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TEST : Guardian Heroes – Le chef-d’œuvre parfait oublié de Treasure

Seditius [Rédacteur]
Rise from your grave!

Il y a tout juste 30 ans, en mai 1996 plus exactement, sortait le numéro 50 de Mega Force avec notamment le test d’un jeu sur Saturn : Guardian Heroes. Il recevait la note très honorable de 87 %. Une excellente note, mais certainement pas celle que l’on aurait imaginée pour un jeu qui allait devenir, avec les années, l’un des titres cultes de la Saturn.

Mais peut-être vous est-il également arrivé de lire le test d’un jeu présenté comme « bien mais sans plus » et d’avoir tout de même l’intime conviction que ce jeu allait être pour vous le graal absolu ?

En 1996, alors que le genre du beat’em up devient de plus en plus ringard face aux jeux de combat en un contre un et que le monde ne jure presque plus que par les polygones et la 3D, Treasure, pour son premier jeu développé pour la Saturn, décide d’aller totalement à l’encontre de ces tendances. Avec Guardian Heroes, le studio ne se contente pas de proposer un excellent jeu d’action : il invente un hybride entre beat’em up, RPG et jeu d’aventure, qui restera inégalé pendant presque trente ans (coucou Absolum).

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si, pendant près de dix ans, j’ai eu pour rituel de faire au moins une longue session de ce jeu chaque été avec mon ami Pâcome (son nom a été habilement modifié pour que personne ne sache qu’il s’agit en fait de Guillaume).

Un beat’em up pas comme les autres

À première vue, Guardian Heroes ressemble presque à un beat’em up classique : les ennemis affluent par dizaines, les boss occupent la moitié de l’écran et les coups spéciaux fusent dans tous les sens. Mais dès les premières minutes, le jeu révèle sa véritable personnalité.

Le système de combat repose sur trois plans de profondeur entre lesquels il est possible de se déplacer à volonté. Cette idée brillante s’accorde parfaitement avec le gameplay du jeu : vu la densité de l’action, le nombre d’ennemis et les effets pyrotechniques, pouvoir se déplacer en profondeur sur tout un axe Z comme sur un beat’em up classique rendrait le jeu bien trop confus.

Changer de plan a quelque chose de ludique : une petite pression sur L ou R et notre personnage fait un petit saut pour visiter un autre pan du décor, mais aussi stratégique. Approcher correctement l’adversaire et savoir se replier au bon endroit au bon moment sera une préoccupation constante et plaisante pour le joueur.

Chaque personnage dispose de ses propres enchaînements, projections, attaques aériennes, contre-attaques et pouvoirs magiques. Les manipulations rappellent parfois davantage un jeu de combat qu’un simple beat’em up.

Le casting de départ est varié : Han privilégie la puissance brute, Randy excelle dans la magie offensive, Nicole mise sur les sorts de soutien tandis que Ginjirou enchaîne les combos à une vitesse impressionnante. À eux seuls, ces héros offrent quatre façons totalement différentes d’aborder l’aventure. Finir le jeu par le bon embranchement vous permettra en outre de débloquer Serena, le personnage le plus équilibré, une sorte de guerrière-magicienne. Vous pourrez conserver sa polyvalence ou développer au choix ses aptitudes martiales ou magiques. Oui, vous avez bien lu.

Le RPG s’invite dans l’action

L’une des grandes forces de Guardian Heroes est son système de progression.

Chaque ennemi vaincu rapporte de l’expérience et, à chaque montée de niveau, le joueur répartit librement ses points dans différentes caractéristiques : Force, Vitalité, Intelligence, Agilité ou Chance. Cette évolution transforme sensiblement les capacités des personnages et encourage à recommencer l’aventure avec des spécialisations différentes. On se surprend à vouloir maximiser le gain d’expérience, par exemple en maltraitant le mobilier ou en jonglant le plus longtemps possible avec un pauvre ennemi déjà décédé depuis longtemps.

Résultat : votre guerrier peut devenir un véritable bulldozer, votre magicien un lance-flammes ambulant ou, si vous répartissez vos points n’importe comment, un aventurier médiocre qui se fera gifler par le premier squelette venu.

Autre idée brillante : les nombreux embranchements scénaristiques. Les choix effectués durant l’aventure influencent le déroulement des niveaux, les alliés rencontrés et la fin obtenue. Avec plusieurs dizaines de chemins possibles et de multiples conclusions, Guardian Heroes se prête naturellement à de nombreuses parties, d’autant plus qu’il présente un scénario étonnamment travaillé.

De nombreuses parties seront nécessaires pour en découvrir tout le background du jeu et les subtilités de l’intrigue. Suivant le chemin choisi, on se retrouvera à défendre telle ou telle faction, brisant le côté manichéen que pouvait laisser croire le jeu au départ. Une fois vous combattrez les forces de l’Esprit de la Terre, présenté comme un démon régnant sur les Enfers, tandis que lors de la partie suivante vous découvrirez que le véritable « Mal » pourrait se trouver ailleurs.

Un joyeux bazar signé Treasure

Si vous connaissez Treasure, studio formé par d’anciens employés de Konami à qui l’on doit notamment Gunstar Heroes et Alien Soldiers, vous savez déjà à quoi vous attendre.

L’écran déborde de personnages, d’explosions, d’effets lumineux, de squelettes qui volent dans tous les sens et de boss tellement gigantesques qu’on se demande où les développeurs ont trouvé la place de les ranger sur une galette Saturn.

