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TEST : Mouse P.I. for Hire – Retour habile et en monochrome dans les années 30

Yaeck [Rédacteur]
Je lis, je joue, je regarde. Puis j'écris. Et parfois, j'arrive même à être drôle.

Parfois, au milieu d’un média bien trop standardisé et calibré, surgit un titre qui attire immédiatement l’œil. Mouse: P.I. For Hire fait partie de ceux-là. Et cela pour une raison toute particulière, un fait plus que rare dans le monde du jeu vidéo : il est entièrement en noir et blanc.

Non, il ne s’agit pas d’une simple option visuelle, comme peuvent en proposer Ghost of Tsushima ou le dernier Mafia, mais bien de la proposition artistique initiale — et unique — du jeu. Pourtant, ce parti pris déjà remarquable n’est pas sa seule particularité.

Revenons donc en détail sur cette expérience vidéoludique aussi singulière qu’intrigante.

UN POLITICIEN, UN MAGICIEN ET UN DÉTECTIVE PRIVÉE

Dans un monde en noir et blanc inspiré des vieux cartoons des années 30 vivent des souris anthropomorphes qui tentent de se faire une place dans un pays encore jeune. Parmi elles se trouve Jack Pepper, détective privé de son état, peu porté sur la subtilité ou la discrétion. Le bonhomme dézingue à tour de bras, écartèle à coups de tromblon et éparpille façon puzzle tout ce qui se dresse sur sa route.

Un jour, alors que l’enquêteur tente de retrouver son vieil ami disparu, Steve Bandel, voilà qu’il sauve d’une tentative d’assassinat son autre ancien compagnon de guerre, Cornelius Stilton, candidat à la mairie de la ville. Quel heureux hasard… ou peut-être pas. Jack et son amie journaliste Wanda comprennent rapidement que quelque chose de bien plus important se cache derrière cette affaire.

Lorsque Cornelius insiste pour que Jack retrouve coûte que coûte le troisième membre de leur trio forgé sur le front, le détective n’hésite pas une seconde à replonger dans le danger. Selon le politicien, Steve en saurait long sur les mystérieux événements qui secouent la ville ainsi que sur les disparitions de plus en plus nombreuses qui y sont signalées.

Mais ce fameux Steve Bandel, dernier membre manquant du trio, est un escroc notoire doublé d’un magicien particulièrement talentueux. Mettre la main sur un tel personnage ne sera pas une mince affaire…

Nous n’allons pas nous éterniser sur l’aspect noir et blanc du jeu car, une fois le constat posé, il n’y a pas spécialement grand-chose de plus à en dire. Cependant, ce choix artistique singulier instaure d’entrée de jeu une ambiance toute particulière, rappelant bien évidemment le cinéma de l’époque précédant l’arrivée de la couleur.

Sachez qu’il est possible d’atténuer ou de renforcer tout le décorum de « vieille pellicule » dans les paramètres : grésillements, grain, flou… et même de choisir la qualité de l’environnement sonore ! Il est ainsi possible de profiter des musiques avec un rendu vinyle — crachotements inclus — ou, au contraire, dans une version moderne et parfaitement claire. Le choix vous appartient.

Ce style est renforcé par l’ambiance de polar hard-boiled particulièrement sombre que propose l’aventure. Détective privé en imperméable et chapeau mou, pluie constante, ton sarcastique des protagonistes, jolie pépée en pâmoison devant la traditionnelle porte arborant le nom de l’agence… Tous les clichés du genre sont présents, et il n’en manque pas un seul.

