Le premier jeu de Nomada, GRIS, avait su marquer la petite sphère vidéoludique par ses graphismes enchanteurs qui faisaient de chaque écran de jeu une véritable œuvre d’art. Six ans plus tard le studio nous revient avec une suite spirituelle, Neva, qui reprend la formule de leur titre phare tout en sachant nous amener vers d’autres horizons. Retrouvons-nous dans cette nouvelle aventure tout ce qui fit de GRIS un jeu ‘indé’ majeur de ces dernières années ? C’est avec un empressement certain que nous vous proposons de découvrir tout cela…
LOUP Y ES-TU ?
Alba est une jeune aventurière qui traverse l’existence en compagnie de deux « Loup-Cerfs » (des loups géants avec des bois), plus précisément elle est accompagnée de deux femelles : une mère louve et sa progéniture, du nom de Neva. Un jour, alors que la petite troupe finit de traverser un bois épais, elles se font violemment attaquer par une puissante armée des ténèbres constituée d’êtres informes purement malfaisants. La confrontation est rude, perdue d’avance.
La jeune femme retrouve ses esprits après la bataille pour constater plein de tristesse la mort de la louve géante. Esseulée mais déterminée, elle part donc affronter les troupes spectrales qui menacent l’équilibre de Mère Nature avec comme seule alliée la petite Neva…
Fondamentalement, on retrouve ce qu’on avait découvert sur GRIS en matière de jouabilité « de base ». Alba se déplace et saute/double-saute pour grimper sur diverses plateformes qui la feront avancer dans son périple. Toutefois les deux protagonistes vont assez rapidement se démarquer l’une de l’autre car là où la jeune fille muette était plutôt orientée exploration apaisée, Alba quant à elle est parée d’une épée qui lui permettra de se mesurer à nombre d’opposants.
Autre mouvement qui aura une grande utilité, le Dash/Esquive qui permettra de se faufiler hors des attaques ennemies mais aussi de grandement améliorer la portée des sauts si utilisé en l’air. D’autres petites compétences mineures telles que la grimpette sur des racines seront à découvrir « au fil de l’eau« …
Le plus important à retenir va être l’alliance entre la demoiselle et son animal domestique. Le louveteau sera au cœur du gameplay et verra même son utilité fortement s’améliorer au fur et à mesure que l’animal va grandir. Qu’il s’agisse des phases de plateformes ou des séquences de combat, Neva deviendra bien vite indispensable et surtout diablement efficace.
Le focus sera mis sur la relation entre l’humaine et la bête avec même une touche dédiée (triangle sur les consoles de Sony) qui permettra de héler l’animal (éloigné) ou de le caresser (à proximité). En soi ces actions seront ludiquement inutiles – on peut passer l’entièreté de la partie sans s’en servir une seule fois – mais apportent une touche de sensibilité indéniable qui renforce le propos. L’idée sympathique qui fait toujours son petit effet, c’est la voix d’Alba portée par le haut-parleur de la manette. Saisissant.
Le plus remarquable viendra de la simplicité de la jouabilité qui ne vous prendra jamais en défaut et même s’il peut arriver que l’on s’emmêle les pinceaux, ce sera toujours de la faute du joueur et jamais du jeu, ce dernier réagissant systématiquement au quart de tour, sans faillir.
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- Notez les « trois fleurs de vie » en bas de l’écran, symbolisant le nombre de coup que peut encaisser Alba
Il est important de préciser que la nouvelle production de Nomada propose deux modes de difficulté, qui font appréhender l’aventure de manières bien distinctes. Tout d’abord le mode ‘Histoire’ qui sera en fait un mode ‘hyper facile‘ où les coups ennemis n’auront aucun impact sur votre vie et ensuite un mode ‘Aventure’ qui lui par contre va fortement compliqué la tâche.
Alba sous ce mode est munie de trois fleurs visibles en bas de l’écran qui feront office de barre de vie. Trois coups des adversaires vous mèneront à trépas et donc à une fontaine de sauvegarde (inactives en mode Histoire, ce qui n’a guère d’importance vue qu’on n’y meurt pas). Les combats deviennent alors bien plus ardus et tactiques, et chaque saut et esquive doivent être pesés au trébuchet sous peine d’une sanction immédiate.
