La série Golden Axe est Visionnable sur Paramount +.
Adapter Golden Axe en série animée avait tout du pari un peu casse-gueule. Le jeu de Sega, lancé en arcade en 1989, possède une identité visuelle immédiatement reconnaissable : des guerriers bodybuildés, des monstres, de la magie, des dragons, des armes énormes et cette bonne vieille ambiance de fantasy qui sentait bon les parties à plusieurs devant une borne d’arcade. Mais pour construire une série de dix épisodes, encore fallait-il avoir autre chose à raconter que « avance, tape les méchants et recommence ». Paramount+ a donc choisi une solution assez logique : plutôt que de transformer Golden Axe en grande fresque médiévale ultra-sérieuse, la série préfère s’amuser avec son propre univers.
Le choix peut surprendre au départ. Ax Battler, Tyris Flare et Gilius Thunderhead ne sont plus simplement les trois héros qui avancent côte à côte pour aller casser la figure à Death Adder. Ici, ils ont chacun leur caractère bien trempé, leurs défauts et surtout une fâcheuse tendance à ne pas être d’accord. Lorsque Death Adder revient encore une fois semer le trouble en Yuria, le trio doit se remettre en route, mais une dispute finit par séparer Gilius du reste de la troupe. Le nain part alors de son côté avec Hampton Squib, un apprenti aventurier complètement dépassé par les événements, tandis qu’Ax et Tyris poursuivent leur route avec Chronos, le personnage de Golden Axe III. Et évidemment, tout ce petit monde veut finir par régler le compte de Death Adder.
Quand Gilius rencontre Hampton
C’est assez amusant, mais la séparation du trio, qui pouvait sembler être une mauvaise idée sur le papier, devient rapidement l’un des meilleurs choix de la série. Les aventures de Gilius et Hampton fonctionnent particulièrement bien grâce au contraste entre les deux personnages.
Gilius est vieux jeu, râleur, méfiant et visiblement peu intéressé par l’idée de jouer les professeurs pour un débutant qui rêve de devenir un grand héros. Hampton, lui, possède beaucoup d’enthousiasme et nettement moins de talent. Leur relation évolue progressivement et donne quelques-uns des meilleurs moments de la saison. Matthew Rhys s’en donne à cœur joie dans le rôle de Gilius, tandis que Danny Pudi apporte à Hampton cette énergie naïve qui aurait facilement pu devenir agaçante.
Le duo fonctionne parce que la série ne se contente pas de faire de Hampton un simple distributeur de blagues. Il sert aussi de regard neuf sur le monde de Yuria. Pourquoi les gens acceptent-ils toutes ces situations absurdes ? Pourquoi les héros considèrent-ils comme parfaitement normal de traverser une région remplie de monstres avant de finir par taper sur quelqu’un avec une épée ? Hampton se pose ces questions que personne ne semble avoir pensé à poser avant lui.
De l’autre côté, Ax Battler et Tyris Flare forment un tandem plus classique. Liam McIntyre donne à Ax une naïveté presque touchante derrière son physique de barbare, tandis que Lisa Gilroy transforme Tyris en guerrière aussi redoutable avec ses armes qu’avec ses remarques assassines. Leur dynamique fonctionne, même si elle est parfois moins surprenante que celle de Gilius et Hampton. L’arrivée de Chronos apporte heureusement une autre personnalité à ce groupe.
Yuria sous un autre angle
Le véritable intérêt de cette adaptation est finalement de développer ce que les jeux ne pouvaient faire qu’esquisser. Dans Golden Axe, Yuria était avant tout un terrain de jeu rempli d’ennemis. Ici, la série imagine ce que pourrait être la vie quotidienne de tous ces habitants qui doivent supporter les héros, les monstres et les méchants à longueur de journée.
Les squelettes sont notamment une excellente trouvaille. Au lieu d’être de simples adversaires anonymes que l’on découpe par dizaines, certains développent leurs propres personnalités, discutent entre eux, se plaignent de leur travail ou vivent leur petite existence pendant que les héros passent à proximité. Ce décalage fonctionne étonnamment bien.
La série s’amuse également avec plusieurs éléments directement issus des jeux. Les potions de magie, les fameux petits voleurs qu’il fallait malmener pour récupérer des objets, les créatures montables ou encore certains ennemis et personnages reconnaissables sont intégrés à l’histoire sans donner l’impression d’être des références posées là uniquement pour faire plaisir aux vieux joueurs.