Une fois tout cela dit, il manque encore l’essentiel : nous évoluons ici dans un monde de souris anthropomorphes tout droit inspiré du court-métrage « Steamboat Willie« . Pour ceux qui ne le connaissent pas, il s’agit d’un dessin animé datant de 1928 qui marque la naissance officielle de Mickey Mouse, et dont les droits sont passés, du moins en partie, dans le domaine public à l’expiration de leur protection légale. La référence est d’ailleurs évoquée à de nombreuses reprises au cours du jeu…

L’autre grande source d’inspiration provient de la bande dessinée « Maus« , un classique incontournable publié entre 1980 et 1991. Là encore, il serait bien trop long d’en détailler tous les tenants et aboutissants, mais rappelons simplement qu’il s’agit du récit des souvenirs du père de son auteur, Art Spiegelman, durant la Shoah. Dans ce roman graphique lui aussi en noir et blanc, les souris sont persécutées par les chats dans une métaphore évidente du régime nazi. Dans le jeu qui nous intéresse ici, les musaraignes — peuple cousin des souris, mais mal considéré — sont victimes de discriminations similaires.

L’air de rien, il y avait déjà beaucoup de contexte à poser avant d’aborder pleinement le jeu du studio polonais Fumi Games. Pour être le plus exhaustif possible, partageons également le clip de Caravan Palace, conçu spécialement pour accompagner le jeu :

C’EST DE L’ART (SPIEGELMAN)

Dans « Mouse: P.I. For Hire » (que l’on peut traduire par « Souris : détective privé à engager », P.I. signifiant Private Investigator), on incarne donc Jack Pepper qui, bien loin d’être pépère, va mener tambour battant ses différentes enquêtes aux quatre coins de la ville. Il s’agit d’un jeu de tir à la première personne qui va vous demander de défourailler sans vergogne des dizaines de clampins des bas-fonds, avec à chaque fin de niveau un boss à abattre en y mettant les formes.

Dans le fond, il s’agit donc d’un bon vieux FPS des familles, voire carrément d’un DOOM-like pleinement assumé, le célèbre jeu d’id Software étant d’ailleurs évoqué à plusieurs reprises au cours de l’aventure.

Le cheminement alterne entre des moments plus calmes, durant lesquels il faudra trouver son chemin, et des affrontements armés dantesques contre des myriades d’ennemis prêts à tout pour vous occire. Ils sont particulièrement nombreux et pourront très facilement vous submerger si vous n’y prenez pas garde. Face à ces séquences d’action particulièrement nerveuses, il faudra garder la tête froide afin de tirer profit de l’environnement et de ses différentes possibilités. Des pièges peuvent notamment être déclenchés dans le plus pur style cartoon, comme des pianos suspendus au plafond par une simple corde…

Mieux vaut également toujours garder un œil sur ses munitions, car elles disparaissent à grande vitesse et, comme de bien entendu, votre chargeur sera invariablement vide au pire moment. Alterner entre les différentes armes à votre disposition constitue donc un excellent moyen de préserver vos précieuses réserves de balles.

Au cours de la bonne vingtaine de niveaux que vous devrez traverser pour mener votre enquête à bien, il ne faudra pas oublier, entre deux monceaux de cadavres, de récupérer indices et autres piécettes. Cet argent pourra être dépensé dans les différentes échoppes disséminées sur la carte, dont la principale se trouve non loin du bureau de Jack. Ce petit quartier reste accessible entre chaque niveau afin de faire le point sur les investigations en cours, refaire le plein de munitions, discuter avec les différents partenaires du détective ou encore améliorer son arsenal chez Tammy.

Tammy ? Qui est Tammy ?

Il s’agit de Tammy Tumbler, la jeune protégée de Jack Pepper, chargée d’améliorer l’équipement létal de notre héros. Pour cela, il faudra au préalable dénicher des plans disséminés dans les différents niveaux avant de la rejoindre dans son atelier, lui aussi situé à proximité du bureau.

Le flingueur fan de fromage fondu pourra lui-même acquérir de nouvelles capacités qui l’aideront dans sa progression en terrain hostile. Parmi elles, on retrouve le désormais incontournable double saut, la possibilité de courir quelques instants sur certains murs ou encore celle de faire l’hélicoptère avec sa queue (!). Bande de pervers ! Cela lui permet simplement de planer sur de courtes distances…

Dans les faits, ces améliorations restent toutefois assez anecdotiques et ne servent pas énormément.

