Test réalisé sur Xbox Series X
Aucune compromission (et encore moins de trahison !) n’est à l’ordre du jour si nous vous disons que dès la sortie de Resident Evil 4 Remake, voire même dès son annonce, nous savions que le DLC centré sur Ada Wong, Separate Ways, viendrait infecter nos plateformes, tôt ou tard. Or, voir son charmant museau débarquer si peu de temps après la sortie du jeu principal avait de quoi froisser notre petite rébellion de gamer, prêt à déferler sa désapprobation de la politique du DLC sur les réseaux sociaux, tout en acceptant sciemment cet état de fait car, de toute façon, « aujourd’hui c’est comme ça, ce n’est plus comme avant ». Un raccourci un peu facile mais qui reflète de temps en temps une certaine réalité, à condition de se prêter au jugement du cas par cas. Quoi qu’il en soit, cette extension dispose d’une anecdote bien précise puisqu’elle fut l’intérêt majeur du portage PS2 du jeu originel sorti en premier lieu sur GameCube.
Un coup de maître Capcomien car, in fine, nous savions tous qu’en dépit d’un boulot d’orfèvre afin d’adapter l’œuvre sur un support bien moins performant que la console de Nintendo d’époque, le downgrade serait violent. Désormais, les 2 anciennes versions disposent de leurs atouts respectifs, ce qui contribue encore à alimenter la légende du 4ème opus. Après nous avoir abreuvés d’un remake de haute volée (voir notre test par ici), nous étions placés face à des craintes fondées, d’autant plus que la possibilité de surfer sur la vague aurait très bien pu prendre la forme de la pomme tentatrice mercantile. Toutefois, les créateurs ont trop de respect envers le travail de Mikami pour se permettre de saborder le projet. Retour chez les parasites sévissant au sein de l’Espagne profonde, avec pour parfum les émanations de la douce pourriture…
Separate Ways : Ada maux ?
Évacuons d’emblée la question du prix : oui, 10 balles, c’est de trop et nous étions en droit d’attendre que cette partie soit initialement placée dans Resident Evil 4 Remake. Cependant, s’il fallait se faire l’avocat du diable, sachez que Separate Ways bénéficie du même soin que son grand frère et que la durée est plus qu’honorable et même supérieure à ce qui était proposé sur la seconde de Sony. De facto, prenons le produit pour ce qu’il est et, disons-le tout net, l’excellence prônée est de mise ! La volonté des développeurs consistant à se rapprocher du survival horror mêlé à l’action est respectée à défaut d’être transcendée. Qu’importe finalement tant le résultat est à la hauteur ! À l’instar des pérégrinations de Leon, la mésaventure de Madame Wong transpire par tous les pores d’un amour du détail où règne le glauque et la désolation. Bien plus qu’en 2005, la dévastation hante les lieux et le malaise de la soumission des villageois face au fléau qui gangrène leur habitat est palpable, faisant jaillir une certaine empathie pour ces fous furieux qui passent leur temps à nous foncer dessus !
La colorimétrie est toujours juste et la contrée est empreinte d’une poésie macabre. Les jeux de lumière mettent en valeur cette disparition de l’Humanité, dont VOUS êtes l’unique spectateur, en dépit d’objectifs peu chevaleresques. De toute façon, nul besoin de vous refaire un point technique tant celle-ci embras(s)e la magnificence et les coquilles de son matériau de base. Il en va de même pour le chara-design d’Ada qui s’éloigne du cliché de la femme fatale pour se rapprocher de l’ambivalence (voire du paradoxe) inhérente à la moralité. Les motivations de notre « héroïne » sont tiraillées entre ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. Si la « dame en rouge » peut se montrer très cynique, elle n’oublie pas que la réalité de ses actions la rattrape, apportant un contraste bienvenu qui la caractérise. Bref, la protagoniste prend de l’épaisseur et les seconds rôles s’avèrent être à la hauteur, notamment Luis qui, après une première scène foireuse, continue de dégager un charisme fou à l’instar de ce qui était amorcé dans Resident Evil 4 Remake.
S’il y a bien des héros qui sortent du lot dans ce Separate Ways, ce sont ces 2 témoins de cette expérience à grande échelle !

