Rarement un jeu vidéo avait possédé une durée d’exploitation aussi longue et aussi fructueuse (on peut citer en autres exemples Minecraft, Fortnite, Rocket League dans une moindre mesure et bien sûr l’indétrônable World of Warcraft). Mais ne nous égarons pas car ici c’est bien de Grand Theft Auto V dont il est question. Sorti en Septembre 2013, le titre a traversé les années et les générations de consoles et demeure encore vivace au moment où ces mots sont tapés.
Hors normes, gargantuesque, bourrée de détails jusqu’à plus soif et de personnages tous plus frappadingues les uns que les autres, Rockstar signait là une sorte d’aboutissement dans ce que peut être un GTA. Mais c’est bien avec le Online – autrefois assez subsidiaire dans la licence – que ce cinquième opus va perdurer dans le temps.
Retour sur un jeu à nul autre pareil.
Partie 1 : Les Épisodes 2D ( et un peu d’ historique )
Partie 2 : Grand Theft Auto III – l’épisode révolutionnaire
Partie 3 : Grand Theft Auto Vice City – Brillant épisode
Partie 4 : Grand Theft Auto San Andreas – L’indépassable
Partie 5 : GRAND THEFT AUTO Liberty City Stories – épisode Populaire malgré tout…
Partie 6 : Grand Theft Auto : Vice City Stories – Une Valeur Sûre
Partie 7 : GRAND THEFT AUTO IV – Le tournant essentiel
Partie 8 : Test de GTA Chinatown Wars (PSP)
Partie 10 : GTA VI – Fantastique Promesse
SI SEXY LE CIEL DE CALIFORNIE
Suite aux DLC de GTA IV, les équipes de Rockstar North enchaînent dès 2008 sur un nouveau projet qui ne mettra pas moins de 6 ans à sortir. Il faut dire que la tâche est colossale et extrêmement ambitieuse : reproduire une Californie du Sud la plus réaliste possible avec en son sein un ersatz de Los Angeles d’une crédibilité sans faille.
Très vite tous les studios de la firme sont sollicités, soit pas loin de 1000 personnes qui développeront ce San Andreas du renouveau. Car pas question de repartir du jeu éponyme reprenant l’ensemble de l’État de l’ouest américain, on repart de zéro.
Des milliers de photos et vidéos sont prises par les équipes de recherches envoyés sur place, des centaines de documents sont visionnés – aussi bien historique que géographique, voire même démographique – et même des données topographiques seront utilisées pour la création de l’environnement.
Rien que tout cela constitue un sacerdoce. Dan Houser le déclarera lui-même : la phase de recherche et de création du monde ouvert fut la plus fastidieuse de la production.
Pourtant la création de cet univers allait se combiner avec une nouvelle mécanique de jeu pas évidente à concevoir : la présence non plus d’un seul protagoniste mais de trois. Là encore, la faisabilité de la chose fut assez subtile à mettre en place. Les trois récits devaient-ils être autonomes, un peu à l’instar du trio de GTA IV ? Devaient-ils se rencontrer ponctuellement dans des séquences clés de l’histoire ? Ou bien une collaboration étroite devait-elle avoir lieu tout du long de l’aventure ?
Au final on connaît tous la réponse mais le boulot abattu pour rendre la chose viable telle que nous l’avons expérimentée dans nos parties respectives fut un travail de longue haleine, semé de doute, de réajustements et d’équilibre.
Certains pontes de chez Rockstar voyaient dans cette dissolution du ‘rôle principal’ une erreur, un choix qui ne trouverait pas l’adhésion des joueurs – il suffisait qu’un des trois personnages ne plaise pas pour planter l’ensemble du jeu.
D’autres y virent une opportunité de fluidifier la trame scénaristique, de simplifier grandement l’exploration (on pouvait faire un long trajet avec l’un des membres du trio jusqu’aux coins les plus reculés de la carte et en un switch se retrouver au cœur de la grande ville) et surtout de multiplier les points de vue, les styles et les expériences.
Les réfractaires et les enthousiastes se retrouvaient donc sur un point : le casting était PRI-MOR-DIAL.
TROIS FOIS PLUS C’EST TROIS FOIS RIEN
Los Santos, État de San Andreas. Sous le sable, les paillettes et les palmiers se cache un monde de superficialité, de faux-semblant et du ‘paraître à tout prix’. Dans cette ville baignée sans arrêt par le soleil on suit le destin de trois malfrats, aux statuts divers.
