrielle… Comment peut-on vivre toute une vie dans un tel endroit ? Ça me dépasse…

Si les circonstances ne nous y avaient pas menés de force, jamais je n’aurais mis les pieds dans cet enfer. Là-bas, ce n’est pas pour les gens comme nous, les ‘bouseux’ comme on nous y appelle (maudits gamins !). Nous, ce qu’il nous faut, ce sont nos grandes prairies à perte de vue, nos forêts pleines de vie, nos vallées paisibles…

Parfois… souvent… il m’arrive de m’arrêter quelques instants pour admirer cette splendeur qui m’entoure. Même si je ne suis pas croyant, il faut bien concéder que le Grand Patron a un sacré coup de pinceau, surtout en ce qui concerne la lumière (mais, paraît-il, que c’est son domaine de prédilection). Les rayons de soleil de New Hanover ont quelque chose de magnifique, de jamais vu auparavant. Quelque chose d’hypnotisant, voire d’apaisant, qui parfois tempère mes excès en me relaxant quelque peu.

Mais le monde moderne avance à grands pas sans nous demander notre avis et déjà les chemins de fer lacèrent nos paysages, permettant à ces engins de malheurs que sont les trains de se rendre d’un bout à l’autre du pays. Des monstres de ferrailles et de fumée tout droit sortis d’un roman de science-fiction, comme dans ces bouquins dont raffole Hosea.

À quoi ressemblera ce pays dans un siècle ? À l’allure où vont les choses, je crois que cela va bien trop loin pour mon imagination. Qu’adviendra-t-il de nos vertes contrées ? Qu’adviendra-t-il de ce pauvre peuple indien condamné chaque jour qui passe à perdre un peu plus ? Qu’adviendra-t-il de nous ?

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Choc des civilisations à notre arrivée en ville…(Photo d’Hosea, qui s’en marre encore…)

En attendant, je profite à fond de cette province magnifique qui m’est offerte. Je voyage pour explorer cette région pleine de mystère, je collecte des primes, je chasse pour les besoins du camp ou pour se faire un peu d’argent, je pêche pour remplir la marmite… En vérité, je ne pêche pas grand-chose, je ne suis pas doué pour ça. J’ai emmené le petit Jack une fois, ce n’est clairement pas son truc non plus !

En vadrouillant par monts et par vaux, je fais de temps à autre des rencontres surprenantes. Comme cet anglais et son petit zoo itinérant, ce professeur et son petit bateau rigolo, son adjoint avec sa chaise démoniaque ou encore ce drôle de petit cirque dysfonctionnel.

J’ai même revu madame Downes, qui a perdu son conjoint il y a peu… Un homme qui, même si je ne lui ai pas donné la mort, a rapproché de son funeste destin. Une partie de moi se sent responsable de leur triste sort, bien que tout ça soit le fait de ce serpent de Strauss.

Il y a aussi de vraies bonnes rencontres, passionnantes et instructives, comme ce vétéran solitaire féru de trophées et de défi ou bien cette veuve perdue en pleine forêt à laquelle j’ai dû apprendre les rudiments de la survie en terre sauvage.

Puis il y a les collectionneurs. Untel souhaite les cartes qu’on trouve dans les paquets de cigarettes (une vraie mine d’or sur nos contemporains plus ou moins célèbres), un autre recherche des os de dinosaures (je n’y connais pas grand-chose en lézards géants, sont-ils vrais au moins ?). Et un troisième veut retrouver des gravures sur pierre (là, j’ai même pas compris ce que je cherchais, et du coup, bah, j’ai rien trouvé…). Toutes ces quêtes un peu absurdes restent plaisantes et pimentent ma routine d’un peu de fantaisie bienvenue.

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Le bon vieux portrait du cow-boy typique. Je ne sais pas pourquoi on nous surnomme ainsi. Les vaches j’en ai bouffé et j’en ai parfois volé pour du fric mais jamais je ne m’en suis occupé ni de près ni de loin. Sale bête pataude.

Car ces derniers temps le moral n’est plus vraiment au beau fixe. Comme je l’ai déjà signalé plus haut dans cette lettre, Dutch semble de plus en plus étrange et renfermé. Plus obstiné à mener à bien ses objectifs de plus en plus obscurs pour nous…

Ou peut-être est-ce moi qui commence à voir clair dans son jeu, depuis le temps. Je me rends de plus en plus compte qu’il nous fait tourner en rond, à ressasser sans cesse la même rengaine.

Toujours un nouveau plan pour toujours un dernier grand coup.

Encore et encore. Encore et toujours.

Je crois que notre arrivée à St-Denis l’a chamboulé tout autant que moi. Pour la première fois, nous prenions en pleine face un futur qui ne veut plus de nous. Qui n’a plus besoin de nous. Nous sommes les reliques d’un passé qui ne veut pas disparaître, mais qui, par la force des choses, finira bien par s’éclipser pour laisser place au monde nouveau. Il nous reste seulement le luxe de choisir notre sortie : dans la dignité sous les applaudissements du public ou dans la violence sous les cris de peur des victimes.

Dans quelques jours, nous braquerons la banque de St-Denis, dans la dignité ou dans la violence. Les préparatifs se mettent doucement en place. Pour ce coup-là, toute la bande est mobilisée. C’est un gros coup. Ensuite, si le succès est de mise, nous quitterons cet endroit maudit et commencerons une nouvelle vie, très loin d’ici. Loin de ce pays qui m’a vu naître et qu’il m’est difficile de quitter. Mais rester est devenu tout bonnement impossible. Qu’est-ce que ce pays pourrait-il m’offrir de plus ? Je suis un bandit dans un univers en ruine.

C’est avec une nouvelle quinte de toux que je termine cette missive, mon ami le Schmruz. Que restera-t-il de nous quand nous aurons quitté le pays ? Quelle image laisserons-nous dans notre sillage ? Quel est notre héritage dans ce monde ? Je me pose toutes ces questions depuis peu.

Serons-nous des Hors-la-loi recherchés ad vitam aeternam ? Des croque-mitaines pour les enfants pas sages ? « Si tu ne finis pas ta soupe, la bande de Dutch va venir t’enlever dans ton lit cette nuit ! »

Ou alors serons-nous traités comme des figures héroïques, témoins d’un monde qui change inlassablement sous nos yeux et métaphore du temps qui passe, inexorablement.

Laisserons-nous l’image de bons gars épris de liberté et de grands espaces ou bien de sales types ayant flingué sans vergogne tous ceux qui se trouvaient sur notre chemin ?

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Une soirée au coin du feu bien arrosée en l’honneur du petit John Jr, dit Jack

Je n’ai pas les réponses et je ne sais pas ce que me réserve l’avenir au-delà de ce ‘dernier’ braquage.

J’espère simplement le meilleur pour chacun d’entre nous et surtout pour le petit Jack, qui, malgré son jeune âge, en a déjà vécu de dur. J’espère aussi que ce monde qui change trop vite n’oubliera pas d’où il vient et qu’il saura se retourner sur son passé pour en tirer des leçons et ne pas commettre les mêmes erreurs que nous.

Mais pour l’instant, je vais simplement aller me coucher, la soirée a été longue, nous avons fêté dignement le retour du gamin… Demain et ses promesses arriveront bien assez vite.

Cordialement,
Arthur Morgan

Pardonne-moi Mary, pour tout.
Pardonne-moi Isaac, pour bien plus encore.
Pour tout le reste, je ne demande ni pardon ni absolution.
Pour les salauds de mon espèce, point de rédemption. »

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