Le jeu a été testé sur PS5. Merci à notre partenaire pour nous avoir fourni la clé.
Après avoir mis K.O. les méchants de « The Karate Kid » avec « Street Rumble », le studio Odaclick Game Studio s’attaque cette fois à un monstre sacré de la culture pop : The Walking Dead. Avec Streets of Survival, le studio et l’éditeur Trailmark Games tentent de transformer l’un des arcs les plus sanglants de la série AMC en beat’em up side-scrolling pixel-art. Le prix est contenu : 19,99 € pour la version standard, 29,99 € pour la Deluxe qui ajoute le mode Walker Pit, des skins et la difficulté Hell on Earth. Sur le papier, l’idée est alléchante. Dans les faits, le résultat est plus mitigé.
All Out War, version arcade
The walking dead- Streets of survival ne tente pas de résumer les onze saisons de la série. Il se concentre intelligemment sur l’arc de la saison 8, celui qui oppose Rick Grimes et ses alliés aux Sauveurs de Negan. C’est un choix judicieux : cette période est riche en confrontations, en trahisons et en scènes d’action pure. On retrouve donc Alexandria, Hilltop et le Sanctuaire, ainsi que des moments familiers pour les fans de la série. Le ton reste fidèle à l’ambiance post-apocalyptique de The Walking Dead : ressources limitées, tension permanente, et la certitude que chaque rencontre peut tourner au drame.

Le scénario lui-même reste secondaire. Il sert surtout de prétexte pour enchaîner les missions. On n’est pas dans un récit profond à la Telltale. Ici, l’histoire avance par étapes, avec des dialogues courts et des cinématiques pixel-art qui rappellent les moments forts de la série sans jamais les égaler.
Pour un fan, le fan-service fonctionne très bien : revoir Rick avec son magnum, Michonne avec son katana ou Daryl avec son arbalète fait plaisir. Pour un joueur qui n’a jamais regardé la série, le contexte peut paraître un peu flou au début. Le jeu ne prend pas vraiment le temps d’expliquer qui est qui et pourquoi tout le monde se tape dessus. C’est assumé, mais ça limite un peu l’accessibilité.
Negan, bien sûr, est présent. Il apparaît d’abord comme antagoniste (et boss multi-phases), puis devient jouable une fois la campagne terminée. Pouvoir enfin balancer Lucille dans tous les sens est clairement l’un des points forts pour les aficionados. Les autres boss (Simon, certains walkers iconiques comme Winslow ou le Well Walker) sont correctement intégrés et offrent des phases de combat plus structurées que les simple hordes.

Entre beat’em up classique et survivant
The walking dead- Streets of survival est un side-scrolling beat’em up en 2.5D : personnages en pixel-art devant des décors low-poly 3D. On avance de gauche à droite (et parfois on revient en arrière), on tape, on esquive, on ramasse des armes et on gère sa barre de vie. Sur le papier, c’est classique. Dans la pratique, le studio a essayé d’ajouter quelques couches pour coller à l’esprit Walking Dead.
Chaque personnage possède son propre style de combat et un arbre de compétences distinct :
Tandis que Rick Grimes mise sur le magnum et le combat rapproché polyvalent. Il est équilibré, mais sa gestion des munitions est cruciale, Michonne est clairement la plus agréable en mêlée grâce à son katana. Elle tranche proprement et possède de bons outils pour gérer les groupes.
Daryl Dixon quant a lui est plus à distance avec son arbalète et ses couteaux et demande un peu plus de précision.
Negan (débloqué après la campagne) est un monstre de pure puissance avec Lucille. Une fois qu’on l’a, on a vraiment envie de rejouer les niveaux juste pour le plaisir de tout défoncer.

L’arbre de compétences permet d’améliorer les dégâts, les chances de critique, la capacité à transporter plus de packs de soin, la réduction des cooldowns des attaques spéciales, etc. C’est simple, mais efficace. On ressent réellement la progression entre le début et la fin de la campagne. Les combos sont assez basiques (enchaînements de coups légers et lourds, attaques spéciales, finishers), mais ils fonctionnent correctement.
Le problème, c’est que le feeling global reste un peu raide. Les contrôles manquent parfois de fluidité, la hit detection n’est pas toujours parfaite, et les ennemis humains armés (les Sauveurs) ont une précision frustrante. Se faire mitrailler pendant qu’on est occupé à nettoyer une meute de walkers devient vite agaçant.