Le seul moyen de regagner de la vie c’est d’enchaîner les attaques réussies sans se faire toucher, chaque coup porté faisant renaître un pétale (pour rappel chaque coup adverse vous fait perdre une fleur complète). En clair, le mode Aventure saura vous proposer un challenge corsé qui vous tiendra en haleine pour un moment.
50 NUANCES DE GRIS
Comparaison n’est pas raison nous le savons bien mais il est forcément inévitable de jauger « Neva » face à « GRIS » et de voir la différence de traitement entre les deux. Outre la notion de combat (un concept inexistant dans GRIS) et l’ajout d’un familier, le plus frappant c’est l’apparition d’un récit clair avec un fond explicite, là où leur précédente production donnait à fond dans l’interprétation personnelle.
Certes certains ergoteront sur la symbolique des monstres gluants mais globalement on trouve ici une histoire racontée avec un propos évident possédant un début, un milieu et une fin. D’ailleurs on y trouve un chapitrage en quatre parties, chacune étant liée à une saison.
Tant qu’on en parle de ces fameux gluants, bien que tous constitués de la même forme vaguement humaine, nous croiserons tout un tas de variations allant de ceux munis de paires d’ailes aux obèses difformes crachant de la bile nocive. De fait, ces créatures immondes s’amalgament à d’autres êtres vivants (parfois même entre eux) pour former un bestiaire peu ragoûtant.
Pour chaque variation il faudra apprendre les patterns associés pour s’en sortir au mieux, le plus rude étant quand on se retrouve face à plusieurs types d’ennemis au sein d’un même combat. Dans ces cas-là, une vigilance accrue et des réflexes de félin seront nécessaires pour vaincre. Bon courage !
Revenons à notre petit jeu des comparaisons pour évoquer cette fois l’architecture des quelques bâtisses que nous trouverons sur notre chemin. Là aucun doute on retrouve le style de GRIS, c’est indéniable. Cela va même jusqu’aux mécanismes des « cubes », qui rappelleront des souvenirs à tous ceux ayant parcouru l’opus précédent.
Cependant nous sommes rarement en présence de constructions lors de notre voyage. La plupart du temps nous traverserons denses forêts, plaines fertiles et terres enneigées. Et quand nous ne sommes ni en pleine nature ni à l’intérieur de lieux ancestraux en ruine, c’est dans des environnements merveilleux dans lesquels nous évoluerons, comme lors des épreuves du lac avec ses reflets piégeux.
L’ÉTERNEL RECOMMENCEMENT
Le point qui va diviser concernera sans nul doute la durée de vie. Expérience vidéoludique extrêmement courte – pas plus de quelques heures – elle n’en demeure pas moins suffisamment captivante et maîtrisée pour ne pas spécialement en vouloir plus. De surcroît les combats peuvent parfois se révéler laborieux (les boss… ouille ouille ouille !…) et une fois parvenu au générique de fin on ne pense pas que vous en réclamiez plus.
Il y a quand même matière à revisiter de fond en comble les différents chapitres pour dégoter les fleurs cachées, ce qui rallongera sensiblement votre temps de jeu (mais pas non plus pour des lustres). Sauf si doué que vous êtes vous les avez toutes dénichées lors de votre première partie bien entendu.
Outre cela, il n’y a pas vraiment de point noir à relever. On pourra signaler une musique certes dans le ton mais qui ne marquera pas les esprits et un style visuel qui pourra ne pas plaire (c’était déjà le cas de GRIS).
Au passage les graphismes ne sont pas un copier-coller de ce dernier mais ont leur propre style. Les graphistes de plus ou moins haute volée noteront tout de même les coups de pinceau numériques sur certains éléments de décor (arbres, nuages…), ce qui pourrait laisser dire que Neva est un poil en-dessous de GRIS en terme d’esthétisme. Mais il s’agira surtout d’un ressenti subjectif propre à chacun.
Quand on visionne la cinématique de fin, on constate la mise en exergue d’un des thèmes du titre, à savoir le cycle de la vie qui tourne en boucle dans un perpétuel recommencement. Entre mélancolie des efforts vains et maigre espoir que quoi qu’il arrive la vie continue, qu’un nouveau printemps finira toujours par pointer le bout de son nez. Malgré sa conclusion un peu amère, l’aventure se termine donc malgré tout sur une note positive, sur une nature ayant retrouvé ses droits, prête à affronter de nouveaux défis.
Tout comme Alba l’aventurière et tout comme Nomada, studio espagnol dont on attend avec impatience le prochain projet !








