En voilà une critique pas simple à aborder. Flow étant un film très particulier à bien des égards. Le gagnant de l’Oscar 2025 catégorie animation n’est depuis sa sortie pas passé inaperçu, et on peut même dire qu’il a tout raflé sur son passage, sans en laisser une miette pour les autres. Nous avons pu à notre tour visionné ce long-métrage – celui « avec le chat » – et voici ce qu’on retient de ce récit de voyage pas comme les autres.
HISTOIRE SANS PAROLES
« Flow, Le chat qui n’avait plus peur de l’eau »* dans son titre français complet est tout d’abord précisons le un film estonien. Ou tout du moins est-ce la nationalité de son réalisateur, Gints Zilbalodis. Car l’animation elle est assurée par des équipes françaises et belges au sein de divers petits studios.
L’entièreté du film est développée sur le logiciel d’animation Blender, un programme disponible gratuitement sur la toile, pour un résultat vraiment bluffant. Les couleurs sont chatoyantes et les environnements charmeurs.
Flow a cela de singulier qu’il n’explique absolument rien ni du contexte ni des événements ayant cours au fil de l’eau de son récit. Sommes-nous seulement sur Terre ? Dans un futur lointain ? Où est passée la civilisation qui fut de toute évidence bien présente jusqu’à récemment ? Pourquoi cette maison isolée consacrée aux chats ?
Pourquoi cette soudaine et implacable montée des eaux ?
Vous aurez mille questions au cours de votre visionnage. Et inutile de tourner autour du pot, vous n’aurez obtenu aucune réponse quand viendra le générique de fin. Absolument aucune.
Et ce sentiment est d’autant plus renforcé que durant tout le métrage, pas un seul mot ne sera prononcé, les héros étant exclusivement des animaux. Cela ne signifie pas pour autant aucune relation de personnages ou d’absence de caractérisation, bien au contraire. Cependant le film mise sur autre chose, sur le mystère, sur la contemplation, sur la poésie de la triste situation, sur l’impalpable qui se dégage de tout ça…
CHAT ÉCHAUDÉ…
Au sein d’une grande forêt vit un chat esseulé. Pour demeure un tant soit peu protectrice, une vieille mansarde jadis occupée par quelqu’un de visiblement très inspiré par l’espèce de félin domestiqué.
Un jour, sans aucune raison, les eaux montent. Sans discontinuer. Encore et encore. Et finissent par tout engloutir.
Pour s’en sortir le chat trouve refuge sur une petite barque à voile qui naviguera au gré du vent. À son bord finira par se côtoyer une petite bande d’animaux disparates, aussi divers que complémentaires.
Notre chat donc mais aussi un capybara, un lémurien et un labrador, plus tard rejoint par un oiseau dit Sagittaire. Ce dernier passager aura un rôle bien particulier, apportant avec lui d’autres questions qui resteront aussi sans réponses…
La petite troupe connaîtra des péripéties haletantes, sans cesse à la merci de ces eaux qui s’élèvent. Chacune des étapes atteintes par nos amis sera l’occasion de nouvelles rencontres, tendues en ces temps diluviens. Et la dernière sera donc celle de ce fameux oiseau majestueux qui va nécessiter de se mettre sous le sceau du spoiler pour revenir plus longuement sur son parcours.
~ SPOILERS ZONE~
Comment et Pourquoi cet oiseau connaît « le secret de la Montagne » ? Même si l’à-pic est mis en évidence dès le début du cataclysme, le bipède à plumes semble au courant de la fonction de l’endroit situé au sommet, c’est-à-dire mettre fin – et même inverser totalement – le processus en cours.
Est-ce l’instinct qui conduit certains animaux – dont notre protagoniste principal – à atteindre le sommet, attiré par un rituel millénaire ?
Le phénomène est-il cyclique ? Comme un redémarrage complet du système, impitoyable mais nécessaire ?
Que se passe-t-il si jamais l’eau parvient à recouvrir le massif magique avant qu’un sacrifice ne soit réalisé ? Le monde devient une planète aquatique complète ? Ou bien est-ce en fait à la «baleine étrange» de se rendre au sanctuaire au sommet de la montagne ? Le dernier tiers du film décrirait-il donc un rite raté ?
Où sont les anciens habitants de cette planète ? Ont-ils disparu pour laisser le monde aux animaux ? Se sont-ils réfugiés en vue de ce chaos aqueux à venir ?
On est bien d’accord que le Capybara sait comment naviguer, tout comme l’oiseau – le cousin du ragondin sauvant délibérément le chat de la noyade en début de voyage et le piaf dirigeant avec dextérité le frêle esquif quand ils traversent les vestiges de l’ancienne cité. Comment ? Les animaux ne seraient-ils pas des « réincarnations » d’humains disparus, comme le prétendent certaines théories ?
Une fois encore, tellement de questions qui resteront à jamais posées…
MARÉE HAUTE ET MARÉE BASSE
Ce jusqu’au-boutisme dans la narration (muet et sans aucune explication de texte) pourra cependant en rebuter certains, insensible à la profonde mélancolie se dégageant de ce Flow, à son inénarrable sens de l’abstraction, à sa mise en valeur de choses parfaitement anodines.
Factuellement on ne fait que suivre des animaux au cours d’une catastrophe naturelle d’ampleur, avec des aventures mouvementées qui nous accrochent certes mais sans aucune « vue d’ensemble » de la situation ou de mise en perspective. C’est un point de vue « micro » sur une situation « macro », à l’échelle d’une planète (du moins on le pense…).
Pourtant on voit les personnages évoluer, s’adapter, se dompter et apprendre à s’apprécier. C’est bien loin de ‘ne rien raconter’. Le tout est renforcé par une musique – là encore composée par Gints Zilbalodis – très immersive, constituant de fait la majorité de la narration ‘vocale’ du film.
Mais une fois de plus cette absence totale de quelconque explication pourra chagriner quelques prosaïques spectateurs.
* français et trompeur. Flow n’étant absolument pas le nom du félin.





