Robocop Rogue City : Unfinished Business
a été testé sur Xbox série X à partir d’un code fourni par l’éditeur. Merci à lui ! Screenshots tirés de cette même version.

Robocop Rogue City : Unfinished Business
Il avait créé la surprise fin 2023. Non seulement il ressuscitait une licence endormie depuis (trop) longtemps. Mais en plus, et malgré un CV oscillant entre le « pas très glorieux » (Rambo : the video game) et le « honnête mais sans plus » (Terminator Resistance), il nous livrait un produit de très bonne facture.
Il ? Mais le studio Teyon bien sûr !! Avec ce Robocop Rogue City qui caressait dans le sens du poil tant les fans du robot policier (façon Verhoeven) que les amateurs de FPS bourrins, violents et décomplexés, le studio polonais a réussi à enfin prouver sa capacité à offrir des jeux dignes des licences prestigieuses qu’il exploite.
Et l’arrivée à la rédaction de ce Robocop Rogue City : Unfinished Business, que nous nommerons Robocop RC-UB pour plus de facilité d’écriture (NDR : et par fainéantise aussi j’avoue), une suite sous forme d’un standalone, va être l’occasion de revenir sur ce qui a fait le succès du FPS original, mais aussi de s’assurer que ce qui en a fait un succès se retrouve dans cette suite.
Astiquez votre armure estampillée OCP, finissez votre petit pot de « bouffe pour bébé » (vous avez la rèf ? ^^) et révisez vos directives prioritaires, on repart à Detroit pour tenter de rétablir l’ordre et la justice… encore une fois !

50% Judge Dredd, 50% The Raid, 100% Robocop !
Robocop Rogue City prenait place entre le premier et le second épisode cinématographique. Une idée bienvenue qui offrait à Teyon une confortable liberté scénaristique tout en évitant de rabâcher une histoire déjà connue. Ajouté à cela le fait que le studio cracovien est déjà rompu à cet exercice grâce à Terminator Resistance. Vous obtenez ainsi une histoire solide bien qu’assez convenue, mais truffée de références à ses origines tant par la présence des personnages emblématiques reconnaissables au premier coup d’œil qu’au travers de décors qui ne pourront que titiller les fans les plus hardcore de la licence.
Pour Unfinished Business, les scénaristes se sont émancipés de l’histoire canonique pour nous proposer une aventure totalement inédite située après les évènements de Rogue City.
Tout commence alors que le commissariat de Detroit a subi une attaque meurtrière et destructrice. La visite du lieu du massacre, contrastant avec l’image d’un bâtiment grouillant de vie lors du premier opus, met tout de suite l’ambiance. Robocop RC-UB sera encore plus glauque et claustrophobique que son ainé.

D’autant que votre enquête vous mènera rapidement vers l’Omnitower, un complexe construit à la base pour accueillir les habitants du vieux Detroit mais rapidement devenu le territoire de mercenaires surentrainés. Bien entendu, derrière ce concentré de violence se cache en réalité de plus sombres desseins que vous… enfin Robocop… devrez démanteler pour faire respecter la loi et protéger les innocents.
On sent que les développeurs du studio polonais sont des amoureux du film d’action. Entre ce scénario qui sent bon le Judge Dredd avec Karl « Butcher » Urban, ou bien l’illustration officielle de ce standalone qui n’est pas sans rappeler The Raid, Teyon ne cache pas du tout ses inspirations. Une idée tout bonnement maligne qui évite de replonger dans le fan service pur jus que le premier opus a su diablement bien gérer sans sombrer dans le coup de coude dans les côtes gênant.

Des références d’autant plus judicieuses que ces films (excellents au demeurant) sont construits comme un jeu vidéo. Une tour, chaque étage est rempli d’ennemis derrière lesquels se cache un « boss ». Au sommet de cette tour, le grand chef en guise de « boss final ». Le jeu vidéo qui copie les films qui se calquent sur les jeux vidéo… et la boucle est bouclée !!
50 % violent, 50 % FPS, 100 % Robocop !
Techniquement parlant, Rogue City Unfinished Business reprend exactement les mêmes caractéristiques que son prédécesseur. L’Unreal Engine 5 fait briller de mille feux notre flic de métal. Les personnages humains ne sont pas en reste d’ailleurs et bénéficient d’une modélisation soignée des visages. Quant aux décors, Rogue City offrait de la variété en nous baladant d’un bout à l’autre de Detroit. De par sa structure narrative, impossible de réitérer cette variété dans Unfinished Business.

