Rez Infinite a été testé sur PS4 VR.
Il y a des jeux qui vieillissent. Et puis il y a Rez. Sorti au début des années 2000 sur Dreamcast et PlayStation 2, le titre de Tetsuya Mizuguchi avait déjà quelque chose de complètement différent. Un shoot’em up ? Oui. Un jeu musical ? Aussi. Une expérience psychédélique qui aurait pu être conçue dans un laboratoire secret de Sega ? Absolument. Avec Rez Infinite, cette drôle de machine revient dans une version remasterisée qui prend une dimension supplémentaire en réalité virtuelle. Et là, les amis, on ne regarde plus le spectacle à travers une fenêtre. On entre dedans.
Le principe reste pourtant d’une simplicité presque insolente. Votre personnage file automatiquement dans des environnements futuristes pendant que vous verrouillez les ennemis avant de libérer vos tirs. Jusqu’à huit cibles peuvent être sélectionnées avant de déclencher la salve. Chaque tir, chaque destruction et chaque apparition d’ennemi participe à la construction de la musique. Le jeu ne se contente donc pas d’accompagner la bande-son : le joueur fabrique littéralement une partie du rythme. Vingt ans plus tard, cette mécanique conserve une efficacité redoutable.
Branche le casque, bienvenue dans le cosmos
Sur écran classique, Rez Infinite reste une expérience élégante. Les formes géométriques, les lignes lumineuses et les silhouettes étranges ont conservé une sacrée personnalité. Mais la réalité virtuelle change complètement la perception du jeu. Les environnements s’étendent autour du joueur et il devient possible de regarder dans toutes les directions. Les adversaires qui passent derrière vous ne sont plus hors champ : ils font réellement partie de l’espace qui vous entoure.
Et c’est là que le vieux Rez sort son joker. Le jeu semblait déjà avoir été pensé pour la réalité virtuelle avant même que celle-ci ne devienne accessible au grand public. Ses décors abstraits, son déplacement automatique et son rythme musical s’y prêtent naturellement. Le résultat est parfois hypnotique. On avance, on verrouille, on tire et on se laisse porter. Pas besoin de courir partout. Pas besoin d’agiter les bras dans tous les sens. Rez préfère vous attraper par les yeux et les oreilles.
La version originale conserve néanmoins ses racines. En VR, certains éléments graphiques montrent davantage leur âge, notamment lorsque l’on regarde les environnements de très près. Le rendu peut manquer de finesse et rappeler les bonnes vieilles images cathodiques de notre jeunesse. Mais franchement ? Ce côté rétro colle presque parfaitement à l’identité du jeu. C’est comme si votre Dreamcast avait avalé un casque VR et décidé de faire un voyage intersidéral.
Du shoot’em up qui fait de la musique
Le gameplay de Rez repose sur une idée géniale : transformer chaque combat en morceau électronique. Vous déplacez votre viseur, sélectionnez les cibles et relâchez le tir. Les explosions répondent aux pulsations. Les ennemis détruits ajoutent leurs propres effets au morceau. Plus l’action progresse, plus l’ensemble devient riche.
Et surtout, le jeu ne vous noie jamais sous les commandes. La simplicité est reine. Le déplacement étant automatique dans les niveaux classiques, toute votre attention peut se concentrer sur les cibles et le rythme. Cette approche évite également que l’action ne prenne complètement le dessus sur la musique. On est loin du shoot’em up traditionnel où l’on finit avec les yeux injectés de sang après trois minutes.
En réalité virtuelle, le système gagne encore en immersion. Les différentes options de caméra permettent notamment d’adapter les mouvements pour rendre l’expérience plus confortable. La réalité virtuelle peut parfois transformer une simple partie en concours de mal de mer, mais Rez Infinite a été conçu avec cette question en tête.
Area X : le cerveau fait « WOW ! »
Et puis arrive Area X. Là, changement de programme. Les rails disparaissent et le joueur bénéficie d’une véritable liberté de déplacement dans un immense espace tridimensionnel. Le personnage devient une créature faite de lumière et traverse un univers composé de particules, de couleurs et d’effets lumineux.
C’est clairement la grande vedette de Rez Infinite. Là où les niveaux classiques modernisent une expérience conçue à l’origine pour une autre époque, Area X ressemble à la vision que l’on pouvait imaginer pour un Rez conçu directement pour la génération moderne. Le jeu abandonne les formes géométriques les plus simples pour créer un monde beaucoup plus organique et spectaculaire. Les effets de particules et les éclairages donnent aux environnements une ampleur impressionnante.
Le principe de combat reste proche : on verrouille les ennemis, on tire et on évite leurs attaques. Mais la liberté de mouvement change complètement la sensation. On peut accélérer, ralentir et se déplacer dans cet espace gigantesque tout en ayant l’impression de parcourir des distances astronomiques. En réalité, on reste souvent proche des cibles. Mais quelle importance ? L’illusion fonctionne à merveille.
Le plus étonnant reste cette sensation de calme qui accompagne l’action. Area X peut être spectaculaire sans devenir frénétique. On plane. On observe. On tire. On écoute. Et parfois, on oublie complètement qu’on est assis dans son salon avec un casque sur la tête. C’est précisément le genre de moment qui permet de comprendre pourquoi Rez reste aussi particulier.
Le son aux commandes !
Impossible de parler de Rez Infinite sans évoquer sa bande-son. Ici, la musique n’est pas un simple accompagnement. Elle fait partie du système de jeu. Chaque verrouillage, chaque tir et chaque destruction participe à la composition générale. Le joueur devient donc une sorte de chef d’orchestre sous acide.
Les sonorités électroniques et techno restent parfaitement adaptées à cet univers futuriste. Le mélange entre les pulsations, les effets sonores et les explosions produit une sensation de progression permanente. Plus on avance, plus la musique semble prendre possession de la partie.
Area X apporte évidemment son propre univers musical et renforce encore cette impression de voyage sensoriel. Le spectacle visuel et le son avancent main dans la main. C’est probablement ici que Rez Infinite atteint son meilleur niveau.
Un trip magnifique, mais pas infini
Il faut toutefois redescendre de quelques étages. Rez Infinite reste une expérience relativement courte. Le contenu principal peut être terminé rapidement par un joueur habitué, même si les différents objectifs, scores et possibilités de rejouer prolongent naturellement la durée de vie. Certains tests estimaient qu’un joueur expérimenté pouvait parcourir l’ensemble en un peu plus d’une heure.
Le véritable problème vient surtout de Area X, qui est fantastique mais ne constitue qu’un seul nouvel espace. On ressort de l’expérience avec une envie assez évidente : « Et maintenant, la suite ? » C’est presque frustrant. Le potentiel est énorme. On aurait volontiers signé pour plusieurs niveaux supplémentaires dans cette direction.
Mais difficile de lui reprocher totalement cette courte durée. Rez Infinite ne cherche pas à devenir un jeu de 40 heures. Il propose quelque chose de plus concentré. Une expérience musicale et visuelle à refaire régulièrement. Un peu comme un bon album : on ne demande pas à un disque de durer trois jours pour être excellent.





