Treize ans après Scary Movie 5, le masque de Ghostface ressort enfin du placard. Et cette fois, les choses sont différentes : Marlon Wayans, Shawn Wayans et Keenen Ivory Wayans reviennent aux commandes, tandis qu’Anna Faris et Regina Hall reprennent leurs rôles de Cindy et Brenda. Sur le papier, difficile de rêver meilleur argument pour réveiller une franchise qui s’était sérieusement perdue en route. Après deux premiers épisodes cultes, puis trois suites nettement moins inspirées, le retour des créateurs originaux avait de quoi faire saliver les nostalgiques de la grande époque.
Et pourtant, Scary Movie 6 laisse un drôle de goût. Il y a des moments franchement amusants. Certaines parodies sont bien trouvées. Les anciens sont heureux de se retrouver et ça se voit. Mais le film souffre d’un problème assez gênant : il donne constamment l’impression de vouloir nous rappeler qu’il est le vrai Scary Movie et que les épisodes 3, 4 et 5 n’étaient pas ceux des Wayans. Au bout d’un moment, le message est compris. Merci les gars !
Ghostface est de retour, et il connaît déjà le chemin
Pour son grand retour, la franchise ne cherche pas franchement à réinventer la poudre. Scary Movie 6 reprend principalement la structure de Scream, et plus particulièrement celle des productions récentes de la saga. Une nouvelle génération de jeunes gens se retrouve confrontée à Ghostface, avec les mêmes archétypes, les mêmes situations et une intrigue suffisamment proche pour que les fans de Scream comprennent rapidement où le film veut aller.
C’est d’ailleurs une recette qui avait déjà fait ses preuves. Le premier Scary Movie fonctionnait en grande partie parce qu’il reprenait directement les codes de Scream pour les envoyer valser avec un humour complètement débile. Le sixième épisode reprend cette mécanique, mais avec un problème : on a déjà vu ça.
Heureusement, le retour des anciens apporte immédiatement un peu de vie. Anna Faris retrouve Cindy Campbell avec une facilité assez incroyable. Elle semble n’avoir jamais quitté le personnage. Regina Hall est également excellente en Brenda et reste l’une des meilleures armes comiques du film. Quant à Marlon et Shawn Wayans, retrouver Shorty et Ray fait forcément sourire.
Mais le charme fonctionne surtout grâce à la nostalgie. Et la nostalgie, c’est bien. À condition de ne pas la servir à chaque repas.
Le festival des références
Là où Scary Movie 6 retrouve véritablement ses jambes, c’est lorsqu’il s’attaque au cinéma d’horreur contemporain. Le buffet est particulièrement copieux. Terrifier 3, Sinners, Weapons, Get Out, Longlegs, M3GAN, Smile, The Substance, Candyman, Final Destination: Bloodlines ou encore I Know What You Did Last Summer sont tous passés à la moulinette.
Certaines références sont très réussies. Les amateurs d’horreur auront largement de quoi s’amuser à reconnaître les scènes, personnages et situations détournés. Le film possède notamment une jolie collection de clins d’œil qui peuvent provoquer quelques bons éclats de rire.
La séquence du métro est probablement l’une des plus amusantes. Ghostface y côtoie une véritable réunion de monstres avec Jason Voorhees, Leatherface, Chucky, Michael Myers et Pennywise. C’est complètement idiot. C’est exactement pour ça que ça fonctionne.
Même chose pour certaines apparitions surprises. Les caméos sont bien utilisés et quelques-uns arrivent avec suffisamment de malice pour provoquer un vrai effet de surprise. C’est là que l’on retrouve le Scary Movie que l’on aime : imprévisible, débile et capable de partir complètement en vrille.
Au début, on rigole. Après, on soupire.
Le gros souci, c’est que l’humour finit par tourner en rond. Et pas qu’un peu.
Le film possède plusieurs bonnes idées, mais il revient constamment sur les mêmes thèmes. Une blague fonctionne ? Très bien. Alors on la ressort. Puis encore une fois. Puis une petite variante. Et encore une. Au début, ça passe. On retrouve l’esprit des premiers films, on sourit et on se dit que les Wayans sont peut-être vraiment de retour.
