Yakuza : Like A Dragon, Like A Dragon : Ishin, Yakuza numéroté (entrez si vous le souhaitez un chiffre entre 0 et 6) et maintenant Like A Dragon Gaiden…
De quoi se paumer complètement au fin du fond de la culture de la mafia japonaise pour les nouveaux venus ! Heureusement, les potes âgés seront en mesure de vous présenter les enjeux d’une saga annoncée comme une suite spirituelle de Shenmue qui suit désormais sa propre route, et ce dès ses prémices sur notre bonne vieille PS2. Mais alors nous diriez-vous, incrédules face à une liste pléthorique qu’on en frôlerait presque l’indigestion, qu’est-ce donc cette diablerie ? Pourquoi donner autant d’identités à des opus censés embras(s)er le même culte ? Tout simplement afin d’assurer un distinguo, certes un peu obscur de prime abord, entre série principale et spin-off cher amis ! Et notre sujet du jour appartient à cette seconde catégorie, ce qui pourrait laisser quelques frayeurs. En effet, à quelques mois de la sortie de Like A Dragon (encore un bon sang !) : Infinite Wealth, tout porte à croire que la dernière itération n’est qu’une sorte d’apéritif dinatoire destiné à faire patienter les invités du bal pour un festin qui s’annonce sans précédent. Métaphores culinaires à part, il est absolument nécessaire de contextualiser (sans vous spoiler à coup de parpaings de 14 dans la tronche) afin de saisir l’objectif de cette production, histoire de l’appréhender pour ce qu’elle est tout en respectant le quota d’échelle comparative. Une espèce d’équilibre à tenir sachant que pour nous les gamers, ce n’est pas toujours notre qualité native.
Bref, trêve de politesses, place aux gnons qui marquent, au sang qui tâche et à un petit tour chez les gangsters modernes, qui sont les gens d’aujourd’hui.
Yakuza, Yakuza : elle danse tous les soirs !
A l’instar de Like A Dragon Gaiden (on vous épargne la suite sans fin du titre !), notre test ne débordera pas d’originalité. Ainsi, si vous avez déjà lu nos précédents écrits inhérents à la licence, voire ceux de nos camarades confrères, vous ne serez point surpris de l’essence qui émane du nouveau-né de SEGA. De facto, autant miser sur la clarté immédiate : oui c’est plutôt bien et non, ça ne réinvente pas la roue ! Fait paradoxal, et non des moindres, Gaiden fait intervenir LE personnage essentiel de la saga, celui par qui tout débuta, pour un spin-off dont la charge n’est pas d’en mettre plein les mirettes mais de faire perdurer la tradition en la vissant sur le devant de la scène tout en attendant le plat de résistance, comme nous l’évoquons dans notre introduction.
Nous n’irons pas plus loin en ce qui concerne le scénario. Pourquoi ? Afin de préserver la virginité du néophyte désireux de découvrir l’ensemble de l’œuvre sans divulgâcher les surprises par des tornades de spoils toujours plus pénibles les unes que les autres ! Sachez juste que celui-ci s’imbrique intelligemment dans la trame générale sans transcender les épisodes principaux. C’est l’important reproche que nous effectuons envers ce dernier cru : durant les 2/3 de l’aventure, l’histoire semble un peu fade avant de s’emballer définitivement. En voulant repartir, d’une certaine manière, de zéro, nous nous retrouvons face à des enjeux peu excitants et parfois balancés à la va-vite. Il faut dire que la durée de vie en a par ailleurs pris pour son grade ! Sans les quêtes annexes, pas plus de 20H (en se perdant un peu) ne sont nécessaires pour boucler l’aventure. Cela peut paraître chiche mais ce n’est clairement pas honteux pour un titre de cet acabit qui n’aspire en aucun cas à se ranger au même niveau que ses grands frères ! De plus, comme de coutume, les activités annexes sont essentielles afin de ne pas édulcorer l’expérience, mais nous y reviendrons.
Like A Dragon Gaiden : Yakuza Matata
On pourra aussi reprocher une mise en scène plutôt lente avec des mouvements de caméra qui nécessiteraient parfois un coup de boost, là où certaines séquences ne sont pas assez viscérales malgré la violence des événements à l’écran. Toutefois, on ne peut retirer cette atmosphère particulière qui vous plonge dans les luttes fraternelles (ou non) des clans de yakuzas, tous plus prompts les uns que les autres à asseoir leur domination. De surcroît, même pour celui qui débarque, la fable nippone reste globalement compréhensible pour ce qu’elle est en dépit de quelques points nébuleux si vous êtes du gang des gamers n’ayant pas ne serait-ce qu’effleuré les autres softs. Heureusement, une portion de flashbacks subtilement concis indiquent les grandes lignes scénaristiques antérieures.