Wong number
Certes, le scénario n’est pas forcément un modèle du genre mais il se laisse suivre et s’étoffe par rapport à la mouture de base, apportant quelques libertés appréciables. On notera bien quelques dialogues simplistes au timing douteux mais ce n’est qu’une peccadille face à la puissance de la mise en scène. Les saynètes s’imbriquent avec brio avec celles de Leon, que l’on revoit brièvement ou que l’on entend hors-champ (vous comprendrez en jouant !), et cela nous laisse un petit regret. En effet, au lieu de distinguer les 2 épopées, les mélanger en un seul récit aurait assurément augmenté la puissance de la diégèse ! D’accord, cela relève d’un vœu pieux voire d’un cercle vertueux mais que voulez-vous, nous sommes de grands rêveurs…
Toujours est-il que l’ajout ne tombe pas comme des yeux sur la soupe et Separate Ways parvient à faire le lien entre l’enfer de Leon et la mission maudite d’Ada. Les embranchements sont logiques et les qualités aperçues dans Resident Evil 4 Remake sont intactes, à l’instar de ces doublages exquis ou encore cette OST dantesque, dont les variations sauront vous offrir un pincement de lèvres. Toutefois, il faut bien reconnaître que certaines zones sont déjà bien connues de vos rétines, laissant planer le doute de la redite. Mais le fait de les visiter à nouveau sous un autre angle et à un moment différent de la journée évite le piège de la lassitude et de la répétition. Un véritable coup de maître tout en recyclant les décors avec intelligence ! Un bémol concerne en outre le level design qui fonctionne en trompe-l’œil, faisant miroiter une semi-ouverture alors que les chemins sont balisés, malgré le fait qu’il y a un gain relatif de verticalité (nous y reviendrons). L’action sauve le tout grâce un rythme effréné, un poil moins agressif que ce qui était proposé par le pèlerinage du plus malchanceux flic de Racoon City, ce qui diminue grandement l’impact de cet écueil !

Ada goût (goût, goût !)
Au niveau du gameplay, vous ne serez pas dépaysé. Globalement, on se retrouve avec les mêmes forces affiliées à l’aventure principale (comme les sensations de tir, visée, gestion de l’inventaire, améliorations, infiltration, qualité des animations…) et un éventail de pétoires appréciables qui nous incitent à faire surgir notre instinct sanguinaire agrémenté d’un rictus inquiétant. Les autres tares restent présentes, comme cette lenteur handicapante de la course ou l’esquive principalement contextuelle. Néanmoins, le contre est toujours aussi efficace et indispensable à haut niveau ! En ce sens, le NG+ se pare d’un véritable intérêt. D’autre part, la collecte des trésors est essentielle pour se faire des pesetas à claquer chez le marchand, et l’économie est de mise pour ne pas se retrouver en string face à des sales bestioles en manque de chair.
Point de vue bestiaire, peu de surprise mais le tout fonctionne à merveille avec des affrontements de boss toujours aussi prenants. On constate aussi la présence d’un Nemesis assez efficace au niveau de la narration et malheureusement beaucoup trop limité dans ses apparitions pour égaler la tension de son prédécesseur du 3ème opus ou encore Mr X. La feature reste agréable et la proposition offre un peu de diversité sur laquelle il est un peu acariâtre de pinailler. Il faut aussi avouer que mettre à mal l’harceleur est jubilatoire !

Separate Ways : Sauvés par le Wong !
En revanche, l’apport du grappin était fortement attendu et même si les séquences où il est utilisable sont sympathiques, les limites apparaissent très vite ; balisés ou scriptés, les lieux accessibles grâce à ce dernier permettent évidemment de s’enfuir ou de prendre de la hauteur afin de dégommer les fumiers d’infectés mais la contrepartie est cash ! Le déplacement se fera uniquement sur un endroit précis et nulle part ailleurs. Là où nous rêvions de faire tourner en bourrique tous nos adversaires, nous nous contenterons de tirer parti de cette option à défaut de s’envoler vers la liberté.
Restons positifs, tant la jouabilité reste fun et bien calibrée ! L’infiltration fait une nouvelle fois son office et le càc est toujours aussi efficace, sublimé par l’apport du grappin. Capcom réussit donc son pari de l’extension indispensable en différenciant bien Leon et Ada : l’un est un puncheur, l’autre une tueuse. Une subtile dissemblance qui ajoute du piquant durant 5H si vous êtes pressé. Bien plus si le défi vous attire.
C’est aussi ça la longévité de la séduction.






