Little Nightmares 3 a été testé sur Xbox Série X à partir d’une version fournie par l’éditeur. Merci à lui ! Screenshots issus de cette même version.
Être le troisième épisode est une lourde responsabilité. C’est souvent l’opus qui va définir si, oui ou non, une licence va perdurer dans le temps ou au contraire lamentablement échouer à exploiter un potentiel sur le long terme. Ainsi, pour un Burnout 3 : Takedown qui a su transcender la formule dessinée par ses ainés, combien de Dead Space 3 foireux ou de Lost Planet 3 insipides avons-nous dû subir ? Être le troisième, c’est souvent une bataille entre liberté créatrice (sans laquelle aucun jeu n’existerait) et décisions stupides imposées par des cols blancs à la réflexion limitée au seul mot « argent ».
En confiant le troisième opus de sa série Little Nightmares à un autre studio que Tarsier Studio (le créateur initial de la franchise), Bandai Namco cherche à renouveler l’intérêt et à insuffler un nouvel élan à sa licence. Une idée aussi bonne que risquée…
La pizza, c’est bon !
Les premières minutes au contact de Little Nightmares 3 sont plutôt convaincantes. L’histoire prend place dans le monde de Nulle-Part, plus précisément dans la Spirale. Un univers à la noirceur aussi attirante qu’effrayante dans la droite lignée des opus précédents.
Les mondes qui le composent semblent tout droit sorti d’un cauchemar infantile : les ruines d’un édifice autrefois majestueux où règne une affreuse poupée tyrannique géante, une fête foraine que ne renierait pas les membres du cirque du Triangle Rouge, ou encore une usine de bonbons, la version dépressive et ténébreuse de la Chocolaterie de Charlie.
Prisonniers de ce monde hostile, Law et Alone sont les deux enfants qu’on nous propose d’incarner. Un garçon muni d’un arc pour seule arme et une fille munie d’une clé à molette géante lui permettant entre autres de débloquer mécanismes et engrenages. Nos deux protagonistes vont devoir ainsi apprendre à s’entraider pour trouver un échappatoire salutaire et sortir de ce monde effrayant.Vous l’aurez certainement compris, ou déjà lu ou entendu ailleurs que dans ces lignes, LA grande nouveauté de ce nouvel opus n’est rien de moins que la possibilité de parcourir Little Nightmares 3 en coopération ! Toute l’aventure a été construite autour de cette idée. À tel point qu’une IA donnera vie à votre compagnon de route si vous préférez vivre les petits cauchemars seul… ou si vous n’avez pas d’ami sous la main.Malgré son statut de figure emblématique de la saga, SuperMassive Games décide de couper définitivement les ponts avec Six et son imperméable jaune pour laisser place à deux nouveaux personnages inédits.
En gardant l’univers établi pour conserver un lien avec ses deux prédécesseurs tout en se libérant de la contrainte d’une séquelle scénaristiquement cohérente et ainsi ancrer sa propre identité, Little Nightmares 3 s’inscrit ainsi comme non pas une suite directe mais plus comme un élément d’une sorte d’anthologie qui lève le voile sur un autre aspect du monde de Nulle-Part.Un excellent point pour toute personne qui se demande s’il faut jouer aux deux premiers pour mieux savourer ce troisième épisode. Un excellent point également pour les fans de la saga qui vont pouvoir découvrir une nouvelle facette de l’univers de cette saga sous un angle inédit. Dans les deux cas, tout comme les deux opus précédents, l’histoire se révèle finalement assez accrocheuse et ouverte à débat d’interprétation.De plus, de nombreuses références aux épisodes précédents se cachent un peu partout. Et au-delà du simple easter egg, cela renforce l’appartenance assumée à la série, mais aussi à la fiction audio Le Bruit des Cauchemars. Un podcast audio que je ne saurais trop conseiller pour qui souhaite éclaircir certaines zones d’ombre du scénario ou des personnages.
L’ananas, c’est bon aussi !!
Techniquement, le bilan est plutôt positif aussi. Personnages et décors et éclairages renforcent l’appartenance à la saga de fort belle manière, le tout complété par une animation sans faille qui sublime l’ensemble.La mise en scène n’est pas en reste non plus par ailleurs et met en valeur le travail de design esthétique effectué par les développeurs. Les contrastes de lumières, le choix des couleurs qui différencient immédiatement les mondes parcourus, le design des « Gardiens » de chacun de ces mondes… autant d’exemples qui soulignent le souci du détail dont a bénéficié Little Nightmares 3 tout au long de son développement.
