Agatha Christie ~ Mort sur le Nil a été testé sur PS5.Agatha Christie est l’une des auteures les plus lues au monde. Ses œuvres furent maintes fois adaptées : au cinéma, à la télévision, au théâtre, en BD… et en jeu vidéo. C’est ce qui nous intéresse ici avec cette nouvelle itération de « Mort sur le Nil », développée par Microids Lyon après un premier galop d’essai en 2023 avec « Le Crime de L’Orient Express ».On retrouve donc le très guindé Hercule Poirot pour une nouvelle enquête prenant place le long du fleuve sacré égyptien. Entre rencontres en couleurs, discussions à couteaux tirés et exotisme des environnements, la vérité parviendra-t-elle à percer ?
AGATHA CHRISTIE PRÉSENTE
Égypte, 1975. Alors que Monsieur Poirot s’apprête à embarquer pour une croisière sur le Nil afin de percer un vieux mystère de ce bon vieux Ramsès II, il retrouve quelques connaissances convolant en voyage de noces. Le couple, harcelé par une ancienne conquête du mari, demande protection auprès du célèbre moustachu. Bon gré mal gré et ses principes l’y poussant, Hercule Poirot accepte.
Le voyage sera dès lors ponctué d’incidents divers plus ou moins graves que notre bon vieux détective devra résoudre grâce à sa perspicacité, son sens de l’observation et sa ténacité.
En parallèle du héros d’Agatha Christie, on découvre Jane Royce, une Anglaise enquêtant sur la mort de sa meilleure amie assassinée froidement une nuit à Londres. Un meurtre lié à une entreprise aux activités fortement suspectes et qui la mènera de Majorque à New York… pour finir au Caire.
Normalement, à la lecture de ce synopsis, les lecteurs assidus de l’écrivain britannique ont dû tiquer sur un léger détail qui en dit pourtant long : l’année de l’action de cette relecture vidéoludique d’un des romans les plus connus de l’histoire de la littérature policière. Se déroulant à l’origine au cours des années 30, l’enquête est transposée ici en plein milieu des années 70 et de sa période disco, avec forcément un peu de réécriture au programme.
De fait, bien qu’il y ait eu toute une série de jeux sur le détective belge produits sous la houlette de Microids (notre sujet du jour est le cinquième), il s’ancre plus particulièrement dans la lignée du précédent, lui aussi conçu par l’antenne lyonnaise de la société de production/distribution et qui était donc « Le Crime de L’Orient Express« , comme déjà évoqué plus haut. Particularité de celui-ci : il se passe durant l’année 2023, à notre époque moderne (!). Sentiment étrange que de voir le héros moustachu avec un téléphone portable…
Cette nouvelle itération fait donc d’Hercule Poirot une sorte de héros intemporel, pouvant aussi bien traîner ses guêtres de nos jours qu’en 1975 sans que cela l’affecte plus que cela. Un partipris un peu étrange mais on salue l’audace…
Autre élément qui interloque : le second personnage qui mènera sa propre enquête de son côté. Alors que nous avions Joanna Locke, une policière américaine dans « Orient Express », nous prenons donc ici le contrôle – un chapitre sur deux – de Jane Royce, une détective londonienne et accessoirement admiratrice d’Hercule Poirot. L’apport de ce nouveau protagoniste est assez clair : pouvoir sortir du carcan strict du bouquin et proposer par là même une nouvelle intrigue pour alimenter un récit déjà fort connu par une grande partie des joueurs potentiels.
L’enquêtrice remplace en fait dans un mouvement typique de notre époque le personnage du colonel Race, qui lui était présent de manière sporadique dans le roman. Son histoire cependant diffère quelque peu et se trouve surtout bien plus approfondie.
Nous voilà donc non pas face à une enquête, mais à deux. Elles finiront bien entendu, comme vous le présumez fort intelligemment, par se rejoindre dans une résolution finale réécrite pour l’occasion, entre respect de l’œuvre originale et nécessité de surprendre les connaisseurs.