Tout d’abord Mickael De Santa, un ancien braqueur de banques colérique rangé des voitures qui retombera dans ses travers à cause de la perte de ses nerfs sur la mauvaise personne. Marié et père de famille, il tente d’être là pour ses proches du mieux qu’il le peut, c’est-à-dire pas assez. Perdu dans sa vie personnelle il va replonger corps et âme dans le monde du crime jusqu’à ce que la corde casse… où qu’il se retrouve lui-même.
Dans cette épreuve – cette remise en question – il sera confronté à un fantôme de son passé : le terrible et incontrôlable Trevor Philips. Monstre psychopathe mais capable de réussir les coups les plus tordus qui soient, cet ancien pilote de l’armée de l’air canadienne agira comme une catharsis sur Mickael. Sans limite, ni morale ni physique, le taré de la bande sera l’élément du chaos, celui qui poussera ses camarades dans leurs retranchements les plus vils.
Face à ces deux figures tutélaires et ô combien contraire, nous trouvons Franklin Clinton. Un gars pas foncièrement mauvais mais élevé dans la culture des gangs de Los Santos, entre deals de drogues et balles qui fusent entre quartiers rivaux. Voyant dans la rencontre avec Mickael le moyen de sortir de sa condition peu envieuse de petit truand qui finira sa vie dans une benne à ordures, le jeune homme devient le bras droit de ce dernier. Et très rapidement va voir son style de vie grandement évolué…
Voici donc notre fameux casting. Trois hommes. Trois destins. Trois singularités aux caractères bien trempés et aux ambitions très différentes.
Comme nous l’avons vu au cours des différentes pages de ce dossier GTA, ce n’est pas du tout la première fois que nous pouvons incarner plusieurs personnages dans un jeu de la licence. Toutefois la grande nouveauté qui fera tout le sel de cet épisode va venir du fait que nous pouvons passer de l’un à l’autre à la volée à n’importe quel moment de notre partie (avec des exceptions) via un sous-menu spécifique.
Et toute la construction du titre va tourner autour de cette mécanique inédite. Que ce soit au cours des missions où la diversité des approches permettra de mieux appréhender la suite des événements ou en exploration libre où chacun de ces antihéros pourra poursuivre son quotidien selon son mode de vie.
Par exemple certaines rencontres ne seront possible qu’avec l’un des trois protagonistes, chacun possédera aussi ses propres planques, ses propres garages, son propre véhicule personnel et surtout sa propre sphère sociale (qu’elle soit familiale, amicale ou complètement assujettie et assez arriérée).
Chacun d’entre eux bénéficiera également d’une capacité spéciale. Mickael pourra activer un « Bullet-Time » lors d’affrontements armés, Franklin aura lui la possibilité de mettre le monde au ralenti lors des phases de conduite (fort pratique) et Trevor se verra doté d’une aura de rage surpuissante lui donnant à la fois plus de résistance et de puissance de feu.
Avec ces trois zigotos, les joueurs trouveront un équilibre par eux-mêmes, privilégiant l’un ou l’autre de ces lascars au cours de leurs parties selon leurs propres affinités. Le coup de poker d’un récit divisé en trois point de vue distinct s’avérera donc payant, au grand soulagement des financiers de chez Take-Two. Et ce ne sera que le début du pactole…
TELLEMENT DE POSSIBILITÉ
Cependant, avant d’évoquer ce qui fera les gros sous de GTA V, revenons succinctement sur ce que propose cette escapade à Los Santos en terme de jouabilité et de découverte. Alors il est quand même bon de préciser qu’il est tout simplement impossible de revenir sur l’ensemble de ce que propose le titre tellement cela foisonne dans tous les sens.
Votre serviteur lui-même, pourtant joueur régulier du jeu depuis le premier jour de sa sortie en 2013 découvre encore ces dernières heures des choses à propos de ce titre à l’occasion de ce dossier (vous le saviez, vous, pour le coup du Tsunami ayant frappé San Andreas en 1971 ? Ou au sujet des toiles d’araignée qui défraient la chronique ces dernières semaines entre GTA V et RDR2 ?).