On sent bien la maitrise technique dont sait faire preuve le studio britannique et qui l’a déjà prouvé sur ses précédentes productions comme les jeux qui composent The Dark Picture Anthologie ou Until Dawn.Il est cependant regrettable que la musique n’ait pas bénéficié du même soin. Elles sont aussi rares que discrètes et ne prennent pas suffisamment d’ampleur pour devenir un élément de mise en scène à part entière. Dommage.
Mais la pizza à l’ananas, c’est pas bon !!
Si tous les éléments pris individuellement semblent avoir bénéficié de toute l’attention qu’ils méritent, force est de constater que, malheureusement, l’ensemble ne tient pas ses promesses. Le plus flagrant, une fois passées les quatre heures nécessaires pour en voir le bout dépassées, est le douloureux constat qu’à aucun moment, Little Nightmares 3 ne suscite la peur et l’angoisse !Les premiers épisodes savaient engendrer l’effroi en jouant également avec l’idée que la moindre présence vivante était une potentielle menace ou que la lumière était paradoxalement notre pire ennemi. Little Nightmares 3 échoue totalement à mettre le joueur sous pression.
En effet, dans le premier épisode, tout être croisant votre chemin était signe de mort potentielle et apparaissait toujours au « mauvais » moment, c’est-à-dire en pleine phase de résolution d’énigme ou pire, dans un espace trop éclairé et vide pour ne pas se faire repérer. Cette mécanique précise, doublée d’une mise en scène maligne, créait une peur constante.Chaque nouveau pas en avant s’avérait à la fois libérateur, puisqu’il nous permettait d’échapper à une menace, et angoissant dans la mesure où le danger ne se privait pas de ressurgir n’importe quand et sans prévenir.
Little Nightmares 3 tente vainement de reproduire cette ambiance oppressante constante. Prenez par exemple le monde de la fête foraine où l’on est amené a se faufiler au milieu de géants venus profiter du lieu.Malheureusement, ces présences menaçantes ne sont là que pour « faire joli », vous pouvez déambuler sans crainte et en pleine lumière au milieu d’elles sans que celle-ci ne lèvent ce serait-ce qu’un orteil !! Il en va de même pour les Ouvriers de l’usine à bonbons, certainement trop épuisés par la tyrannie de leur directrice mi-pantin, mi-araignée pour tenter de vous attraper ou même de donner l’alerte.Il en résulte la désagréable sensation de traverser un décor inaltérable plus que l’impression de s’aventurer dans un monde hostile où votre seule présence est considérée comme gênante.Ajoutez à cela la mise en scène qui ne cherche à aucun moment à surprendre. Pire, les changements d’angles de caméra sont amorcés beaucoup trop tôt et désamorcent tout effet de « jump scare » ou de dramaturgie : un zoom arrière ? C’est juste un ennemi qui arrive sans tarder. La caméra fait face aux protagonistes ? Certainement une course poursuite.
Pire encore, SuperMassive Games a certes réussi à adapter le gameplay particulier de la saga (personnage lent, peu véloce et aux possibilités limitées) à son mode coopération, mais il en a repris aussi les défauts ! Ainsi sont toujours présents les sauts au timing oscillant sans prévenir entre le très permissif et le précis au pixel près, la hitbox capricieuse bloquant notre personnage dans un élément de décor, ou encore les passages étroits pas toujours évidents à deviner.Enfin, le mode coopératif imposé peine à convaincre. Les énigmes sont très classiques et sollicitent très peu le gameplay asymétrique simultané. Il en ressort une impression de « déjà joué » peu addictive, doublée par la sensation que toutes les énigmes pourraient être résolues avec un seul personnage s’il était muni à la fois de l’arc et de la clé à molette.
Et comme un malheur n’arrive jamais seul, l’IA est parfois capable de résoudre elle-même tout ou partie d’une énigme sans que vous lui demandiez quoi que ce soit ! On en viendrait presque à réévaluer la performance du fils de Kratos dans God of War Ragnarök ! (NDA : après réflexion, Atreus est quand même bien pire)Face aux ténors du genre comme It Takes Two et sa suite spirituelle Split Fiction, Little Nightmares 3 ne fait pas longtemps illusion, handicapé par-dessus tout par l’absence inexcusable de coopération en mode local. Un comble !