L’usage le plus fréquent que fera notre tenace souris de son appendice sera finalement le crochetage de serrures. Eh oui ! Il s’agira d’un mini-jeu — parfois avec un compte à rebours, parfois avec un nombre limité de mouvements — dont l’objectif sera de débloquer chaque goupille tout en se frayant un chemin jusqu’à la sortie.

Il faut toutefois préciser que, si les mécanismes rencontrés au cours de l’aventure restent relativement simples afin de ne pas bloquer le joueur dans sa progression, ceux des nombreux coffres secrets constituent une toute autre affaire. D’autant plus que vous n’aurez droit qu’à une seule tentative ! En cas d’échec, la serrure sera définitivement bloquée et le trésor caché derrière deviendra inaccessible. Le seul moyen de retenter votre chance sera alors de recharger une sauvegarde précédente. Pas évident pour les adeptes du 100 %…

L’autre mini-jeu repose sur le base-ball et se pratique à l’aide de cartes à collectionner. Disponible dans le bar situé en face du bureau, mais aussi dans les différents restoroutes, il vous demandera d’apprendre les subtilités des différentes combinaisons afin de l’emporter face à la tenancière, qui ne vous fera aucun cadeau. Votre collection pourra être enrichie grâce aux cartes découvertes au cours de vos enquêtes.

Dernier collectible, et non des moindres : les mini-figurines à l’effigie de Jack Pepper lui-même. Pas simples à dénicher, elles exigeront un solide sens de l’observation et de l’exploration pour être toutes récupérées. Bonne chance…

IL Y A PLUS DE TROUS QUE DE GRUYÈRE…

Une fois le point fait sur votre enquête grâce au tableau noir du bureau et aux différents indices récoltés au fil de l’aventure, une nouvelle piste finit généralement par se dessiner. Il ne reste alors plus qu’à grimper dans notre fidèle guimbarde pour partir en direction d’un nouveau lieu à explorer. La carte du jeu demeure assez secondaire dans l’expérience globale, mais elle reste agréable à parcourir entre deux niveaux.

Pour être totalement honnête, nous avons été très surpris par la durée de vie de « Mouse: P.I. For Hire », qui s’est révélée bien plus importante que prévu. Alors que nous pensions découvrir une aventure d’une demi-douzaine d’heures tout au plus, il nous aura fallu quasiment le triple pour en voir le bout.

Mais ce qui pourrait être considéré comme une qualité finit par se heurter à une certaine redondance qui ne fait que s’accentuer au fil de la progression. Car qui dit FPS dit également que le gameplay risque de rapidement tourner en boucle.

On arrive dans une nouvelle zone. On repère immédiatement les portes par lesquelles les vagues d’adversaires vont surgir. Ils finissent inévitablement par débouler, par paquets de douze. On les élimine proprement et, lorsque les fameuses portes restent ouvertes, cela signifie que le secteur a été nettoyé. Il ne reste alors plus qu’à avancer jusqu’à la prochaine zone de combat.

Au bout d’un moment, la formule finit toutefois par devenir un peu répétitive. D’autant que certains niveaux souffrent eux aussi d’un manque de variété. Trois stages se déroulent par exemple dans les studios de cinéma, alors qu’un seul aurait probablement suffi. Même constat pour les marais, qui s’étendent sur plusieurs niveaux. Les regrouper au sein d’un unique stage aurait sans doute permis de rendre l’aventure plus fluide et mieux rythmée.

La direction artistique, aussi singulière soit-elle, trouve elle aussi ses limites. Nous n’évoquerons que brièvement le fait que l’ensemble des personnages sont représentés en 2D dans un univers entièrement en 3D — un choix clairement assumé par le studio. Le constat reste néanmoins le même : tous les éléments animés bénéficient d’une esthétique directement inspirée du dessin animé, tandis que la majorité des décors en 3D demeurent totalement statiques, à quelques exceptions près. L’ensemble reste visuellement réussi dans son genre, mais peut parfois paraître un peu trop monotone.

