Figure bien connue chez Sega Japon, Yosuke Okunari s’est imposé au fil des années comme l’un des plus fervents défenseurs du patrimoine de l’éditeur. Son travail acharné autour de la mise en valeur des anciennes licences Sega, sur de multiples supports, a largement contribué à préserver et transmettre cette histoire vidéoludique. Dans une récente chronique publiée chez Beep Shop, il revient avec une rare sincérité sur une période fondatrice… mais aussi douloureuse : ses débuts sur la gamme Sega Ages.
L’aventure démarre à l’origine en 1996 sur Sega Saturn, mais c’est en 2004 que Okunari prend réellement les commandes du projet. À cette époque, Sega cherche un nouveau partenaire pour porter ses jeux d’arcade sur PlayStation 2. Le choix se porte alors sur le studio M2, aujourd’hui unanimement salué pour la qualité de ses restaurations. Leur première collaboration donne naissance en 2005 aux volumes Sega Ages 2500 Vol. 20 (Space Harrier II / Space Harrier Complete Collection) et Vol. 21 (SDI & Quartet – Sega System 16 Collection).
Avec M2, Okunari pousse le concept bien plus loin que de simples portages. Parmi les idées les plus marquantes figure le mode Parallel Play, une fonctionnalité permettant de basculer instantanément entre la version arcade et la version console d’un même jeu afin d’en comparer les différences. Une prouesse technique, suffisamment novatrice pour être brevétée, mais qui, avec le recul, n’aura été que très peu utilisée par les joueurs.
La gamme Sega Ages 2500 tire son nom de son prix de vente, fixé à 2 500 yens (environ 15 €). Convaincu que cette générosité de contenu allait mécaniquement séduire le public, Okunari reconnaît aujourd’hui une certaine naïveté. Il admet avoir sous-estimé les contraintes d’un projet à budget limité, cumulant spécifications excessives et ambitions démesurées. Cette surcharge finira par peser autant sur M2 que sur lui-même, entraînant retards et tensions en interne.
Le retour du terrain est brutal. Lors d’un événement professionnel précédant la sortie, les réactions des revendeurs sont glaciales. Les jeux sont jugés trop anciens, trop obscurs, et parfois trop complexes, notamment SDI, dont le gameplay déroute les visiteurs. Résultat : un tirage initial extrêmement faible, parmi les plus bas de toute la série.
Malgré cet accueil difficile, Yosuke Okunari garde foi dans l’avenir. Pour lui, Sega Ages 2500 n’est pas une opération ponctuelle mais une collection de long terme, appelée à s’installer progressivement grâce au bouche-à-oreille et aux critiques. Une vision qui, avec le temps, finira par se vérifier.
Car contre toute attente, Sega Ages survivra bien au-delà de cette période compliquée. La série se prolongera jusqu’à l’ère moderne, avec des titres comme Shinobi, Virtua Racing, Herzog Zwei ou encore Sonic 2 ressuscités sur Nintendo Switch. Une preuve que même les projets nés dans la douleur peuvent laisser une empreinte durable dans l’histoire du jeu vidéo.
Source : Time Extension

