Le jeu multijoueur est devenu aujourd’hui une expérience intrinsèquement, et étonnamment, antisociale. Vous attrapez une manette, occupez autant d’espace que possible sur votre canapé, puis vous vous connectez à une partie hébergée sur un serveur rempli de joueurs que vous ne connaissez pas. Votre objectif est alors de faire parler les armes au milieu d’un arsenal futuriste plus ou moins varié. En cours de route, vous serez raillé, insulté et, si vous jouez à un Halo, très probablement humilié par vos adversaires.
En 1976, bien sûr, les choses étaient un peu différentes. Pong représentait alors le summum du jeu multijoueur à domicile. Deux molettes, un bouton et un interrupteur, voilà tout ce dont vous disposiez. Avec votre adversaire assis juste à côté de vous, les provocations restaient généralement bon enfant. L’expérience était bien plus simple que ce que nous connaissons aujourd’hui, mais, à bien des égards, elle pouvait aussi se révéler largement supérieure. Cliquez pour découvrir pourquoi.
Matériel
En remontant 36 ans en arrière, on pourrait s’attendre à ce que les choses soient bien plus simples qu’aujourd’hui, et, à cet égard, cette console Pong fabriquée par Atari ne déçoit pas. À sa sortie, elle coûtait un peu moins de 100 dollars, soit l’équivalent du prix d’une Xbox 360 et d’une Nintendo Wii réunies en tenant compte de l’inflation. Le premier propriétaire de l’exemplaire que nous avons pu examiner l’avait toutefois acheté au prix de 79,95 dollars.
Il s’agit en réalité de la deuxième génération de matériel Pong commercialisée auprès du grand public, également connue sous le nom de Home Pong ou C-100. La première version, lancée en 1975, était quant à elle vendue exclusivement par Sears sous l’appellation Tele-Games Pong. En dehors de quelques différences de couleur au niveau des plastiques et des étiquettes, les deux modèles sont strictement identiques.
Et de quelle couleur sont les plastiques ? Comme cela deviendra par la suite une véritable signature d’Atari, cette édition de Pong arbore une combinaison de marron et de noir, qui illustre parfaitement le design caractéristique des années 70. La console repose sur une large base en plastique noir qui la surélève légèrement, tandis que de petits patins en caoutchouc placés sous chaque angle empêchent l’ensemble de glisser pendant les parties les plus animées.
Seule la partie supérieure est habillée d’un plastique marron plus clair qui vient recouvrir les flancs noirs de la machine. Ici, pas de finition imitation bois, comme celle que l’on retrouvera plus tard sur des consoles telles que l’Atari 2600. En revanche, certains éléments du design semblent s’inspirer d’une autre matière naturelle : le cuir. Bien entendu, il ne s’agit que d’une imitation, mais les panneaux noirs situés de chaque côté de la console présentent une texture évoquant clairement une surface en cuir, renforçant encore davantage son style typiquement seventies.
Ce sont justement ces deux panneaux surélevés qui accueillent les éléments les plus importants de la console : les deux molettes de contrôle. Il s’agit des seules commandes réellement nécessaires au fonctionnement de Pong. Fabriquées dans un plastique dur particulièrement basique, elles témoignent immédiatement des méthodes de fabrication de l’époque. Les traces laissées par le moulage par injection, encore visibles sur certains bords, rappellent que la machine a été conçue avant tout pour limiter les coûts de production.
Le dessous de la console confirme cette impression. L’interrupteur d’alimentation est un large commutateur assez souple, qui manque de fermeté lorsqu’on le manipule. Juste à côté se trouve un bouton métallique apparent portant l’inscription « PUSH START GAME ». Impossible de lire cette mention sans prendre, presque malgré soi, une voix digne d’un vieux savant fou tout droit sorti d’un film de Frankenstein.
Et c’est tout en ce qui concerne les commandes. À l’arrière de la console se trouve toutefois un connecteur qui ressemble fortement à une prise casque. Nous vous déconseillons pourtant d’y brancher vos tout nouveaux écouteurs Lou Reed Signature Edition. Il s’agit en réalité de la prise destinée au bloc d’alimentation… à condition d’en avoir acheté un. Oui, celui-ci était vendu séparément. Par défaut, la console fonctionne avec quatre piles de type D, logées sous le châssis, ce qui lui confère un poids étonnamment important que sa coque en plastique, pourtant assez légère, ne laisse pas deviner.
