Récit philosophico-mystique sur fond de Space Opera, Xenosaga est le 1 ier épisode de la trilogie Ps2 imaginée par Tetsuya Takahashi chez Monolith soft, l’entreprise qu’il a créée après avoir quitté Square. C’est un RPG sombre et froid à l’image du vide sidéral lui servant de théâtre des opérations. Le monde de Xenosaga s’étend à travers l’espace. L’homme, après avoir découvert au début du IIIe millénaire l’existence du Zohar, un monolith géant en or et vraisemblablement d’origine divine, va évoluer et quitter la terre pour les confins de l’univers. L’action se passe plus de 2000 ans après notre ère et nous conte l’histoire de Shion Uzuki, une scientifique travaillant pour une entreprise répondant au nom de Vector industrie et ayant la responsabilité d’une androïde très particulière : KOS-MOS. Cette entité a été crée par Shion et son défunt fiancé Kévin. Le monde de Xenosaga est complexe et joue sur différents plans de conscience dans lesquels le joueur va voyager. Les personnages sont souvent catapultés dans des souvenirs, des rêves, des réalités virtuelles ou encore des états modifiés de conscience. Les environnements où l’on évolue, au-delà de quelques cités spatiales, vaisseaux ou planètes sont plus symboliques ou narratifs, que destinés à informer sur une localisation précise. Beaucoup d’éléments ne tournent qu’autour de la psyché des personnages. On ne voyage pas seulement dans le monde réel, mais aussi dans l’esprit des personnages qu’on incarne. Les notions même de structures temporelles ou géographiques sont secondaires, voire dispensables à bien des moments. Si cela peut rendre le tout cryptique, une fois qu’on accepte cet état de fait, on entre plus facilement dans le scénario. Un scénario très dense et qui nous catapulte de nombreux éléments à digérer dans les premières heures de jeu.
L’univers de Xenosaga
Xenosaga 1 est un jeu riche en informations tant il place beaucoup d’éléments, de lieux, de symbolique et de protagonistes utiles à la trilogie qu’il démarre. Ces éléments sont amenés un à un, tout au long de l’aventure. À commencer par une menace globale avançant dans l’univers et répondant au nom de Gnosis. Ces entités aliens répondent à la chanson de Nephilim, un son étrange qui résonne dans l’univers, dévorant toutes formes de vie par simple contact. Elles sont la menace majeure du récit. Le jeu met en scène six personnages : Shion et Kosmos évoqués plus haut, mais également Jr, Chaos, Ziggy et Momo. Malgré le contexte, l’humanité est loin d’être soudée, bien au contraire. Différentes factions se côtoient et bien souvent s’affrontent. L’U-Tic, au-delà des Gnosis, est la principale menace humaine de ce 1ier épisode et semble être sous le contrôle d’un personnage peu rassurant : Margulis. Mais quelques passages laissent sous-entendre que de multiples intelligences supérieures sont à l’œuvre. Une fédération aux airs plutôt tempérés, rappelant un peu la république de la prélogie de Starwars, tient la place d’entité étatique, alors que divers groupes autonomes, se structurent autour du commerce, tel que la fondation Kukai. De plus, non contente d’avoir colonisé l’espace, l’humanité a succombé à la volonté d’eugénisme et crée sans vergogne diverses formes de vie modifiées, qui se classent sans surprise, souvent à un rang social inférieur. Dans ces entités, on trouve les Realiens qui ne sont autres que des humains synthétiques. Les autres entités sont les URTV, sorte de jeunes garçons dont on ne sait pas grand-chose dans le 1ier opus, mais qui seront fortement évoqués dans l’épisode 2. Lié à ces Realiens, un énigmatique électron libre du nom d’Albédo, se pose rapidement comme l’antagoniste principal du jeu. Quasiment immortel, il hante le récit de Xenosaga du début à la fin, et renforce encore l’aspect déjà sombre et oppressant d’un jeu parfois malsain, au point que sa version américaine fut censurée.
Un jeu emprunt de noirceur
Dans la trilogie Xenosaga, Tetsuya Takahashi creuse et questionne sur l’humain. De nombreuses références philosophiques sont évoquées et les noms des jeux, sont les titres des œuvres de Nieztche. L’homme et sa soif de pouvoir, de connaissance, sa perversité, s’illustrent à travers ses différents personnages, dont le fameux Albédo. Sociopathe, capable de s’automutiler, il est l’acteur majeur d’une scène plus que dérangeante et censurée dans la version américaine. Au-delà de ça, le traumatisme de la guerre, la condition humaine de certains individus, une mort violente d’un parent ou encore du rejet et la manipulation d’un proche, sont tant de coups de poignard pour les multiples personnages qui peuplent ce récit complexe. Par exemple, Ziggy, un ancien être humain s’étant suicidé après la perte d’un être cher, est ramené à la vie sous la forme d’un cyborg et contre son gré, par la compagnie de recherche scientifique Vector. De prime abord, toute notion de morale ou d’éthique, est absente dans cette humanité futuriste qu’imagine Takahashi. Une humanité qui résonne d’autant plus que notre époque avance, alors que cette saga a plus de 15 ans maintenant.