Les walkers, eux, sont plus intéressants. Ils sont lents, nombreux, et attaquent indistinctement les joueurs et les Sauveurs. On peut parfois les utiliser comme distraction ou piège, ce qui ajoute une petite couche tactique bienvenue. Les niveaux proposent aussi des objectifs secondaires, un peu d’exploration, (trouver une clé pour ouvrir une porte précédemment inaccessible, récupérer des ressources cachées…). Ce n’est pas un Metroidvania, loin de là, mais ça évite un peu la pure linéarité des beat’em up les plus basiques.
La gestion des ressources (munitions et soins) apporte une tension supplémentaire. On n’est jamais vraiment en mode « god mode ». Il faut parfois choisir entre vider son chargeur ou garder des balles pour le prochain groupe. C’est une bonne idée qui colle à l’esprit de la série, même si elle peut frustrer les joueurs qui préfèrent un défouloir purement arcade.

I’m Negan
Visuellement, The walking dead- Streets of survival s’en sort plutôt bien. Le pixel-art des personnages est soigné et reconnaissable. Rick, Daryl, Michonne et Negan sont fidèles à leurs versions télévisées tout en ayant un charme rétro. Les décors en low-poly 3D fonctionnent correctement et donnent de la profondeur aux niveaux. L’ensemble a une identité visuelle claire, même si on reste loin du niveau de détail ou de l’impact d’un « Streets of Rage 4 » ou d’un « Teenage Mutant Ninja Turtles: Shredder’s Revenge ».

L’animation est correcte sans être exceptionnelle. Les coups passent bien, les finishers ont un petit côté gore satisfaisant (même si on aurait aimé plus de variété dans les exécutions, vu la créativité de la série originale). Quelques bugs mineurs existent (ennemis qui se bloquent parfois, caméra un peu capricieuse dans certains passages étroits), mais rien de catastrophique.
Côté son, le résultat est plus moyen. Les effets de combat sont corrects, les grognements des walkers font le job, mais la bande-son reste assez discrète et peu mémorable. On n’a pas le punch musical d’un vrai classique du genre. Les dialogues sont en anglais (avec sous-titres français), ce qui est acceptable, mais on sent que le budget n’a pas été mis sur le doublage.
Lucille est assoiffée
C’est clairement le point faible principal. La campagne principale se boucle en 2h30 à 4 heures selon le niveau de difficulté et le temps passé à explorer. C’est court, même pour un beat’em up. Une fois terminée, on débloque Negan et on peut rejouer les niveaux avec le personnage de son choix. Les arbres de compétences et les collectibles donnent une raison de refaire une partie, mais la répétitivité des combats se fait vite sentir.

Le mode Walker Pit (survie endless) est réservé à la version Deluxe ou au DLC. C’est un choix éditorial discutable : dans un genre où la rejouabilité est souvent portée par les modes arcade et endless, verrouiller ça derrière un contenu payant supplémentaire laisse un goût amer. La difficulté Hell on Earth (sans checkpoints) est aussi dans le pack Deluxe. La version standard à 19,99 € reste correcte pour ce qu’elle propose, mais on aurait aimé plus de contenu de base.

Il n’y a aucun mode multijoueur, ni local, ni online. Pour un beat’em up, c’est un vrai manque. Le genre vit en grande partie de la coop entre potes, et ici on est condamné au solo. C’est d’autant plus dommage que le jeu propose plusieurs personnages aux styles différents qui auraient parfaitement fonctionné en coop.
Not Today, not tomorrow..
Face à la concurrence actuelle (Shredder’s Revenge, Rita’s Rewind, Marvel Cosmic Invasion, The Karate Kid: Street Rumble du même studio…), Streets of Survival apparaît comme un milieu de tableau. Il a plus d’idées que certains beat’em up purement nostalgiques (gestion des ressources, exploration légère, arbres de compétences), mais il manque de polish, de variété dans les ennemis et de rejouabilité. Les fans de The Walking Dead y trouveront clairement leur compte grâce au fan-service et à la possibilité de jouer les personnages iconiques. Les amateurs de baston pure seront plus réservés.
Le jeu n’est pas une catastrophe non plus. Il y a de vrais moments de plaisir, surtout quand on maîtrise un personnage et qu’on enchaîne les combos dans une horde de walkers en gérant les Sauveurs en même temps. Michonne au katana est particulièrement agréable. Negan une fois débloqué devient vite addictif. Mais ces moments de grâce ne suffisent pas à faire oublier les faiblesses structurelles.