Très clairement, le studio polonais a redoublé d’efforts pour proposer autre chose que des couloirs de murs en béton perpendiculaires et décorés de tuyaux gris. Seulement, le level design peine à se renouveler et si l’aspect claustrophobique oppresse progressivement le joueur, il peut laisser place à une certaine forme de lassitude.
C’est l’occasion d’aborder LA grande idée de ce nouvel opus qui est la possibilité d’incarner Alex Murphy (et aussi un autre protagoniste mais chut !! Sinon (spoiler) avant qu’il ne soit enfermé dans son cercueil de métal. Des passages rafraichissants où on peut sauter et même se baisser (!) et qui offrent surtout ce qu’il faut de variété pour éviter la monotonie tout en éclaircissant de façon originale des parties obscures du scénario.

Un autre aspect conservé par ce nouvel épisode de Robocop, c’est la destruction des décors. Une caractéristique qui avait beaucoup plu car techniquement réussie, surtout pendant les affrontements armés, qui verront la plupart des éléments de l’environnement voler en éclats dans un vacarme assourdissant.
Un vacarme qui sonne comme une ode à la destruction avec une partie sonore tout aussi soignée. Les bruitages des armes à feu et autres explosions sont toujours aussi réussis et ajoutent de l’ampleur à des joutes esthétiquement ultraviolentes où les démembrements sont légion. Les impacts sont tonitruants et surenchérissent cet hymne au chaos en lui donnant une saveur acoustique absolument délicieuse.
D’autant plus que les musiques viennent souligner avec talent les moments plus calmes en pétarades. Des mélodies parfois trop discrètes, sauf quand il s’agit de vous faire pousser des ailes, grâce à l’emblématique musique de Basile Poledouris, avant de s’attaquer aux hordes de mercenaires qui veulent vous stopper. Les habitués du premier épisode sentiront potentiellement le côté « redite » par rapport au Rogue City original, mais impossible de bouder son plaisir.

50% manette, 50% clavier/souris, 100% Fun !!
Côté gameplay, on retrouve tout ce qui a fait le sel de Robocop Rogue City. Les amateurs de Fast FPS façon Call of Duty et autres ne verront qu’un vulgaire shooter lent incapable de sauter ou d’exécuter une glissade agressive tout en canardant le moindre pixel à l’écran. Et ils n’auront pas tort d’un certain point de vue.
En effet, notre Alex Murphy robotisé se déplace lentement et s’apparente manette en main plus à un tank qu’à autre chose. Mais c’est aussi ce qui fait tout son charme. Souvenez-vous des adaptations de l’époque 8/16 bits où notre flic métallisé nous offrait, au-delà de qualités certaines (Robocop VS Terminator en tête), l’affligeant spectacle de sauts aussi ridicules qu’improbables dans les plateformers shooters à son effigie.

Là encore, Teyon a révisé ses classiques et la sensation d’incarner Robocop n’a jamais été aussi jouissive. D’autant que le game design s’avère généreux en ennemis à abattre. Déboulant de tous les côtés, ils se distinguent par leur surnombre et leur arsenal abusivement efficaces pendant les premières parties. Heureusement le pistolet Auto-9, indissociable de son propriétaire de métal, vous aidera à faire le ménage. Une arme qui vous tiendra tout au long de votre périple et il sera même possible de la customiser pour encore plus d’efficacité.
De plus, les adversaires une fois abattus laisseront leurs armes et munitions à votre disposition, histoire de varier les plaisirs dans le carnage. D’ailleurs Robocop RC-UB gonflera cet arsenal, apportant par exemple une grosse sulfateuse piquée au Schwarzy de Terminator 2, ou encore un canon cryogénique pour refroidir les opposants les plus résistants.
Une nouveauté qui fait son apparition dans Robocop RC-UB est la possibilité, à certains endroits, de pouvoir réaliser des exécutions. Ainsi, il est dorénavant possible d’interagir avec le décor pour achever un adversaire en l’encastrant dans un distributeur de canettes, en l’électrocutant avec un panneau électrique ou encore en le faisant passer par une trappe à ordures pour s’en débarrasser.

Un concept qui rappellera une idée similaire déjà présente dans un titre comme The Punisher sur nos bonnes vieilles PS2 et Xbox OG mais qui a le mérite d’ajouter une touche comique au jeu, de par ce côté cartoonesque et grotesque. Car comme le disent Les Inconnus, on peut être policier et avoir le sens de l’humour quand même !!
Bien entendu, les mercenaires squatteurs d’immeubles auront aussi à leur disposition un nouvel armada. On pourra citer pêle-mêle des drones plutôt véloces et volant en grand nombre ou encore des tourelles qui vous feront très mal si vous ne les détruisez pas rapidement.
En reprenant ainsi les solides bases de son ainé et en épiçant le tout de quelques nouveautés pertinentes, les sensations manette en main sont très agréables et addictives. On peut même y retrouver un bon goût rétro plus proche du Rail/Light Gun Shooter que du FPS tel qu’on le connait en 2025. Une sorte de revanche envers leur très raté Rambo The Game.