Un rpg bourré de symboles
Teinté de symbolisme de tous genres, de théories quantiques, de kabbale, le créateur de Xenogears empile les éléments narratifs et des codes visuels teintés d’hermétisme. Par exemple, un vaisseau géant se nommant Durandal, abrite en son cœur 12 monoliths inspirés de la Zeale d’Evangelion, (autre œuvre forte de symbolique mystique et religieuse) avec chacun un nom d’un apôtre. Ces structures en entourent une 13e qui porte elle le nom de «fils de Marie». Beaucoup de symboles donc, qui sont amenés d’un point de vue visuel et narratif, afin de renforcer le récit et d’amener différents niveaux de lecture à l’œuvre. Par exemple, Durandal dans les légendes françaises, est l’épée du chevalier Roland, que l’on peut retrouver plantée dans la roche de la ville de Rocamadour. Ville elle-même imprégnée de symbolique religieuse et alchimique. Elle est une étape sur la route du pèlerinage de St Jacques de Compostelle. Le code de couleur alchimique, commence par l’œuvre au noir, puis celle au blanc, et se termine sur celle au rouge, débouchant sur la création de pierre philosophale. Cette notion liée au grand œuvre (la quête de la pierre philosophale), est symbolisée dans la trilogie Xenosaga, à travers la fratrie des URTV que sont Jr, Albédo et Nigredo. Jr, de son vrai nom Rubido, représentant l’œuvre au rouge, à savoir le plus abouti des trois, commande le vaisseau Durandal. Un énorme bâtiment en forme d’épée, pouvant ne faire qu’un avec la cité spatiale Kukai, en intégrant sa structure à celle de ce satellite artificiel, de la même façon qu’une épée se planterait dans la roche. En résumé, Monolith Soft est allé très loin dans la recherche et les concepts de son jeu. Les lieux religieux tels que la chapelle ou l’église, sont des lieux récurrents dans les œuvres de Takahashi et Xenosaga ne fait pas exception. Beaucoup de ces symboles visuels sont placés là, sans plus de détails et apportent, si on les comprend et si on y prête attention, certaines réponses quant à l’identité présumée de certains personnages, dont les origines restent nébuleuses jusqu’à la fin du 3e opus. En résumé, c’est toute une imagerie allant de l’hermétisme jusqu’au sacré et renforcé d’éléments scientifiques et philosophiques qui ponctue toute la trilogie. Presque chaque nom, chaque lieu ou thème peut dévoiler une référence allant en pratiquant un peu d’étymologie.
Une réalisation a deux visages
Techniquement, le jeu est en demi-teinte. Artistiquement tout d’abord l’ensemble est forcément assez froid. Les lieux à explorer lors des phases de gameplay, sont pour la plupart des couloirs gris et ternes. Seuls les passages dans les villes sont un peu plus variés et offrent de la richesse et de la variété. Le chara design, pourtant élégant sur les illustrations, aboutit sur un rendu assez inégal une fois en 3D. Si KOS-MOS et Albédo sont extrêmement bien réussis, on ne peut pas en dire autant du reste du groupe et de certains autres protagonistes non jouables. À commencer par Shion, l’héroïne qui est une caricature de la secrétaire scientifique à lunettes, ou Momo ayant tous les atours de la petite poupée manga aux cheveux roses. Si les environnements jouables ne sont pas renversants, en ce qui concerne les nombreuses cinématiques (plus de 7 h !), c’est superbe. La mise en scène, les animations, les effets de lumière, sont tant d’éléments de qualité pour un jeu de 2002, au point de vraiment marquer un contraste fort avec des personnages, hélas assez rigides lors des phases de jeu.
Une bande-son envoutante
Musicalement, Xenosaga est tout simplement une bandes-son d’exception, extrêmement travaillées. Yasunori Mitsuda (Chrono Trigger, Chrono Cross, Xenogears), porté par l’orchestre philharmonique de Londres, déclarait ne plus arriver à dormir lors de la composition des musiques, tant il était investi dans son travail. Beaucoup de thèmes accompagnant les diverses séquences d’actions et d’émotions sont emblématiques, de l’introduction évoquant le vide spatial, jusqu’à la ténébreuse mélodie d’Albédo, en passant par les multiples envolées symphoniques ou les superbes mélodies celtiques. Avec son scénario, la musique de Xenosaga est probablement l’atout majeur et l’âme du jeu. Mitsuda fera d’ailleurs une longue pose dans la composition, après avoir achevé ce travail et on ne le retrouvera que bien des années plus tard, dans des projets d’envergure.
Un gameplay basique
Basé sur le tour par tour, le gameplay est assez classique et manque de punch. Là où dans Xenogears, on pouvait piloter et combattre avec des robots immenses, dans Xenosaga c’est beaucoup moins intéressant et ces derniers donnent beaucoup moins dans le gigantisme, et ne sont pas contrôlables. Le jeu se base sur l’utilisation des boutons pour lancer certaines actions, un peu comme dans Xenogears : Triangle et carré propose 2 attaques différentes et croix amène vers les items. On retrouve aussi une barre d’action qui permet d’utiliser un nombre précis d’action par tour. Chaque action en fonction de sa force, consomme plus ou moins la barre. En utilisant correctement le système de combat, on peut déclencher, des sorts plus puissants. Au fil de l’aventure, il est également possible d’avoir le soutient de robots de taille moyenne. En définitive, un système de jeu assez sobre et pas très inspiré malgré une certaine notion tactique et une difficulté bien relevée. Difficulté poussant à la montée de niveaux, hélas peu enthousiasmante, la faute à certains environnements de jeux taciturnes.












