Vous vous êtes déjà demandé pourquoi les jeux Electronic Arts sur Sega Mega Drive / Genesis sortaient sur des cartouches reconnaissables à leurs énormes onglets jaunes ? La réponse tient à un pari audacieux de la part de l’éditeur, qui a osé défier les conditions de licence strictes de Sega. Trip Hawkins, fondateur d’EA, n’hésite pas à qualifier ce choix de « plus courageux » de sa carrière.
Lors d’une interview en 2020 sur The Retro Hour Podcast, Hawkins explique qu’en observant Nintendo et ses pratiques, il a remarqué que Sega avait tendance à copier son rival. Il a alors décidé de reverse-engineerer la Mega Drive, afin de produire et distribuer des jeux sans licence officielle. Contrairement à la NES, la Mega Drive ne possédait pas de puce de sécurité similaire au lancement, ce qui permettait à EA de procéder légalement. Après environ un an d’analyse technique, EA a fourni à ses développeurs les outils et instructions nécessaires pour créer des titres Genesis, avec un premier lancement prévu pour le CES de juin 1990.
Avant de se lancer dans la confrontation, Hawkins a toutefois choisi de négocier avec Sega. Malgré des menaces initiales de la part du constructeur, il a réussi à obtenir un accord de licence très généreux, grâce au levier stratégique qu’EA avait acquis par ses préparatifs. Cette manœuvre a permis à EA de sortir des succès immédiats comme John Madden Football, FIFA, Desert Strike, Road Rash ou PGA Tour Golf. Ces titres ont contribué à populariser la Mega Drive en Amérique du Nord et en Europe, mettant Sega en position de rival sérieux face à Nintendo.
Hawkins conclut en soulignant l’impact de cette décision : « Nous avons livré la moitié des bons jeux disponibles pour la Sega dans les années suivantes, et avons ainsi capté environ 50 % du marché, ce qui était sans précédent pour un éditeur tiers. » Cette stratégie audacieuse reste un exemple marquant de comment un pari technologique et commercial peut transformer un marché entier.