Certaines personnalités sortent même un peu du lot mais il est important de comprendre (et d’accepter) que Like A Dragon Gaiden ne bouleverse ni les codes, ni la diégèse ni même ne marque fondamentalement la Légende de Yakuza.
De là à qualifier le jeu de « prologue-DLC », il y a un gouffre que nous ne franchirons pas, MGS V Ground Zeroes remplissant parfaitement ce rôle ! Nous sommes plutôt en face d’un opus plus petit, moins magistral mais ne soyons pas des stéréotypes de manants puisque la communication de SEGA a été transparente. Surtout que le prix reste très correct.
D’ailleurs, l’une des angoisses légitimes est très rapidement balayée ! Like A Dragon Gaiden reste solide techniquement, tournant à 60 fps comme un charme et sans frémir (du moins sur notre Xbox Series X), même quand le jeu doit afficher un bon nombre de loulous ! Pas de tearing à l’horizon et même si l’arrière-plan est beaucoup trop simpliste, les ruelles sont toutes animées et on sent une espèce gigantisme qui fait illusion. Certes, on remarque quelques endroits moins inspirés, notamment lors des phases de jour ; en outre, il est indéniable que certains effets de lumière subliment les scènes et la colorimétrie apporte un contraste agréable qui flatte les rétines. Même si l’architecture est moins apothéotique que les prédécesseurs, Like A Dragon Gaiden honore sa lignée avec la sériosité d’un illustre combattant !
Un yak ? Où ça ?
La DA est donc toujours autant reine au royaume de l’immersion ! Il faut également soulever la volonté de différencier le maximum de PNJ, l’infâme clonage étant rarement de la partie. Qui plus est, la modélisation des visages est toujours aussi impressionnante pour les personnages importants. Le résultat est plus nuancé pour les autres mais cela reste du bon boulot, sachant que ce n’est tout de même pas avec ce titre que les dernières consoles crachent leurs tripes. Néanmoins, en dépit de la vitesse de production, il est difficile de ne pas reconnaître la maîtrise des développeurs. Ok, les comportements des passants ne sont pas non plus toujours irréprochables ; toutefois, on s’en remettra.
Et la distribution de pralines des familles dans tout ça ? Sachez que Like A Dragon Gaiden reprend la formule de base, à savoir le gameplay action teinté de Beat’em Up, là où les pérégrinations d’Ichiban sont empreintes du RPG au tour par tour. Tout dépend de votre appétence ! Toutefois, pour vos serviteurs, le constat est sans appel : la seconde option nous emballe toujours un peu plus, l’essai de la démo de Like A Dragon : Infinite Wealth (disponible en finissant l’épopée) ayant terminé de nous convaincre. En revanche, ici, vous trouverez les bases du BTU entre arènes fermées, esquives habiles mais limitées, utilisation d’objets satisfaisante et coups de poing bien sentis. Malheureusement, malgré une ergonomie impeccable, le tout semble imprécis et il arrive fréquemment que vos assauts se fassent dans le vide ou qu’ils ne percutent pas la cible désirée.
De plus, des soucis de poise et d’équilibre affectent les ennemis, notamment certains Boss/Semi-Boss, peu sensibles à ce qui devrait les affecter un minimum. Une déficience d’autant plus marquée lorsque les patterns s’enchaînent lors du spam d’offensives de ces belligérants plus évolués que les autres ! L’IA reste toutefois permissive lors des joutes face à un groupe très nombreux, histoire d’éviter de se faire tabasser gratuitement. Les enchaînements adverses sont également très lisibles et il est plutôt inusuel d’être « pris en traître » en raison d’une gifle trop cheatée.
Bref, Like A Dragon Gaiden défoule sans atteindre la virtuosité du genre et même s’il n’incombe pas à cet épisode d’effectuer la révolution, l’avertissement est sévère si SEGA compte réutiliser de cette manière la recette « classique ».
Le Dragon Pôle cède !