Puis les minutes passent.
Et là, le fameux sourire commence à disparaître. Certains gags autour des pronoms, du genre, de la sexualité et des débats de société deviennent particulièrement répétitifs. Le problème n’est pas que le film ose se moquer de ces sujets. C’était précisément l’une des marques de fabrique des premiers Scary Movie : personne n’était épargné.
Le problème, c’est le manque de renouvellement. Une fois que le gag a été compris, inutile de le marteler jusqu’à ce que le public regarde sa montre. Au début, c’est amusant. À la fin, on soupire.
Et c’est dommage, car quelques répliques politiques ou sociales sont réellement bien senties. Le film n’a clairement pas peur de se moquer de Trump, d’ICE, des débats sur les pronoms, de la culture médiatique ou de certaines personnalités. Mais entre deux bonnes vannes, on retrouve parfois trois ou quatre variations du même gag.
Et les épisodes 3, 4 et 5, on en parle encore ?
C’est probablement l’un des éléments les plus agaçants du film. Scary Movie 6 semble parfois obsédé par sa propre histoire.
Le retour des Wayans aurait pu être célébré naturellement. Pas besoin de constamment rappeler que Scary Movie 3, Scary Movie 4 et Scary Movie 5 ont été réalisés sans eux. Pourtant, le film multiplie les petites piques et les rappels sur cette période. On comprend rapidement la situation : les créateurs originaux sont revenus reprendre leur bébé.
Très bien.
Mais à force, cela ressemble presque à une vieille rancœur que l’on ressort du placard. Le spectateur n’a pas besoin qu’on lui explique toutes les cinq minutes que les Wayans n’ont pas apprécié la direction prise par la franchise après leur départ. Le film aurait gagné à simplement montrer qu’ils sont de retour et qu’ils ont encore quelque chose à dire.
Cette insistance donne parfois une impression étrange. Plutôt que de regarder vers l’avenir, Scary Movie 6 regarde constamment dans le rétroviseur. Et quand une franchise revient après treize ans, on aimerait quand même qu’elle nous montre quelque chose de neuf.
Les vieux copains font toujours le boulot
Malgré tout, le casting historique reste une vraie réussite. Anna Faris est clairement la meilleure. Cindy Campbell lui colle toujours à la peau et son sérieux face aux situations les plus absurdes fait encore mouche.
Regina Hall n’est pas en reste. Brenda conserve ce côté complètement déjanté qui faisait son charme. Certaines scènes lui donnent même l’occasion de rappeler pourquoi le personnage était devenu culte.
Les Wayans retrouvent également leurs vieux réflexes. Le problème vient plutôt des personnages eux-mêmes, dont certaines plaisanteries sont restées bloquées au début des années 2000. Shorty et Ray font sourire parce qu’on les connaît, mais leurs running gags sont nettement moins frais qu’autrefois.
La nouvelle génération fait correctement le travail. Olivia Rose Keegan, notamment, apporte une bonne énergie et montre qu’il était possible de transmettre l’esprit de la série sans simplement photocopier les anciens personnages.
Le masque est toujours là, mais le couteau manque de tranchant
Ce sixième épisode reste donc très irrégulier. Il peut enchaîner une excellente référence à Terrifier, un caméo complètement inattendu et une bonne parodie de Scream, puis nous servir immédiatement une blague tellement répétée qu’on voit venir la chute à trois kilomètres.
C’est probablement ce qui sépare Scary Movie 6 des deux premiers. Les films originaux étaient eux aussi vulgaires, idiots, parfois lourds et complètement déjantés. Mais ils avaient une énergie folle. Les gags semblaient surgir de partout.
Ici, on sent davantage la mécanique. On sait parfois où la blague va aller avant même qu’elle commence. Et lorsqu’un film comique devient prévisible, ça fait forcément mal.
La réalisation de Michael Tiddes reste efficace, notamment dans les séquences physiques. Les gags visuels fonctionnent d’ailleurs souvent mieux que certaines longues tirades. Mais l’ensemble manque de cette folie incontrôlable qui avait rendu les premiers épisodes aussi mémorables.







