L’entretien accordé par Stefano Arnhold, figure fondatrice de Tectoy, à Time Extension éclaire avec une fraîcheur étonnante les coulisses d’un partenariat devenu historique. L’interview déroule plus de trois décennies d’audace, d’astuces industrielles et de paris improbables qui ont fait du Brésil l’un des plus grands bastions de Sega. Certains passages révèlent une époque où tout semblait encore possible, surtout quand on était prêt à contourner une ou deux impossibilités techniques ou légales.
Très vite, Arnhold raconte comment Tectoy s’est retrouvée embarquée dans l’aventure Sega presque par accident. Dans l’un des moments forts de l’interview, il confie :
« Nous ne pouvions pas importer les consoles. Alors nous avons proposé à Sega de les produire localement… et, contre toute attente, ils ont dit oui. C’était complètement fou, mais cela a tout changé. »
Cette réflexion pose le décor : un Brésil aux règles strictes, des ingénieurs bricoleurs et une entreprise qui ne savait pas encore qu’elle s’apprêtait à écrire l’histoire.
L’entretien s’attarde également sur les interactions parfois musclées avec Sega. Arnhold évoque notamment la visite d’Ayrton Senna pour la conception de Super Monaco GP II, un récit raconté presque comme une scène de film. Il se rappelle :
« Senna restait debout derrière les développeurs. Il disait : “Non, la voiture ne réagit pas comme ça sur les vibreurs.” Il voulait que le jeu ressemble exactement à ce qu’il vivait en piste. »
Cette anecdote résume parfaitement la collision improbable entre culture locale, engineering de fortune et ambitions internationales.
Plus loin dans l’interview, Arnhold révèle l’existence d’un projet secret resté dans les cartons :
« Nous avions développé une petite console portable monochrome. Sega l’a testée… puis plus rien. Elle n’a jamais été validée. Aujourd’hui encore, je regrette qu’elle n’ait pas vu le jour. »
Ce type de confidence, simple et sans filtre, fait toute la saveur de cet échange qui touche autant à l’histoire technique qu’aux regrets humains.
Le tout se termine sur un regard lucide et chaleureux porté sur l’impact culturel de Tectoy au Brésil. Arnhold résume ainsi leur philosophie :
« Notre priorité n’a jamais été de copier Sega, mais de l’adapter au pays. C’est comme ça qu’on a survécu : en comprenant que le Brésil n’était pas le Japon, ni les États-Unis. »
Cette réflexion éclaire mieux que toutes les analyses pourquoi la Master System a régné si longtemps, pourquoi des personnages locaux se sont invités dans les jeux, et pourquoi Tectoy reste un nom mythique pour les joueurs brésiliens.
Ces extraits donnent un aperçu fidèle d’une interview riche, où souvenirs, confidences techniques et éclats de nostalgie s’entremêlent pour raconter l’une des plus grandes success stories régionales de l’histoire du jeu vidéo.
Source : Time Extension