Le dernier élément visible est le câble coaxial qui sort directement du dessus de la console. C’est tout ce dont vous avez besoin pour la connecter à votre téléviseur… à condition que celui-ci dispose encore d’une entrée coaxiale. Les plus nostalgiques pourront même utiliser un véritable adaptateur RF Atari, équipé du célèbre interrupteur manuel GAME/TV. Les joueurs de l’époque se souviendront sans doute avoir oublié plus d’une fois de le remettre sur TV après une longue session de jeu, laissant les autres membres de la famille se demander pourquoi la télévision refusait soudainement de fonctionner.
Il n’existe pas de sortie audio dédiée, puisque tous les célèbres « bips » et « bloops » sont directement générés par la console grâce à un petit haut-parleur situé sous le logo Atari. L’emballage de Pong précisait d’ailleurs fièrement que la machine pouvait être connectée à n’importe quel téléviseur, qu’il soit en couleur ou en noir et blanc. Croyez-nous malgré tout : l’expérience est nettement plus agréable… en couleur.
Gameplay
« Whoa ! » est probablement le premier mot qui vous viendra à l’esprit lorsque vous actionnerez l’interrupteur d’une console Pong… à condition, bien sûr, d’avoir pensé à allumer votre téléviseur auparavant. Vous êtes alors accueilli par un véritable arc-en-ciel de blocs colorés qui traversent l’écran en changeant progressivement de teinte. L’effet est étonnamment psychédélique et, pour l’époque, particulièrement spectaculaire. Certains pourraient probablement rester des heures à contempler cette simple animation.
Pour lancer une partie, il suffit d’appuyer sur l’unique bouton prévu à cet effet. Aucun menu, aucun choix du nombre de joueurs : Pong est avant tout pensé pour deux personnes. Le manuel d’utilisation évoque bien un mode « Solitaire », présenté comme un moyen « d’améliorer son jeu ou tout simplement de s’amuser seul ». En réalité, il ne s’agit pas d’un véritable mode de jeu : il suffit de contrôler les deux raquettes simultanément et d’empêcher la balle de sortir d’un côté ou de l’autre de l’écran. Une curiosité plus amusante qu’autre chose, mais qui permet au moins de vérifier, avec une efficacité redoutable, quelle est réellement votre main dominante.
Pong révèle toutefois tout son intérêt en multijoueur. Les deux molettes étant séparées d’à peine une vingtaine de centimètres, les joueurs sont contraints de s’installer très près l’un de l’autre. Si les deux sont droitiers, mieux vaut ne pas être trop attaché à son espace personnel. Une époque où les manettes sans fil relevaient encore de la science-fiction.
Une fois la partie lancée, la balle — carrée, évidemment — commence à faire des allers-retours entre les deux camps. L’objectif est aussi simple qu’efficace : renvoyer la balle avec votre raquette, elle aussi rectangulaire, afin de la faire passer derrière celle de votre adversaire. Si vous la frappez en plein centre, elle repart tout droit. En revanche, un impact sur le haut ou le bas de la raquette modifie son angle de trajectoire. Plus surprenant encore, après quelques échanges, la vitesse de la balle augmente sensiblement, rendant les parties de plus en plus nerveuses et exigeantes.
Si vous manquez la balle, votre adversaire marque un point. Le premier joueur à atteindre 15 points remporte la partie. Ici, pas de règles compliquées concernant le service, ni d’obligation de gagner avec deux points d’écart. Le premier arrivé à 15 est déclaré vainqueur. Quant à sa récompense… elle se résume au même affichage de blocs colorés qui apparaît au démarrage de la console. Autrement dit, il n’y a pas vraiment de récompense.
Nous pourrions passer les prochains paragraphes à énumérer tout ce qui manque à Pong : un tableau des meilleurs scores, plusieurs modes de jeu, une bande-son, une longue campagne solo avec différentes fins ou encore une galerie de personnages avec lesquels nouer des relations… Mais ce serait passer à côté de l’essentiel. Car, malgré son extrême simplicité, Pong possède une qualité que beaucoup de jeux modernes peinent encore à retrouver : un véritable plaisir de jeu, immédiat et terriblement efficace.




