Shadow of the Orient a été testé sur Xbox Série X à partir d’un code fourni par l’éditeur. Merci à lui ! Screenshots issus de cette même version.
N’importe quel artiste et, ce, quel que soit son domaine vous le dira : l’important dans une œuvre, c’est de susciter une émotion. Positive comme négative, le but premier d’un ouvrage est de faire réagir le public face auquel il se confronte. Et surtout, un auteur cherche avant tout à fédérer le plus grand nombre et surtout d’éviter ce que tous redoutent : l’indifférence.
Et pour cela, et notamment dans le jeu vidéo, bâtir son ouvrage en le composant d’ingrédients ayant déjà fait ses preuves peut être une solution. Mais il suffit de constater que cette recette est loin d’être miraculeuse. Et je suis sûr que, sans même les nommer, vous avez en tête de nombreux exemples de jeux qui, sur le papier, semblaient prendre la route du succès, mais qui, au final, resteront sur le bas côté avec ce goût amer de déjà-vu.
Ce manque de « jusque-boutisme » qui différencie le produit de consommation du chef d’œuvre incontournable.
Mais alors, Shadow of the Orient ne serait donc qu’un simple produit ou parviendra-t-il à s’extirper de cette masse écœurante car trop présente du plateformer néo rétro ?
Faire le mal, c’est bien…encore faut-il bien le faire !
Premier incursion sur console et PC du studio Spacelab Games, Shadow of the Orient veut aller droit à l’essentiel et ne s’encombre pas d’un scénario des plus original. Au diable la subtilité, il est ici question d’une énième bataille du bien contre le mal des plus basiques.
On incarne Xialong, artiste martial maitrisant le pouvoir du feu dans sa quête contre des ténèbres revenue assombrir le monde, ou du moins l’Orient. Et pour éviter de se reprendre une rouste comme il y a 200 ans, le Clan de l’Ombre a décidé de prendre en otage des enfants que vous devrez libérer afin de rétablir la paix et la sérénité.
Tel un Bioman revu et corrigé par les Inconnus, ne vous posez pas trop de questions : vous êtes le gentil, ils sont les méchants et les enfants par essence, c’est gentil, donc c’est pour cela que les méchants leur veulent du mal. C’est aussi pour cela qu’en temps que gentil, c’est à nous de les sauver. Plus manichéen, tu meurs !
Si il faut avouer qu’un très grand nombre de jeux passés et actuels se basent sur ce postulat simpliste, progresser au fil des niveaux permet souvent de se rendre compte que tout n’est pas aussi simple qu’il n’y parait.
Mais autant couper court au suspens : Shadow of the Orient n’ira pas plus loin en explication et vous traverserez les 3 mondes, divisés en 5 niveaux chacun, en tuant toute menace et en libérant les juvéniles otages sans que l’on vous apprenne les tenants et aboutissants de vos actes ni les motivations des antagonistes.
Sans non plus tomber dans les méandres indigestes d’un Hidéo Kojima, on aurait souhaiter un peu plus de profondeur dans le scénario pour apporter un peu de cohérence et de logique entre les niveaux.
L’Orient, c’est grand ! Mais pas son ombre
Les premières minutes manette en main au contact de Shadow of the Orient s’avère très agréable. Notre personnage répond au doigt et à l’œil. Bien qu’assez limitées et très classiques, les possibilités de gameplay comme s’accrocher aux parois ou le double saut seront autant d’atouts utiles pour traverser les niveaux.
Le Level Design est par ailleurs suffisamment travaillé pour nous faire ressentir cette sensation grisante et satisfaisante en déjouant avec vélocité les nombreux pièges qui nous attendent.
Il est cependant très regrettable de constater rapidement le manque de renouvellement et d’originalité des niveaux. La lassitude pointe dès lors rapidement le bout de son nez, ce qui est d’autant plus dommageable que le jeu se traverse en une petite poignée d’heures.
Comptez deux heures maximum pour en voir le bout lors de votre première run, en cherchant quelques zones secrètes ou les enfants à libérer, mais sans trop se prendre la tête non plus. La bonne nouvelle pour les complétionnistes, c’est de pouvoir rejouer n’importe quelle partie du jeu grâce au « Stage Select » débloqué dans le menu principal une fois le jeu terminé.
Mais encore faut-il trouver la motivation suffisante pour aller chercher le 100%. Et c’est là que Shadow of the Orient se prend les pied dans le tapis, trahissant au passage ses origines et celles de son créateur : le jeu mobile.