Et pour les nostalgiques, le cinquième épisode mérite particulièrement l’attention. Sans dévoiler ce qu’il réserve, il contient plusieurs clins d’œil suffisamment précis pour provoquer ce petit sourire idiot que l’on attend justement d’une adaptation d’un jeu de notre enfance. La série connaît son sujet et n’hésite pas à aller chercher des éléments que seuls les joueurs de l’époque reconnaîtront immédiatement.
L’humour met du temps à fonctionner
C’est probablement le principal défaut de cette première saison. Golden Axe veut être drôle. Très drôle. Peut-être même un peu trop.
Les premiers épisodes bombardent le spectateur de plaisanteries, de dialogues absurdes, de violence très graphique et de situations volontairement débiles. Certaines fonctionnent parfaitement. D’autres beaucoup moins. On sent parfois la mécanique de la blague arriver quelques secondes avant qu’elle ne tombe, ce qui casse forcément un peu l’effet.
Le ton rappelle par moments Rick and Morty ou Star Trek: Lower Decks, avec ce rythme très rapide et cette volonté de ne jamais laisser un silence s’installer trop longtemps. Ce genre d’humour peut rapidement devenir fatigant lorsque tout doit être une vanne. Heureusement, la série finit par ralentir légèrement son rythme et surtout par mieux définir ses personnages.
C’est là que Golden Axe commence réellement à devenir attachant. Une fois que l’on connaît les personnalités d’Ax, Tyris, Gilius et Hampton, les blagues viennent davantage de leurs réactions que d’un besoin permanent de faire rire. Et c’est nettement plus efficace.
La série n’a d’ailleurs pas besoin de constamment briser le quatrième mur pour rappeler qu’elle sait qu’elle est une adaptation de jeu vidéo. Elle préfère souvent se moquer gentiment des mécaniques de Golden Axe. Le meilleur exemple reste probablement cette façon de traiter les potions et les fameux petits voleurs. On sent derrière ces gags une véritable connaissance du matériau original, et non une envie de ridiculiser Sega ou ses joueurs.
Une animation qui respecte l’esprit arcade
Visuellement, Golden Axe ne cherche pas à reproduire les pixels de la borne d’arcade. Ce n’était évidemment pas le but. En revanche, l’équipe d’animation conserve l’essentiel : les silhouettes imposantes, les armes gigantesques, les créatures extravagantes et les couleurs très marquées.
Les combats sont dynamiques et la violence peut même devenir franchement généreuse. Les coups font mal, les ennemis explosent dans tous les sens et les héros ne semblent pas particulièrement gênés par la quantité de sang laissée derrière eux. C’est excessif, mais cela colle parfaitement à l’esprit de la franchise.
Le plus important est que la série ne donne jamais l’impression de vouloir cacher ses origines. Même lorsqu’elle transforme complètement certains éléments, elle conserve cette sensation de fantasy arcade qui faisait le charme des jeux.
Et puis il y a cette galerie de créatures et de personnages secondaires qui permet à chaque épisode d’avoir son petit lot de surprises. Chicken Leg, notamment, bénéficie ici d’un traitement qui résume assez bien la philosophie de la série : prendre quelque chose de complètement ridicule dans le jeu, l’assumer à fond et réussir à le rendre attachant.
Une vraie partie de plaisir pour les fans
La réussite de Golden Axe tient surtout à son affection pour la licence. La série aurait pu prendre ses personnages et les utiliser comme simples marionnettes dans une nouvelle comédie animée. Elle fait davantage que cela.
Elle comprend pourquoi ces personnages sont encore connus plus de trente ans après leur première apparition. Elle sait aussi que les jeux n’ont jamais possédé une mythologie particulièrement complexe qu’il aurait fallu respecter à la lettre. L’univers de Yuria était déjà un joyeux mélange de barbares, de magie et de créatures improbables. La série ne fait donc que pousser le curseur un peu plus loin.
Cela ne signifie pas que tout fonctionne. Certains épisodes sont trop agités, certaines plaisanteries tombent à plat et la séparation du trio original peut laisser un petit goût étrange lorsque l’on aimerait simplement retrouver Ax, Tyris et Gilius ensemble. Mais une fois la première moitié passée, le spectacle trouve son équilibre.
Et surtout, Golden Axe évite un piège assez fréquent : prendre les joueurs nostalgiques pour des idiots. Les références sont nombreuses, mais elles ne sont pas utilisées comme de simples panneaux « souvenez-vous de ça ! ». Elles sont généralement intégrées à l’histoire et servent réellement les situations comiques.






