Syberia Remastered a été testé sur PS5.
Après L’Amerzone, c’est au tour de Syberia de nous revenir en meilleure forme. Paru en 2002 et réédité maintes fois depuis, ce jeu vidéo signé de feu Benoît Sokal a donc droit lui aussi à son retour sous de plus beaux atours. Ce n’est toutefois pas la même équipe qui est chargée de redonner vie à ce titre emblématique car il s’agit ici du studio (français s’il-vous-plaît) Virtualliz Gaming, qui avec ce remaster nous propose là son plus gros projet depuis sa création. Épaulé par Microids – qui développa le jeu original –, retrouvons-nous dans cette ambitieuse résurrection toute la magie si particulière, l’ambiance vaporeuse et la soif d’aventure que nous avions découvert à l’époque ?
Réponse très vite alors que nous montons dans le train qui va nous mener à Valadilène, petit village niché au cœur des Alpes françaises…
AVOCATE NEW-YORKAISE
Dépêchée par le puissant cabinet d’avocats d’affaires Marson & Lormont, la jeune et ambitieuse Kate Walker débarque à Valadilène, patelin modeste alpin et capitale mondiale des automates, afin d’y superviser la vente de l’usine Voralberg. Anna Voralberg, actuelle directrice du site, a en effet concédée vendre son entreprise à une grande chaîne américaine de jouets. Ne manque que sa signature en bas de l’acte de vente et l’affaire est dans le sac. Rien de compliqué. Ce sera rapide, l’histoire de quelques heures avant de rentrer à New York.
Sauf que Kate débarque en pleines funérailles de Madame. Désemparée, elle s’en retourne alors vers le notaire de la défunte, qui lui en apprend une bien belle : l’affaire Voralberg a un héritier ! Le frère disparu d’Anna, Hans, parti il y a plus de 50 ans ! Miss Walker – sous la pression de son patron – n’a pas le choix : il faut retrouver l’homme et lui faire signer le document.
Commence alors une minutieuse enquête pour retrouver ce fameux Hans Voralberg, un type visiblement étrange, ayant subi un grave accident dans sa jeunesse l’ayant profondément marqué physiquement et mentalement. Malgré son handicap le rendant presque mutique et ayant bloqué sa croissance à l’âge de 10 ans, il se révèle être un véritable génie de la mécanique, capable de concevoir les automates les plus sophistiqués. Son savoir inné ayant contribué à la gloire passée de l’usine familiale.
Mais Hans a aussi une autre lubie : retrouver Syberia, où, dit-on, auraient survécu les derniers mammouths. En quête de cette contrée mythique du Grand Nord, voilà plusieurs décennies qu’il laissa derrière lui famille et travail. Le seul moyen de retrouver sa trace, c’est d’emprunter le train mécanique qu’il a conçu pour sa sœur et qui était censé la mener droit à lui après qu’elle ait vendu l’usine.
Voilà donc Kate Walker partie sur la piste d’Hans Voralberg à bord d’un engin mécanique pour une destination inconnue avec pour seul compagnon Oscar, un automate guindé et sourcilleux. Et l’aventure commence…
Syberia se présente sous la forme d’un point & click moderne (même si la formule l’est de moins en moins, moderne) où il s’agira d’interagir avec nombre d’éléments et de personnes pour résoudre des énigmes et avancer dans ses investigations.
Généralement, les dialogues avec les différents interlocuteurs dévoileront des indications à suivre qui permettront de mieux appréhender la suite des événements. Il est donc primordial de bien discuter de tous les sujets avec chacun pour ne pas laisser passer la ‘petite’ information qui aura son importance plus tard dans l’aventure.
Il sera tout aussi important de fouiller les différents environnements pour bien attraper tous les éléments qui, eux aussi, contribueront à nous aider. Très souvent, une énigme se résoudra en partie suite à la lecture d’un document (livre, affiche, dépliant touristique…). Là encore, veillez à bien tout parcourir. Rien n’est anodin.
