À peine passée sous pavillon privé, Electronic Arts pourrait déjà connaître une nouvelle transformation majeure. Selon des informations rapportées par Bloomberg, le Public Investment Fund (PIF) d’Arabie saoudite étudierait la possibilité de rapprocher EA de Savvy Games, une autre société contrôlée par le fonds souverain. Si le projet venait à se concrétiser, il donnerait naissance à l’un des plus gros acteurs du jeu vidéo au monde.
L’idée intervient quelques semaines seulement après l’acquisition d’Electronic Arts par un consortium réunissant le PIF, Silver Lake et Affinity Partners, pour environ 55 milliards de dollars. EA a ainsi quitté la Bourse pour devenir une entreprise privée. Le PIF chercherait désormais à réorganiser une partie de son imposant portefeuille vidéoludique en rapprochant l’éditeur de Savvy Games Group.
Sur le papier, le mariage aurait de quoi faire beaucoup de bruit. D’un côté, EA apporterait des licences internationales comme EA Sports FC, Battlefield ou The Sims. De l’autre, Savvy possède déjà plusieurs poids lourds du jeu mobile, notamment Monopoly Go! et Pokémon GO à travers ses différentes acquisitions. Le rapprochement permettrait donc de réunir des activités très différentes sous une même bannière, du blockbuster traditionnel au jeu mobile à très forte audience.
Mais pour l’instant, rien n’est signé. Les informations de Bloomberg reposent sur des personnes proches du dossier qui ont souhaité rester anonymes, et le PIF n’a pas encore pris de décision définitive. Surtout, un éventuel rapprochement ne serait pas envisagé avant la finalisation d’une autre opération importante menée par Savvy : l’acquisition pour 6 milliards de dollars de Moonton, l’entreprise chinoise spécialisée dans le jeu mobile.
Savvy Games n’est d’ailleurs pas un nouveau venu dans les grandes manœuvres. Soutenue directement par le PIF, la société saoudienne a multiplié les acquisitions ces dernières années. Elle a notamment racheté l’éditeur mobile Scopely pour 4,9 milliards de dollars, avant de mettre la main sur les activités liées aux jeux de Niantic, notamment Pokémon GO, dans une opération évaluée à 3,5 milliards de dollars.
Une fusion entre EA et Savvy ne passerait cependant pas comme une simple formalité administrative. Une opération de cette ampleur devrait obtenir l’aval de plusieurs autorités de régulation et pourrait faire l’objet d’un examen particulièrement attentif sur le terrain de la concurrence. Le précédent de Microsoft et Activision Blizzard montre d’ailleurs à quel point les autorités peuvent s’opposer à une concentration massive dans l’industrie : le projet de près de 70 milliards de dollars avait été bloqué dans un premier temps avant de finalement être approuvé.
Cette réflexion intervient alors que l’industrie traverse toujours une période compliquée, marquée par le ralentissement post-pandémie, les réductions de coûts et les vagues de licenciements. Dans ce contexte, la constitution de groupes toujours plus importants peut apparaître comme une manière de mutualiser les ressources et de miser sur des revenus récurrents. Mais elle soulève aussi une question assez évidente : jusqu’où peut aller la concentration du marché avant que les régulateurs ne commencent à sortir le carton rouge ?
Pour l’instant, EA reste donc EA et Savvy reste Savvy. Aucun calendrier de fusion n’a été annoncé et les deux entreprises n’ont pas commenté les informations. Mais après une acquisition à 55 milliards de dollars, Electronic Arts pourrait déjà se retrouver au cœur d’une nouvelle opération XXL qui rapprocherait encore davantage l’industrie du jeu vidéo des grands groupes d’investissement internationaux.