DANS LA TÊTE D’HERCULE POIROT
Concrètement, comment se déroulent les différentes enquêtes dans Agatha Christie ~ Mort sur le Nil ,qui vont ponctuer la dizaine de chapitres du jeu ? Et bien la plupart du temps elles démarrent par un moment anodin où notre fin limier vaque à ses occupations lorsqu’il est interpellé par un quidam de ses connaissances qui l’oriente sur un mystère à résoudre.
S’ouvre alors un ‘dossier’ qui va catégoriser les indices, les faits, les résultats d’interrogatoire pour une meilleure compréhension de l’affaire dans sa globalité. Une page ‘fiche de personnage‘ permet de remplir pour chaque rencontre ce que l’on sait de telle ou telle personne (nom, prénom, profession, lien de parenté, petit secret…). Elle dispose également de l’historique complet des dialogues entretenus avec chaque suspect.
Tout cela constitue le « palais mental » de nos héros qui nous servira à la fois de guide et de référence. Il sera fort utile pour faire progresser nos investigations et pour déduire quelques accablantes conclusions envers le coupable.
Certaines de ces déductions amènent à des minijeux de réflexion et/ou de logique qui, une fois résolus, entérinent nos suspicions pour en faire des faits avérés que nous confrontons alors aux témoignages qui ne collent pas. Et c’est dans ces confrontations en tête-à-tête que nous pourrons mettre en difficulté notre interlocuteur qui, devant sescontradictions, finira par avouer son crime.
Mais l’ensemble de l’aventure ne se tient pas uniquement dans la tenue de ces enquêtes. Parfois quelques séquences nous invitent à d’autres jouabilités. Il pourra s’agir de mener une filature dans quelques ruelles miteuses de Big Apple, de faire le meilleur score sur une borne d’arcade, de gagner à de vils jeux d’argent, de résoudre des mystères millénaires ou bien de crocheter des serrures via là encore un minijeu (une capacité réservée à Jane toutefois).
Autre petit plaisir, l’exploration et la recherche. Tout d’abord, précisons que nos détectives se meuvent assez lentement, avec un léger avantage pour Jane qui peut trottiner au besoin. Poirot lui se contente de ‘presser le pas’.
Les décors dans lesquels se tiennent les différents chapitres sont de tailles assez variables sans jamais non plus être gigantesques. Il y a tout de même de quoi faire pour dénicher au sein des niveaux l’ensemble des indices et surtout les fameuses « moustaches dorées« .
Ces surprenants collectibles débloquent des bonus (croquis, statue…) dans le musée dédié, accessible depuis le menu principal. Certaines de ces « moustaches » s’obtiennent là encore en résolvant des énigmes ‘contextuelles’, généralement un brin plus corsées que celles à résoudre pour le bien de l’enquête. Mais ne pas les réussir n’aura pas d’incidence sur le dossier en cours, fort heureusement.
FAIRE CHAUFFER SES PETITES CELLULES GRISES
Petit focus sur les nombreuses énigmes que nous allons rencontrer lors de notre escapade en Égypte pour le Sieur Poirot ou aux quatre coins du monde pour la Miss Royce. De toutes sortes, il s’agira de mettre à l’épreuve son sens de la déduction ou bien de comprendre le fonctionnement de quelques bibelots ne demandant qu’à révéler leur secret.
Parfois les épreuves ou les conclusions à déduire seront très simples, voire simplistes, tandis qu’à d’autres moments elles seront sévèrement corsées, pour ne pas dire prise de tête. Sachez qu’il existe trois niveaux de difficulté et que le plus élevé sera à réserver aux véritables prodiges de la pensée logique, d’autant plus quand on sait que ce mode ajoute également des fausses pistes tout en enlevant toutes les aides. Un véritable challenge de haut vol.
Pour notre part, on relève trois passages qui nous ont particulièrement poussés dans nos retranchements (rassurez-vous, on les évoque seulement sans rien en dévoiler de plus) :
– Lors de la quête toute personnelle d’Hercule Poirot au temple d’Abou Simbel, l’énigme des « 3 murs » avec le jeu des lumières. Totalement incompréhensible pour notre part, y compris en se servant de toutes les aides disponibles et même de la solution. On en reste encore complètement ahuri.