Il ne faudra pas négliger le téléphone portable (période 2002, année de l’action du jeu) avec lequel vous resterez en contact avec vos proches mais qui lui aussi pourra vous servir à l’occasion. On n’y pense jamais mais il fait partie intégrante du gameplay.
AVIS DE RECHERCHE
La refonte de ce « Syberia Remastered » sera de prime abord graphique. Bien que le jeu de 2002 ait déjà eu droit à des améliorations de ce point de vue là, nous passons ici en quelque sorte à la vitesse supérieure avec une plus grande finesse apportée à la fois aux décors et aux personnages, avec Kate Walker en point d’orgue pour illustrer cela.
Il ne s’agira pas pour autant d’une révolution. On retrouve tous nos lieux d’origine, certes plus beaux et plus détaillés, mais il n’y aura pas non plus d’ajouts majeurs à signaler, du moins en ce qui concerne les décors traversés.
Bien entendu les menus ont aussi été révisés de fond en comble. Le petit calepin d’autrefois est désormais un carnet bien rempli et l’ersatz de Nokia 3310 est devenu un simple sous-menu transparent (dommage). La sélection d’objets passe maintenant par ce fameux carnet (ou en raccourci au moment adapté) et non plus par un inventaire bien trop austère. Le téléphone a quant à lui sa touche dédiée.
La maniabilité, elle sera grandement revue. Fini le ‘clic’ pour déplacer l’avocate, désormais elle se meut directement via l’analogique. Cela apporte de la souplesse, sans doute un peu trop parfois (on en reparle plus bas).
Comme la « souris » a disparu, on ne pourra plus farfouiller les décors comme à l’époque pour débusquer nos indispensables ustensiles de quêtes. Le système est donc remplacé par quelque chose de plus moderne – et de plus simple : lorsque vous êtes à proximité d’un élément important, un point blanc signalant les interactivités possibles apparaît. Finie la galère de chercher on ne sait quoi on ne sait où.
L’amélioration la plus marquante reste cependant au niveau des caméras. Le défilement d’écrans fixes d’autrefois a laissé place à une fluidité de mouvement très agréable nous faisant passer d’un angle de vue à un autre sans coupure. Nous n’avons toujours absolument aucun contrôle sur lesdites caméras à l’exception d’un léger panotage à droite- à gauche pour élargir un brin notre champ de vision. Seuls subsistent les écrans de chargement quand on pénètre un bâtiment ou qu’on change radicalement d’endroit.
En ce qui concerne le doublage français, celui d’antan a été conservé. Du moins pour ce qui est de Françoise Cadol dans le rôle de Kate Walker (la Lara Croft d’avant le dernier reboot) ainsi que pour la plupart des interlocuteurs croisés. Il nous semble toutefois que certaines lignes de dialogues ont été rajoutées ici ou là, mais il nous faudrait comparer point par point avec le Syberia classique pour être catégorique là-dessus.
Dans l’ensemble, le travail vocal est de très haute volée, mention spéciale pour les dialogues au téléphone qui passent désormais par le micro de la manette. Ce n’est pas le premier jeu à faire cela, mais l’effet fonctionne toujours autant (surtout la fichue sonnerie !).
Les musiques sont dans le ton, voire un peu trop fastueuses parfois, mais on y reconnaît bien là la nature de Monsieur Sokal et son rêve de grandiose. Notez que de base les pistes musicales étaient un peu trop élevées à notre goût et qu’il nous a fallu baisser le curseur dans le menu attitré pour les faire revenir à un niveau de diffusion raisonnable. Il leur arrivait même de supplanter les dialogues, ce qui est tout de même un peu dérangeant.
Passons maintenant à la présentation des différents lieux, sans non plus trop en dire car la découverte de ces endroits à visiter fait partie intégrante de l’expérience Syberia. Mais en même temps le jeu a plus de vingt ans, on peut donc quand même dévoiler nos arrêts en gare qui constitueront autant d’étapes à notre voyage sans trop gâcher le récit.
