Darius Gaiden a été testé sur SEGA Saturn.
Au milieu des années 90, pendant que toute l’industrie jurait fidélité à la 3D polygonale façon gros cubes difformes et textures qui bavent, TAITO décide de prendre tout le monde à contre-pied avec Darius Gaiden sur Sega Saturn. Et franchement, quel uppercut. Là où certains jeux 3D de 1995 ont aujourd’hui pris un sacré coup de vieux, ce shoot them up horizontal conserve encore une classe folle. Une véritable démonstration de puissance 2D qui exploite parfaitement les capacités de la machine de SEGA.
Dès l’introduction, le ton est donné. La planète Darius agonise, les survivants fuient vers Vadis, avant que l’armée Belser ne débarque pour transformer le tout en apocalypse spatiale. Résultat : il ne reste quasiment plus que deux Silver Hawk pour sauver l’humanité. Ambiance mélancolique, sensation de dernier espoir, musique oppressante… le jeu possède immédiatement une identité très forte. Et quand l’action démarre, c’est un véritable feu d’artifice visuel. Zooms, rotations, transparences, distorsions, explosions lumineuses : la Saturn crache absolument tout ce qu’elle a dans le ventre.
Mais le vrai choc vient surtout du gameplay. Darius Gaiden reste un shoot them up extrêmement accessible dans sa prise en main : un bouton pour tirer, un autre pour la bombe noire capable d’aspirer ennemis et projectiles dans une sorte de trou noir géant. Pourtant derrière cette simplicité apparente se cache un jeu d’une brutalité rarement vue. Dès le deuxième stage, l’écran se transforme en enfer lumineux où les tirs ennemis arrivent de partout. Et contrairement à certains manic shooters modernes, ici les hitboxes ne pardonnent pas toujours. Le système de rank vient encore compliquer les choses : plus vous récupérez de bonus, plus le jeu devient agressif. Un piège totalement sadique signé TAITO.
Des boss aquatiques totalement mythiques
Impossible d’évoquer Darius Gaiden sans parler de ses boss gigantesques inspirés du monde marin. C’est littéralement la signature de la série. Poissons mécaniques géants, méduses cybernétiques, créatures mutantes métalliques… chaque affrontement ressemble à une bataille de fin du monde. Le mythique Golden Ogre du premier niveau reste encore aujourd’hui un moment culte du shoot them up arcade.
Le plus impressionnant reste leur mise en scène. Certains boss changent totalement de forme pendant le combat, perdent des morceaux, modifient leurs patterns ou deviennent encore plus dangereux lorsqu’on détruit certaines parties de leur corps. Chaque affrontement ressemble à une guerre d’usure sous tension permanente. Le problème, c’est que certains combats tirent franchement en longueur. Quand un boss encaisse huit ou neuf cycles d’attaques avant de passer à sa seconde forme, la patience commence parfois à souffrir.
Autre énorme point fort : le système de routes multiples. À la manière de OutRun, chaque stage terminé vous laisse choisir votre prochaine destination parmi plusieurs embranchements. Résultat : pas moins de 28 zones différentes existent dans le jeu, avec plusieurs fins possibles. Une richesse énorme pour l’époque et une replay value monstrueuse pour les fans de scoring.
Une bande-son venue d’une autre galaxie
Visuellement, Darius Gaiden reste sublime aujourd’hui. Les sprites débordent de détails, les arrière-plans possèdent une profondeur incroyable et les effets spéciaux donnent constamment l’impression d’assister à un opéra spatial sous acide. Le Silver Hawk est superbement animé, les ennemis grouillent à l’écran dans tous les sens et certaines séquences semblent presque impossibles techniquement pour une console de 1995.
Mais là où le jeu devient véritablement hypnotique, c’est avec sa musique signée Zuntata. Oubliez les guitares métal habituelles du genre. Ici, place à des compositions étranges, parfois presque expérimentales, mélangeant percussions tribales, nappes mélancoliques et envolées opératiques totalement lunaires. Certains morceaux donnent carrément l’impression d’écouter la bande originale d’un cauchemar cosmique. Le thème du premier niveau reste une merveille absolue encore aujourd’hui.
Les bruitages ne sont pas en reste. Chaque explosion résonne avec puissance, les tirs claquent parfaitement et les bombes noires provoquent un chaos sonore jouissif. Le tout participe énormément à cette ambiance si particulière, presque oppressante par moments.
Un monument du shoot them up sur Saturn
Malgré ses immenses qualités, Darius Gaiden n’est pas un jeu parfait. Sa difficulté peut devenir franchement décourageante, surtout avec un nombre limité de continues sur console. Certains boss sont beaucoup trop résistants, le système de rank punit parfois injustement les joueurs et certaines routes deviennent quasiment inhumaines sans entraînement sérieux.
Mais malgré cela, difficile de ne pas tomber amoureux de cette folie arcade totalement assumée. Le jeu possède une personnalité énorme, une direction artistique inoubliable et un gameplay suffisamment solide pour rendre chaque partie grisante. Encore aujourd’hui, il reste l’un des plus grands shoot them up de la Sega Saturn et probablement l’un des meilleurs représentants du genre des années 90.
Un véritable opéra spatial 2D comme on n’en fait plus.