Shadow of… plein de jeux !
Avec son pixel art plutôt léché, Shadow of the Orient se pare de beaux atouts esthétiques. Techniquement, rien à redire non plus, le studio canadien a soigné sa copie pour nous proposer une expérience fluide sans accrocs ni frustrations de ce point de vue. Par contre, la direction artistique est malheureusement des plus quelconque et n’apporte aucune personnalité pour se démarquer franchement de la multitude de jeux qui pullulent sur nos stores.
Le constat sera rigoureusement le même en ce qui concerne l’aspect sonore. Musiques et bruitages font leur travail mais sans panache ni autre ambitions que d’être présents même si ils évitent soigneusement d’être trop répétitifs pour nous taper sur le système.
Pire encore, le sentiment de déjà vu / déjà fait est très présent : par exemple, la démarche de notre héros ressemble étrangement à celle de Braid, le pixel art tente vainement de se hisser au niveau d’un The Messenger mais sans succès.
On peut aussi rajouter au tableau des griefs que l’univers moyenâgeux oriental est de plus en plus surexploité autant chez les indés que les AAA, les capacités à débloquer sont ultra classiques et quasiment toutes dispensables pour faire le tour du jeu…on sent que Spacelabs Games connait ses classiques mais est dans l’incapacité de les digérer et de s’en servir comme base pour faire de Shadow of the Orient une proposition unique.
Shadow of …mobile ! (et ce n’est pas un compliment)
Mais plus que cet aspect générique esthétique, c’est le manque de personnalité dans sa proposition de gameplay qui enferme définitivement Shadow of the Orient au royaume des jeux aussitôt fait, aussitôt oublié.
Comme dit précédemment la réactivité de Xialong doublé par un Level Design efficace fait plaisir à voir. Mais ce tableau idyllique est littéralement plombé par des affrontements mal maitrisés. Les hitsbox sont improbables et bien sûr toujours en votre défaveur.
Les ennemis, bien que variés, se franchissent toujours de la même manière (SPOILERS : attaquez les dans le dos). Pour couronner le tout, l’une des capacités nommée attaque de tiret, vous permet de passer à travers vos adversaires et leurs projectiles, tuant instantanément toute variété pour aborder les combats. Ne comptez pas non plus sur les boss de Shadow of the Orient qui n’apporteront guère plus de challenge de par des patterns trop prévisibles et grotesques.
Et puisque l’on aborde l’aspect capacités à débloquer, chaque ennemis battus lâchera son lot de pierres précieuses de toutes les couleurs, servant par la suite de monnaie d’échange contre de nouveaux pouvoirs, nouvelles armes, et renforcement de votre barre de vie. Si ça fait joli à l’écran, multiplier la nature des brouzoufs collectés est totalement inutile.
Ca sent la mécanique de jeu mobile free-to-play pour vous obliger à passer à la caisse afin d’obtenir le bon nombre de diamants de la bonne couleur. Dans un jeu console/PC payant, cet aspect est rigoureusement nul et sans fondement. Et par dessus le marché, plutôt que d’insérer un magasin où trouver ses upgrades à des intervalles réguliers dans le jeu, les développeurs de Shadow of the Orient ont eu la brillante idée de simplement mettre une vulgaire icone dans…le menu principal !! Et une icone en forme de caddie en plus… Bravo pour l’immersion !!
Enfin, et c’est peut-être le plus frustrant, le jeu pourrait se prêter au speed running. Il y a même un mode consacré à cela où le chronomètre sera votre pire ennemi et le moindre coup reçu sera synonyme de mort instantanée. Une idée fort plaisante sur le papier mais là encore, la proposition de Shadow of the Orient tourne à la déception/frustration puisque seul 5 niveaux inédits sont présents dans ce mode.
Pourquoi ne pas proposer ce challenge à l’ensemble des stages du mode aventure ? Pourquoi ne pas offrir aux joueurs de paramétrer son speedrun en proposant différents objectifs inhérents au genre comme libérer les prisonniers dans le meilleurs temps, ne tuer aucun ennemis, franchir la « ligne d’arrivée » sans s’être fait toucher et le plus rapidement possible ?
Bref, pourquoi se limiter à la surface des choses alors qu’un peu plus de profondeur et de réflexion aurait offert à ce Shadow of the Orient d’être plus que l’ombre d’un jeu tout juste moyen.