Point de trèfles à 4 feuilles pour les styles de combat, Like Dragon Gaiden n’en propose que 2, dont le célèbre Dragon de Dojima. La nouveauté provient de l’option Agent, bien plus souple et rapide. L’intérêt devrait être de switcher entre les 2, l’un étant calibré pour le 1vs1 et l’autre pour défoncer les masses. En réalité, on revient vite au premier style, surtout si les commissions ont été bien faites, entre soins divers et boosters des capacités, pour démolir les opposants avec force. On retrouve également les altérations d’état et une jauge de rage dévastatrice à remplir : pas de coup d’éclat mais une proposition sémillante, ce qui n’est finalement pas plus mal. Ajoutons à cela le plaisir d’exploser la tronche des gredins au sol sans aucune once de culpabilité et le délice est total. Rien de nouveau mais on s’éclate en ayant bien conscience des défauts de la jouabilité.
On retiendra les gadgets entre le fil de l’araignée (oui, on a compris), les drones ou encore les godasses fusées ! Une artillerie loufoque qui rappelle à quel point Yakuza entremêle humour et noirceur, sachant que Like A Dragon Gaiden ne déroge pas à la règle. Cela ravive l’envie de s’envoyer des baffes dans la tronche, en dépit des dysfonctionnements latents précités. D’accord c’est parfois brouillon mais jamais frustrant.
Quand on sait également que le jeu n’a connu que 6 mois de développement, nous comprenons mieux certaines choses… mais éviter (et de loin) la catastrophe industrielle est sans nul doute une belle prouesse.
Le système d’amélioration(s) est tout aussi banal mais il a le mérite de ne pas alourdir le rythme bêtement. Plus d’attaques, plus de vie, meilleurs enchaînements : tout y est pour faire de notre bonhomme un combattant hors pair sans trop se prendre la tête au milieu des statistiques. Like A Dragon Gaiden, sur ce point, a tout de l’A-RPG allégé et cela est loin de constituer une tare ! Il en va de même pour la gestion globale de son équipement et de son inventaire. Petite sévice sur le ghetto, les menus sont très agréables, ni trop sommaires ni trop chargés. Et dans un jeu où le tempo est important, ne pas passer 3 plombes à naviguer entre les fenêtres est un avant-goût de la luxure !
Le Château dans l’fiel
Dans Like A Dragon Gaiden, les quêtes secondaires sont parfois maladroites, fedex et dépareillent avec l’aventure principale malgré une poignée de fulgurances. Peut-être sommes-nous un peu masochistes ou que nos cerveaux baignent dans un mélange de flotte et de semoule, mais il a été difficile de décrocher de celles-ci ! Oui, ce n’est pas toujours génial. Toujours est-il que c’est loin d’être éprouvant et l’absurdité des situations prête à sourire et même carrément à se fendre la gueule de temps en temps. Et c’est finalement ce qu’on souhaite !
Et si vous voulez passer des heures sur une activité annexe, le Château est fait pour vous ! Il est vrai que ce lieu, qui n’est autre qu’un Colisée, aura occupé nos manettes un bon moment car les propositions sont variées et appréciables. Entre les combats en tête-à-tête, le un contre tout l’monde et, notre mode favori, les joutes en team avec d’autres loubards dévoués à votre cause suite à leur recrutement et upgrades divers, on se sent vraiment comme dans une bonne vieille bagarre de saloon ! C’est le bordel, ça vole dans tous les sens et c’est jouissif à souhait même si on se prend de sacrés cocards.
La possibilité d’incarner un autre perso que le héros principal vaut son pesant de cacahuètes. Le poulet bon sang !!! Enfin, d’autres situations vous sont servies sur un plateau, comme l’habituel karaoké, le majong ou encore, entre autres, la possibilité de jouer à des jeux « made in SEGA ». Sur ce point, nous nous tairons pour vous laisser le plaisir de la trouvaille des excellentes surprises !
Nous terminerons notre épopée lyrique par l’évocation du sound-design et, vous le savez : là non plus la stupéfaction n’est pas au programme. Les patates claquent comme pas possible, l’environnement est vivant, les musiques sont principalement atmosphériques et assurent le job pendant que les doublages en japonais sont stratosphériques, même si la traduction paraît parfois un peu hasardeuse. Sur cet aspect comme sur les autres, Like A Dragon Gaiden ne fait pas pas honte à ses maîtres.
Sans jamais les égaler.