50% réussite, 50% encore raté, 100% Teyon !
On dit que la beauté n’est parfaite qu’au travers des défauts qu’elle laisse entrevoir (NDR : ne cherchez pas, je viens de l’inventer). Un proverbe qui sied à merveille pour Robocop Rogue City et pour sa prolongation Unfinished Business. Malheureusement pour le nouveau titre de Teyon, des défauts déjà vus sur Rogue City sont de retour.
À commencer par l’animation au sens large du terme. Il n’est pas rare de percevoir des freezes d’écran qui paradoxalement se manifestent la plupart du temps pendant des moments calmes, que l’on pourrait expliquer par des temps de chargements masqués. Mais ces gels apparaissent surtout beaucoup plus fréquemment en mode Performance qui privilégie la fluidité de l’expérience qu’en mode Qualité qui focalise sur la beauté graphique. Un comble !!
À noter également que le mode Qualité présente aussi son manque de peaufinage et laisse apparaitre quelques menues pétouilles visuelles. Rien de prohibitif certes, mais suffisamment voyant, notamment lors des scènes d’exploration, pour parfois nuire à l’immersion. Dommage !

De plus, si les visages sont saisissants de réalisme en photo, dès que ceux-ci se mettent en mouvement, on est encore très loin du… photoréalisme justement ! Les animations faciales restent primaires, les mouvements corporels trahissent une certaine rigidité, exception faite de Robocop lui-même bien sûr !
Les deux titres du studio polonais donnent l’impression d’avoir pris un bel élan pour tenter de traverser l’Uncanny Valley grâce au moteur graphique performant. Mais le manque de peaufinage ou de moyens les fait finalement violemment chuter au milieu de celle-ci, tel un coyote pris à son propre piège face à un Bip Bip malicieux.
Enfin, la mise en scène des cutscenes, principalement des dialogues, se limite à de simples champs/contrechamps basiques et sans folie qui ne mettent pas en valeur les efforts graphiques opérés sur les environnements ou les personnages. Un manque d’audace dans la recherche d’angles de caméras originaux ou la quasi-totale absence de travellings se font souvent sentir.
Concernant le gameplay, là encore le meilleur (les sensations géniales manettes en main) est quelque peu terni par des bugs certes là encore ponctuels mais parfois gênants. Entre la visée zoomée avec la gâchette gauche qui se veut capricieuse sans raison ou le lancé d’objet un peu foireux, la palme du frustrant revient sans nul doute au bouclier anti-émeute qui obstrue tout l’écran pour peu que l’on soit trop près d’un mur ou d’un élément de décor. Extrêmement pratique, surtout quand un groupe d’ennemis vous tire dessus joyeusement.

D’ailleurs en parlant des ennemis, leur nombre exagéré compense judicieusement une IA complètement aux fraises, à croire qu’il y a eu un concours de stupidité entre les antagonistes de l’Indiana Jones de MachineGames et ceux de ces deux Robocop !! Mais aussi, décérébrés soient-ils, les mercenaires de Rogue City Unfinished Business sont malgré tout dotés d’un sixième sens en ce qui concerne leur capacité à viser. D’une précision qui frise l’indécence, doublée par une puissance de feu qui dépasse l’entendement, il n’est pas rare de devoir jouer au chat et à la souris avec eux sous peine de mourir très rapidement. Un peu ridicule quand on incarne le flic mi-homme mi-machine le plus résistant de Detroit.
Par ailleurs, si le système d’amélioration de Robocop se contente du minimum syndical mais a au moins l’avantage d’être clair et accessible, il en est tout autre en ce qui concerne le système de customisation du pistolet Auto-9. À la base, différentes cartes mères sont disséminées tout au long de l’aventure. Elles offrent la possibilité d’améliorer la précision, la puissance ou encore la vitesse de rechargement. Jusqu’ici tout va bien…

… Sauf que ces capacités ne s’obtiennent que grâce à des puces électroniques qu’il faut placer judicieusement sur ces mêmes cartes-mères. Mais si elles sont placées à la légère, vous risquez de débloquer des malus eux aussi intégrés sur lesdites cartes mères. Sans compter la fusion des puces qui donnent de nouvelles puces de façon aléatoire plus puissantes mais pas forcément adaptées à la carte mère que vous exploitez…
Bref… on comprend bien que les développeurs de chez Teyon ont voulu créer une sorte de mini jeu, mais le résultat est assez indigeste pour ne pas s’investir plus que nécessaire. Qui plus est, lorsque vous constatez qu’excepté la modification du tir balle par balle ou par rafale ou la puissance de feu, ces améliorations n’apportent finalement que peu de facilités supplémentaires pour 1– servir l’intérêt du public, 2– protéger les innocents, 3– faire respecter la loi.