Faisons toutefois un rapide inventaire, non exhaustif donc.
Tout d’abord, bien entendu que San Andreas dispose de pléthores de véhicules en tout genre. Voitures, motos, camions, bus, taxis, hélicoptères, avions, hors-bords, voiliers… il y a en aura pour tous les goûts. Et oui vous pouvez obtenir chacun d’entre eux, et même les sauvegardez tant qu’il vous reste de la place dans vos garages. Si jamais vous perdez un de vos engins favoris, il sera disponible à la fourrière pour un certain temps, contre monnaie sonnante et trébuchante.
En ce qui concerne les avions, les hélicoptères et les bateaux, des « parkings » spécifiques sont à acheter (Trevor possède son propre aérodrome). Et oui CHACUN des personnages doit acheter son PROPRE emplacement. Ce n’est pas un qui achète et trois qui profitent. Les engins entreposés de ces catégories seront sauvegardés mais seuls ceux ayant été acheté reviendront à leur point de départ après avoir été perdus au cours d’une sortie.
Vous pourrez participer à tout un tas d’activités, plus ou moins licites. Du golf au marathon, du tennis aux courses de stock-cars, du parachutisme au vol de supérette. Parmi les nombreuses quêtes annexes vous pourrez jouer au chasseur de primes ou bien devenir photographe animalier. Entre deux hobbys, rien ne vous empêchera de braquer un fourgon blindé ou d’aller passer du bon temps au night-club.
On retrouve les éternelles cascades auxquelles s’ajoutent désormais d’autres défis comme les vols sous les ponts, les parcours de figures aériennes ou les très difficiles vols sur la tranche qui demandent de passer entre deux immeubles avec notre avion sur le côté (nombreux crashs à prévoir !).
Du côté des collectibles, c’est plus que prolifique. Et sans doute trop tant au bout d’un moment cela devient véritablement barbant. Entre les 50 pièces de ‘vaisseaux spatial’, les 50 ‘morceaux de lettres’, les tracts de la secte, les mosaïques de singe (douloureux souvenirs) et les plans de peyotl (qui nous permettent d’incarner… des animaux !), sans oublier tout ce qu’il y a à ramasser dans les profondeurs de l’océan (pièces de sous-marin et déchets nucléaires), on ne sait plus ou donner de la tête. Et encore, on doit certainement oublier d’en énumérer…
On pourrait encore parler des stands de tir avec épreuves, des courses de jet-ski, de la possibilité de customiser quasiment tous les véhicules, des coiffeurs, des tatoueurs, des magasins de fringues, de la douzaine de propriétés à acheter qui débloque là encore d’autres possibilités (taxis gratuits par exemple…). C’est sans fin ou presque.
Au lieu de cela, revenons un peu sur les évolutions qu’a connu GTA V au fil des générations de consoles. Sorti à l’ère de la PS360, il survola celle de la PS4/One pour continuer son petit bout de chemin sur les PS5/Series.
Beaucoup d’éléments furent rajoutés au fur et à mesure des versions, au-delà des évolutions techniques évidentes – distance d’affichages, gestions des lumières, densité du trafic. L’élément le plus marquant fut l’arrivée de la vue à la première personne lors du passage sur PS4/One. Renforçant encore plus l’immersion, cette vue s’avère au final peu pratique lors de certaines phases de jeu (mais en conduite c’est le pied, surtout en bécane !).
Ce passage sur la nouvelle génération d’alors fut aussi l’occasion de rajouter un peu de faune (lapins, chats…mais jamais ils ne mettront les chevaux, qui manquent vraiment), quelques missions cachées (dont ces fameuses mosaïques…) et surtout un élément qui ravira les cinéphiles amateurs dont l’auteur de ces lignes : le mode cinéma.
Cet ajout, qui arriva d’abord sur PC, permet de réaliser tout un tas de choses sympathiques en permettant de jouer tout en contrôlant son environnement : heure, météo, circulation piétonne et automobile, niveau de recherche etc… mais aussi en permettant d’incarner absolument tous les personnages du jeu ! Et on ne parle pas seulement des principaux ou des rôles secondaires mais bien aussi tous les PNJ, qu’il s’agisse des epsilonistes ou des SDF, des hôtesses de l’air ou des pompiers, des skateurs ou des chauffeurs de bus.