On débute notre périple dans les Alpes, dans la petite bourgade de Valadilène où l’on découvrira l’entreprise Voralberg et le plus sensationnel de ses produits : Oscar. Notre route se poursuivra à l’université de Barrockstadt, un lieu prestigieux mais peuplé de gens un peu pompeux, pour ne pas dire un brin pompette.
Une fois quitté l’établissement scolaire, direction Komkolzgrad, l’usine désaffectée à l’atmosphère ô combien lugubre. On y fera deux rencontres, une crépusculaire et l’autre lunaire. De là nous ferons quelques allers-retours au centre thermal d’Aralbad, ancien hôtel pour les nantis de l’URSS. Là-bas nous serons à la recherche d’une ancienne cantatrice à laquelle il faudra redonner de la voix pour qu’elle puisse nous aider sur notre voie.
Précision d’importance : la quête pour Syberia ne se conclut absolument pas dans ce premier épisode. Il ne s’agit ici que de la première moitié du périple. La suite et fin de ce voyage se fera dans Syberia 2, qui, nous n’en doutons pas une seconde, aura aussi droit à son remaster à sortir d’ici un ou deux ans.
AVENTURIÈRE DU GRAND NORD
Autant ce fut un immense plaisir que de redécouvrir Syberia avec un regard neuf, autant tout ne fut pas rose non plus. On passera sur les bugs datant d’avant la mise à jour « Day Minus One » qui, certes, corrige une énorme part des errances de programmation pour la sortie officielle du titre, mais celle-ci est loin de tout régler.
En fait le principal problème viendra de nombreuses erreurs de collision, mais à l’inverse de ce qu’on entend par là habituellement. En effet, Kate ne se cognera pas dans d’innombrables coins récalcitrants, bien au contraire, elle traversera de trop nombreux éléments de décor. Qu’il s’agisse de tonneaux, de tas de cagettes ou même de bancs, leur immatérialité est bien trop fréquente.
Autre souci, mais là en héritage direct du Syberia de 2002 : les murs invisibles. Si on acceptait le principe dans un Click&Play d’il y a deux décennies en vue fixe, ce qui de fait servait à délimiter le terrain pour qu’on n’aille pas trop n’importe où dans les décors en 2D, c’est un peu moins le cas pour un titre sorti en 2025. Certes les lieux bloqués n’apporteraient rien de plus à notre progression, mais c’est légèrement frustrant de ne pas pouvoir passer sous une arche ou de ne pas avoir la possibilité de traverser une petite place qui, oui, mène à une impasse, mais qui semble parfaitement praticable au demeurant.
Revenons rapidement sur les touches contextuelles qui parfois peuvent se révéler très pointilleuses, doux euphémisme pour dire avec tact qu’il leur arrive de ne pas fonctionner correctement. Il faut parfois insister – et pas qu’un peu ! – pour voir l’action enfin s’enclencher. Dans la même catégorie, il n’est pas rare de devoir se faire contorsionner notre héroïne pour atteindre le point blanc d’interaction permettant de sortir d’une zone. Cela ressemble parfois à un véritable chemin de croix… (ha ha).
Comme indiqué plus haut, la jouabilité globale est plus simple et il en est de même pour les énigmes (le fait que nous les connaissions déjà a sans doute pas mal aidé, concédons-le). On retrouve toutefois LA mythique, l’inoubliable, la tenace épreuve du piano-bar. Véritable moment d’égarement intellectuel, il faut faire preuve d’énormément de logique, de patience et d’essais pour venir à bout de ce challenge mental. Bon courage à vous, vous en aurez besoin !
Un point enfin très étonnant, même si de fait il ne faut pas oublier le statut de remaster et non pas de remake de ce Syberia 2025, c’est de découvrir que les cinématiques n’ont pas été refaites. Il s’agit bel et bien des vidéos originales du jeu de 2002, quasiment dans leur état d’époque. Drôle de choix, qui divisera sans nul doute les joueurs. Peut-être fut-il fait pour respecter le travail de Benoît Sokal ?