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- Parfois on comprend les énigmes et parfois elles nous sont complètement opaques. Pour nous ce fut le cas sur celle-ci
– L’ensemble du chapitre 7, constituant le cœur du récit, est particulièrement long et retors. Le seul chapitre également où nos deux héros sont réunis pour mener une enquête en duo, ce qui multiplie les possibilités d’investigations. On pourrait croire qu’il s’agit là d’un avantage, mais cela ne nous amène en vérité qu’à plus de confusion. Chaud patate !
– L’énigme de la Salamandre rouge. Un vrai moment de désarroi où l’on tourne littéralement en rond en se demandant si on n’est pas un peu bête de ne pas trouver ce qu’on cherche. Petit conseil amical : observez bientôt toutes les marches à suivre…
Comme tous les jeux du genre, dansAgatha Christie ~ Mort sur le Nil, la rejouabilité est forcément assez moindre étant donné qu’une fois l’affaire résolue… et bien on l’a résolue quoi. Et que par conséquent on connaît les tenants et aboutissants de l’intrigue.
Il existe toutefois quelques variations à essayer, ou quelques autres pistes à dénicher (mais qui mèneront forcément aux mêmes conclusions) et il existe même deux épilogues différents pour Jane Royce en fonction de vos choix pris au cours de son périple personnel. C’est donc plus dans les petits « à-côtés » que dans le corps principal que l’on pourra tenter de creuser le scénario.
À REBROUSSE POIL
Terminons notre propre enquête sur ce « Mort sur le Nil » en parlant technique. Déjà, il est bon de préciser que nous nous trouvons là devant un jeu AA, c’est-à-dire aux moyens financiers non pas nuls mais pas non plus mirobolants. Comme d’habitude chez Microids nous direz-vous.
Cela se ressentira surtout au niveau des animations, que l’on qualifiera d’assez rigide, même si cela reste dans le domaine de l’acceptable. Les expressions faciales elles sont bien plus réussies et il ne sera pas rare d’y déceler des réactions utiles pour plus tard. Notez avec intérêt que graphiquement on reconnaît dans les faciès le « style lyonnais » que l’on a appris à connaître avec Dishonored ou le carton mondial « Arcane », la série animée tirée de l’univers de League of Legend.
Il est fort dommage par contre qu’en dehors de notre binôme principal qui connaîtra quelques variations de tenue, tout le reste du casting voit sa garde-robe figée. Quelle que soit l’heure, la circonstance ou le climat, ils porteront tout du long la même tenue. Cela nuit quand même grandement à la cohérence de l’ensemble de notre point de vue.
Chaque chapitre prend place dans un décor unique qui visuellement sera de bonne facture sans non plus être éblouissant. En revanche ils dégagent une atmosphère vraiment satisfaisante, bien représentative du lieu visité. Entre le Bronx et le temple d’Abou Simbel, on est aux antipodes en termes d’atmosphère, mais les deux nous proposent pourtant une immersion en bonne et due forme.
Nous y croiserons malgré cela assez peu de ‘vie locale’,’ même si on reconnaît un effort pour habiller les ruelles du Caire où, semble-t-il, les femmes n’ont pas lieu d’être. Les interactions avec le tout-venant sont de toutes façons peu utiles, toutefois on note qu’il est donné la possibilité de caresser tous les chiens que l’on croise ainsi qu’un autre genre d’animal qu’on préfère vous laisser découvrir, tant cela semble être une sorte de blague un peu méta.
Là où on salue l’effort avec entrain, c’est en ce qui concerne toute la partie doublage. Tous les dialogues du jeu sont doublés, et ça, ça fait vraiment plaisir !
Alors certes des voix sont moins convaincantes que d’autres mais dans l’ensemble c’est quand même plutôt bien fait. On pourra regretter de ne pas avoir joué sur les différents accents des protagonistes, ce qui aurait apporté un peu de personnalité aux membres de la troupe, mais cela n’a pas été fait sans doute pour des soucis de compréhension.
Sachez néanmoins que le titre propose un grand choix de langues, que ce soit en vocal ou en textuel, allant de l’anglais à l’espagnol en passant même par le chinois (!)… Et pourquoi pas ?