Le miracle, c’est que tout reste parfaitement jouable. Parfois vous perdrez éventuellement de vue votre personnage, mais le jeu est bien fait : vous protéger en maintenant la touche A vous rend pratiquement invincible, vous laissant alors le loisir de jouer à « Où est Charlie ? » avec votre propre personnage le temps de le retrouver, généralement sous un amas de monstres assez énervés. Libre à vous alors de trouver le moment adéquat pour vous extirper de la masse, avant de revenir à la charge avec un coup bien placé tel un Jean-Claude Van Damme vengeur.

Les sprites sont magnifiques, les animations respirent la vie et la direction artistique stylisée alterne sans complexe fantasy héroïque, humour potache et folie japonaise. Le jeu peut passer d’un duel épique à une pluie de smileys sans que personne n’y trouve rien à redire. D’ailleurs la variété des ennemis est très impressionnante, surtout pour un jeu de 1996. Soldats, chevaliers, gargouilles, villageois (comment ça, ce ne sont pas des ennemis ?), robots, gobelins, squelettes, plantes carnivores… Et j’en passe.

L’ambiance sonore est tout à fait en adéquation avec le jeu : délirante, chaotique, énergique tout en restant digeste. Miraculeusement, malgré les coups qui claquent, les personnages qui crient le nom de leur sort, les bruits de pas des plus gros ennemis qui font trembler l’écran ou encore les explosions : la musique arrive à se faire entendre. Et quelle musique… Auriez-vous imaginé un solo de saxophone pendant un combat épique dans un cimetière où vous vous retrouvez pris au cœur d’une bataille entre soldats ennemis et squelettes pas plus amicaux ? Non ? Eh bien, vous avez tort, ça dépote sincèrement.

À deux, c’est encore pire… donc encore mieux

Comme tous les grands beat’em up, Guardian Heroes prend une nouvelle dimension en coopération.

Les combos deviennent délirants, les sorts se croisent dans tous les sens, les ennemis ne savent plus où donner de la tête… et les joueurs non plus.

Mention spéciale au mode Versus, véritable bonus de luxe qui permet de jouer TOUS les ennemis vaincus dans le mode histoire, soit 45 personnages jouables en tout, villageois et boss compris. Treasure n’avait manifestement aucune envie d’être raisonnable.

Le remake Xbox 360 de 2011

En 2011, SEGA propose une version remastérisée sur Xbox Live Arcade développée avec la participation de Treasure.

Il ne s’agit pas d’un simple portage. Les sprites des personnages, les effets visuels, les interfaces et les polices ont été retravaillés en HD tandis que les décors d’origine ont été conservés afin de préserver l’identité visuelle du jeu. Les joueurs peuvent toutefois choisir à tout moment un affichage proche de la version originale grâce au mode « Saturn ». Le format 16/9 est également pris en charge, et ça c’est bien.

Le remake apporte surtout plusieurs améliorations de confort : une coopération en ligne pour le mode Histoire, un mode Versus étendu pouvant accueillir jusqu’à douze joueurs en ligne, un nouveau mode Arcade orienté survie, des commandes modernisées (tout en conservant le schéma original) et quelques ajustements d’équilibrage pour les affrontements. Si ces nouvelles commandes (notamment pour l’utilisation de la magie) et équilibrages peuvent paraître étranges voire hérétiques à un habitué de la version Saturn, elles s’avèrent en fait rapidement plus logiques et plus pratiques.

Les sprites HD, quant à eux, divisent les joueurs. Certains regrettent le pixel art de la Saturn. Personnellement, je trouve que Guardian Heroes supporte étonnamment bien le lifting. Son style très manga évite l’effet « flash » que l’on retrouve sur certains remasters de la même époque.

AVIS DE LA REDAC

Guardian Heroes demeure l'un des plus grands beat'em up jamais réalisés. Là où la plupart des représentants du genre misaient uniquement sur l'action, Treasure y ajoute une véritable progression façon RPG, une narration à embranchements, un gameplay d'une richesse incroyable et une rejouabilité exceptionnelle. En 1996, Mega Force lui préférait légèrement Three Dirty Dwarves. Trente ans plus tard, l'un est devenu une curiosité sympathique. L'autre figure toujours parmi les plus grands beat'em up jamais créés. Comme quoi, le temps est parfois le meilleur des testeurs. Aujourd'hui encore, rares sont les jeux capables de proposer un tel mélange avec autant de maîtrise. Plus qu'un classique de la Saturn, Guardian Heroes est un monument du jeu vidéo d'action.

CONCLUSION DU SCHMURZ

Son
96
%
Graphisme
85
%
Animation
92
%
Maniabilité
93
%
Intérêt
96
%
Son
96
%
Graphisme
85
%
Animation
92
%
Maniabilité
93
%
Intérêt
96
%
LES PLUS
  • Gameplay nerveux et riche
  • Direction artistique pleine de personnalité
  • Difficulté bien dosée
  • Musiques originales et mémorables
  • Excellente rejouabilité
  • Cinématique d'introduction digne d'un animé
LES MOINS
  • Action parfois confuse pour le néophyte
  • L'impossibilité de passer le long monologue au milieu du jeu
  • La suite ratée sur Gameboy Advance
92
%
MEGAHIT DE LA REDAC

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