À cette foule immense s’ajoute une catégorie assez folle : les animaux. Et donc oui il est possible de parcourir la carte de GTAV dans la peau d’un cerf, d’un sanglier ou d’une mouette. Notez que les animaux marins restent seulement accessibles via les peyotls du mode histoire, ils ne sont pas disponibles dans le mode réalisateur.
Et donc tout cela sert à produire ses propres courts-métrages selon son bon vouloir. Comme sur un véritable plateau de cinéma vous contrôlerez absolument tout : lumières, angles de caméra, décors, acteurs on en passe et des meilleurs. Il s’agit là rien de moins que d’un véritable studio virtuel qui si vous avez l’âme d’un réalisateur vous emportera pour de très nombreuses nuits blanches (expérience vécue).
Le seul défaut de cet incroyable mode vient du fait de ne pas pouvoir faire parler nos acteurs de pixels en dehors des quelques interjections pré-programmées, ce qui oblige à ruser ou à concevoir des histoires muettes…
Sur les versions PS5/Series, peu de rajout, voire même pas du tout. C’est surtout sur la technique que vont revenir les développeurs : ciel refait de fond en comble, effets météo sublimés (les couchers de soleil deviennent enchanteurs), lumières nocturnes amplifiées, flore largement augmentée et une gestion des flux humains et de circulation encore plus poussée. C’est bien simple, on se croirait dans une véritable ville tellement elle fourmille de gens et de voitures.
Ils adapteront au passage cette nouvelle itération aux spécificités de chaque console. Par exemple la manette PS5 devient une véritable expérience sensorielle avec ses nombreuses vibrations, son pavé tactile et son haut-parleur duquel ressortent tous les appels téléphoniques.
À COUP DE MILLIONS…
Malgré le succès incontestable de Grand Theft Auto V, de son histoire, de ses personnages et de son univers, ce n’est pas à travers son ‘jeu de base’ que le titre va rapporter des centaines de millions de dollars à ses concepteurs. Du moins pas uniquement. Ce qui va emmener ce cinquième opus au firmament, c’est son mode Online.
En près de quinze ans d’existence ce sont des millions de joueurs qui ont passé des dizaines, des centaines, voire des milliers d’heures sur des parties en ligne, à traverser la carte dans tous les sens, à suivre les nouveautés, les nouvelles ‘maps’, les nouvelles missions, les innombrables mises à jour qui font vivre encore aujourd’hui GTA Online.
Proposant un nombre hallucinant de modes, d’événements toujours plus nombreux, des véhicules en veux-tu-en-voilà (parfois jusqu’au burlesque avec des motos volantes), la customisation de ses armes, de sa planque, de créer son propre gang, de participer à des casses dantesques et bien d’autres choses encore, l’aspect « multijoueur en ligne » autrefois toujours canard boiteux dans la saga explose littéralement tous les compteurs dans GTA V.
Un succès qui laisse entre admiration et circonspection tant le phénomène ne tarit pas malgré le temps qui passe. Et continue de faire vendre la galette même en 2026. Sur PC, avec les mods qu’il est inutile de vouloir dénombrer tellement ils sont pléthores, il reste l’un des fers de lance de la galaxie du streaming, sans souffrir la moindre seconde d’une baisse de popularité.
BILAN
GTA V est bien plus qu’un jeu vidéo, et ce presque malgré lui. Devenu le bien culturel le plus vendu de tous les temps avec ses 220 millions d’exemplaires au compteur (!), dont 10 millions encore en 2025 et plus de 15 millions en 2024, on reste étourdi devant de tels chiffres de ventes. Car certes le jeu est plutôt bon et bien peaufiné mais il reste loin d’être un titre véritablement exceptionnel – il est moins complet que San Andreas et bien moins écrit que le IV pour ne citer que ces points-là.
Peu importe tout cela, les faits sont incontestables : avec ce cinquième opus, Grand Theft Auto est devenu un phénomène de société, pour le pire et le meilleur. Une œuvre vidéoludique ayant atteint le plus haut des sommets et qui ne souffre d’aucune concurrence d’aucune sorte. Seul un autre gros projet à sortir prochainement semble être en mesure de le faire tomber de son piédestal : le très (et sans doute trop) attendu GTA VI…
On en parle très vite dans la dernière partie de notre dossier.










