Le jeu Onimusha: Way of the Sword a été testé sur PS5. Merci à l’éditeur
Il aura fallu attendre près de vingt ans pour revoir Onimusha dégainer son sabre. Depuis les grandes heures de la PS2, la série de Capcom était restée enfermée dans sa tombe, attendant visiblement le bon moment pour ressortir ses démons. Avec Onimusha: Way of the Sword, le studio ressuscite donc sa licence avec une nouvelle aventure mettant en scène un certain Miyamoto Musashi. Et autant le dire tout de suite : le bougre n’est pas revenu pour couper des radis.
Dans ce Japon féodal revisité par la fantasy, Musashi croise le fer avec Sasaki Ganryu, son célèbre rival historique. Les deux hommes connaissent une fin plutôt définitive avant d’être ramenés à la vie grâce à d’étranges pouvoirs Oni. Musashi reçoit alors un mystérieux gantelet capable d’absorber les âmes des démons Genma. Accompagné par l’esprit de Shizuka, il va devoir empêcher les portes de l’enfer de s’ouvrir complètement et protéger Kyoto d’une invasion démoniaque.
Le scénario mélange donc histoire japonaise, mythologie, samouraïs et gros monstres avec une certaine liberté. Mais surtout, il repose sur des personnages qui ont beaucoup plus de personnalité que ce que l’on pourrait attendre d’un simple jeu d’action.
Musashi, quel personnage !
Le nouveau Musashi est probablement l’une des plus belles réussites de cette aventure. Loin du samouraï silencieux qui passe son temps à regarder l’horizon, il est arrogant, drôle, parfois complètement dépassé par les événements et surtout extrêmement charismatique.
Capcom a eu la brillante idée de s’inspirer physiquement de l’acteur Toshiro Mifune, notamment connu pour ses rôles dans les films de samouraïs d’Akira Kurosawa. Le résultat est impressionnant. Les expressions faciales, la démarche, les petits mouvements et même certaines mimiques donnent énormément de vie au personnage. Les cinématiques sont particulièrement réussies et permettent aux différents protagonistes d’exprimer leurs émotions avec une efficacité assez remarquable.
La relation entre Musashi, Shizuka et Ganryu constitue le véritable cœur de l’aventure. Shizuka n’est jamais réduite au simple rôle de voix dans le gantelet et forme progressivement un véritable duo avec Musashi. Quant à Ganryu, sa rivalité avec notre héros apporte une bonne dose de tension et de spectacle. Quelques touches d’humour viennent également rappeler que la série Onimusha n’a jamais été totalement sérieuse.
Le sabre, c’est du sérieux
Et c’est évidemment dans les combats que Way of the Sword sort son plus beau kimono.
Musashi dispose d’attaques légères et puissantes qu’il peut enchaîner, mais la véritable richesse du système vient de la défense. Il faut apprendre à bloquer, esquiver, parer et dévier les attaques adverses. Le fameux Issen, une contre-attaque déclenchée avec un timing extrêmement précis, devient rapidement l’arme ultime du joueur patient.
Réussir un Issen procure cette petite décharge de satisfaction que l’on recherche dans un bon jeu d’action. Le temps semble presque ralentir, Musashi esquive l’attaque au dernier moment et répond immédiatement avec une violence qui ferait probablement réfléchir deux fois n’importe quel démon avant de recommencer.
Les affrontements permettent également de provoquer des duels de sabres, de casser la garde adverse ou de déclencher de puissantes attaques Oni. Chaque technique possède son intérêt et il faut observer les ennemis pour comprendre la meilleure manière de les affronter. On est loin du simple « je tape jusqu’à ce que ça meure ».
Les boss passent à la vitesse supérieure
C’est toutefois contre les boss que le système atteint son meilleur niveau. Leurs attaques sont impressionnantes, mais surtout lisibles. Il faut apprendre leurs mouvements, reconnaître leurs ouvertures et savoir quand prendre des risques.
