Il y a quelques années encore, ressortir un vieux Resident Evil pouvait donner l’impression à certains joueurs de replonger dans une époque révolue. Aujourd’hui, c’est presque devenu une tradition chez Capcom. L’éditeur japonais a trouvé avec ses remakes une formidable machine à faire revenir ses classiques sur le devant de la scène, tout en alimentant ses équipes avec les moyens nécessaires pour préparer la suite. Et visiblement, ce petit système fonctionne plutôt bien.
Lors d’un entretien accordé à Game Informer, le producteur Masachika Kawata a expliqué pourquoi Capcom ne semble pas vouloir ralentir la cadence. Pour lui, sortir chaque année un épisode totalement inédit de Resident Evil représenterait un chantier colossal. Les remakes permettent donc de maintenir une présence régulière de la série dans les rayons tout en donnant aux développeurs l’occasion de retravailler leur savoir-faire sur des bases déjà connues.
Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas simplement de faire tourner la vieille machine à nostalgie. Capcom considère désormais les remakes comme de véritables épisodes à part entière. Ils permettent aux équipes de repousser les limites techniques, de tester de nouvelles idées et, surtout, de faire évoluer les recettes de la série. Resident Evil 4 Remake en avait déjà donné une sacrée démonstration en 2023, en modernisant profondément l’un des monuments du jeu d’action horrifique.
L’intérêt de cette stratégie ne se limite d’ailleurs pas à Resident Evil. Les revenus générés par les remakes donnent également à Capcom une marge de manœuvre pour développer des projets beaucoup plus risqués. C’est là que des titres comme Pragmata entrent dans l’équation : les grands succès de la maison permettent de financer des productions originales qui n’auraient peut-être pas bénéficié des mêmes moyens sans cette stabilité financière.
Capcom semble donc avoir trouvé une formule assez maligne : d’un côté, les anciens épisodes reviennent sous une forme modernisée et attirent les joueurs qui les ont connus à l’époque, mais aussi toute une nouvelle génération ; de l’autre, les équipes peuvent travailler sur de nouvelles expériences. Un système qui permet finalement de faire tourner plusieurs moteurs en même temps plutôt que de mettre toute la pression sur un seul épisode inédit.
Et Resident Evil Requiem, sorti en 2026, illustre parfaitement cette volonté de mélanger les différentes époques de la franchise. Le jeu reprend notamment l’approche horrifique à la première personne popularisée par Resident Evil 7 et Resident Evil Village, tout en renouant avec la caméra à la troisième personne et l’action plus musclée des remakes récents. La série peut ainsi piocher dans plusieurs générations de gameplay sans forcément avoir à choisir entre les deux.
Forcément, la grande question qui se pose désormais concerne les prochains pensionnaires du laboratoire Capcom. Après Resident Evil 4 Remake, puis Resident Evil Requiem, les regards se tournent notamment vers Resident Evil Code: Veronica, annoncé pour 2027. Et comme toujours avec cette série, les rumeurs ne se sont pas arrêtées là.
Un remake de Resident Evil 0 circule également depuis quelque temps, tandis qu’une nouvelle relecture du tout premier Resident Evil est régulièrement évoquée. Des informations attribuées à l’insider Dusk Golem affirment même que ce dernier projet aurait déjà franchi le stade de la préproduction. Rien de tout cela n’est toutefois confirmé officiellement par Capcom, et il faudra donc attendre avant de sortir le vieux couteau de survie.
Le plus intéressant reste finalement la reconnaissance de Masachika Kawata : cette stratégie ne pourra pas fonctionner éternellement. Le catalogue de la série n’est pas extensible à l’infini et, à force de refaire les épisodes historiques, Capcom finira forcément par arriver au bout de son stock de classiques à moderniser. L’éditeur devra alors trouver une nouvelle manière de conserver ce rythme particulièrement soutenu.
Mais pour l’instant, difficile de lui donner tort. Resident Evil est devenu l’un des rares cas où passé et présent peuvent fonctionner ensemble sans forcément se marcher dessus. Les remakes entretiennent la flamme, les nouveaux épisodes font avancer la licence et les bénéfices permettent à Capcom de tenter autre chose. Une mécanique bien huilée… même si, quelque part, on se demande forcément quel sera le prochain vieux manoir à visiter.