Il faut également signaler la présence de nombreux murs invisibles destinés à délimiter les zones de jeu — un élément qui fera d’ailleurs l’objet d’une plaisanterie lors de la visite du musée en fin d’aventure. On trouve aussi quelques passages aquatiques, même si Jack nage parfaitement malgré une capacité d’apnée plutôt limitée.

Toutefois, la séquence de plateformes sur les avions demeure de loin le passage le plus crispant de ce Mouse: P.I. For Hire. Gare à ne pas recevoir une balle en plein saut, sous peine de finir dans le vide et de connaître une mort aussi brutale qu’inévitable…

Enfin, et il s’agit là d’une réflexion toute personnelle de l’auteur de ce test, qui implique également une légère révélation concernant une découverte marquante de l’aventure. Il convient donc de prévenir les lecteurs que la suite de ce paragraphe, ainsi que le suivant, contiennent ce qu’il est désormais convenu d’appeler un « spoiler ».

À notre sens, il est dommage que le grand twist du jeu et sa révélation finale ne reposent pas sur la découverte… de la couleur.

Car oui, de la couleur, il y en a. Dans ce fameux studio de cinéma justement. L’un des plateaux de tournage, directement inspiré du film Le Magicien d’Oz de 1939, est entièrement coloré. Le jeu est d’ailleurs truffé d’easter eggs et de références à la pop culture de ce genre. Lorsque l’on y débarque, après avoir passé des heures plongé dans des nuances de gris, le choc visuel est saisissant.

C’est pourquoi nous persistons à penser que l’impact aurait été encore plus fort si cette découverte avait constitué le véritable climax de l’enquête, le secret ultime soigneusement dissimulé par les puissants de la ville.

Le genre du « hard-boiled » désigne un style bien particulier de récits policiers. On y retrouve généralement un détective privé en trench-coat et chapeau mou, évoluant dans une ville perpétuellement humide et baignée d’une ambiance sombre et désabusée. À cela s’ajoute souvent une voix off pleine d’amertume et de sarcasme commentant les événements de l’enquête. Humphrey Bogart, dans Le Faucon maltais, demeure l’une des grandes figures du genre. Plus près de nous, on peut également citer Mike Hammer, incarné par Stacy Keach, ou encore la bande dessinée Blacksad. Pour l’anecdote, Magnum peut être considéré comme une variation du hard-boiled, transposant les codes du genre sous le soleil d’Hawaï plutôt que dans une métropole pluvieuse, tout en conservant la même philosophie narrative.

AVIS DE LA REDAC

Belle petite surprise que ce jeu au parti-pris esthétique étonnant, surtout dans le domaine vidéoludique. Il n’en demeure pas moins qu’outre la forme, nous nous trouvons là devant un FPS finalement assez classique, voir au bout d’un moment assez redondant. Nonobstant cela, si le genre ne vous déplaît guère vous passerez un très bon moment à parcourir ce titre au charme rétro. Ayant construit intelligemment son univers en utilisant de manière habile ses illustres inspirations, il ne tiendra qu’à vous de dénicher aux quatre coins des niveaux les nombreuses références à toute une période désormais assez lointaine… Une époque plus simple ou tout était en Noir et Blanc...

CONCLUSION DU SCHMURZ

Son
74
%
Graphisme
88
%
Animation
85
%
Maniabilité
77
%
Intérêt
83
%
Son
74
%
Graphisme
88
%
Animation
85
%
Maniabilité
77
%
Intérêt
83
%
LES PLUS
  • Une fraîcheur graphique
  • Un univers bien mis en place
  • Une atmosphère unique et poussé à fond dans le genre
LES MOINS
  • Sans doute un poil trop long...
  • Le héros coincé dans un coin toujours au pire moment...
81
%
OH QUE OUI !

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