La gestion des âmes ajoute une couche stratégique bienvenue. Les ennemis laissent tomber différentes âmes permettant notamment de récupérer de la santé, d’améliorer certaines capacités ou de charger les Oni Armaments. Le problème, c’est qu’il faut parfois prendre le temps de les absorber en plein combat, au risque de se faire découper pendant l’opération.
Les affrontements deviennent alors de véritables petits duels de patience. Une erreur peut faire très mal, surtout lorsque l’on tente un Issen et que le timing est raté. Certains combats demandent plusieurs essais avant d’être maîtrisés, mais la victoire procure une satisfaction bien réelle. Onimusha réussit ici quelque chose de très difficile : rendre la précision gratifiante sans transformer chaque rencontre en concours de souffrance.
Kyoto, entre charme et remplissage
Entre deux affrontements majeurs, Musashi revient régulièrement à Kyoto, qui sert de zone centrale. On y trouve des habitants, des ressources, des améliorations, des raccourcis et différentes petites missions.
Sur le papier, l’idée fonctionne. Dans les faits, cette partie de l’aventure est nettement moins convaincante. Certaines rues finissent par se ressembler et l’exploration donne parfois l’impression d’avoir été étirée pour augmenter artificiellement la durée de vie.
La collecte de matériaux pour améliorer le sabre, le gantelet ou les équipements ajoute également une dose de grind qui n’était pas forcément indispensable. Quelques améliorations paraissent trop faibles au regard du temps nécessaire pour réunir les ressources. Les ennemis et certains mini-boss reviennent aussi plusieurs fois, parfois suffisamment pour que l’on commence à connaître leur emploi du temps.
Heureusement, les quêtes de Lady Murasaki remontent largement le niveau. Ces petites histoires racontent des situations souvent étranges, amusantes ou plus dramatiques, et permettent surtout d’en apprendre davantage sur l’univers et les personnages. C’est clairement le contenu secondaire à privilégier.
Un Japon démoniaque magnifique
Visuellement, Way of the Sword est une vraie réussite. Le RE Engine fait encore des merveilles, notamment sur les visages et les animations. Les personnages sont particulièrement expressifs et les cinématiques peuvent parfois donner l’impression de regarder un film de samouraïs interactif.
Les environnements sont également très variés entre forêts, temples, montagnes, forteresses et rues de Kyoto. Dommage que la ville soit parfois plongée dans une ambiance grisâtre et boueuse qui rend certaines zones beaucoup moins mémorables.
La direction artistique compense largement cette petite faiblesse. On retrouve ce mélange typique d’histoire japonaise et de monstres totalement déjantés qui faisait déjà le charme des anciens épisodes. Certains ennemis et boss semblent tout droit sortis d’un rêve fiévreux de Capcom.
Côté musique et ambiance sonore, le travail reste solide, même si c’est surtout le bruit des lames qui s’entrechoquent, les cris des ennemis et le soin apporté aux voix qui marquent vraiment. Pour une immersion maximale, la version japonaise est clairement à privilégier.
Un sabre encore trop lourd
Le principal défaut de Onimusha: Way of the Sword vient finalement de son envie d’en faire un jeu plus gros que nécessaire. Là où les anciens épisodes pouvaient aller droit au but, cette nouvelle aventure ajoute une zone centrale, de la collecte, du crafting, des quêtes secondaires et différentes activités qui ne sont pas toutes au même niveau.
Le rythme peut donc souffrir de quelques longueurs, particulièrement lorsque l’on doit retourner à Kyoto pour récupérer des ressources ou accomplir certaines tâches peu passionnantes. C’est dommage, car lorsqu’il revient à son cœur de métier, le combat, le jeu devient immédiatement passionnant.
Il aurait probablement gagné à être un peu plus court et plus concentré. Quelques heures de contenu annexe en moins et davantage de combats majeurs auraient permis de conserver une aventure plus nerveuse. Mais malgré ces longueurs, le plaisir de manier le sabre reste suffisamment puissant pour maintenir la flamme.







