Le troisième épisode de GTA créa l’événement à sa sortie en 2001 et révolutionna à sa manière l’industrie, qui dans les années à venir se lancera dans des ‘mondes ouverts’ de plus en plus étoffés. Il lancera aussi le cycle dit ‘3D’ de la licence GTA, dont nous allons parcourir chaque épisode dans ce dossier.
Pour l’anecdote, l’aura de ce titre est tellement puissante qu’en 2024 il eut droit à une conversion sur Dreamcast par une bande de fans adepte de programmation. Balèze Blaise !
Partie 1 : Les Épisodes 2D ( et un peu d’ historique )
Partie 3 : Grand Theft Auto Vice City – Brillant épisode
Partie 4 : Grand Theft Auto San Andreas – L’indépassable
Partie 5 : GRAND THEFT AUTO Liberty City Stories – épisode Populaire malgré tout…
Partie 6 : Grand Theft Auto : Vice City Stories – Une Valeur Sûre
Partie 7 : GRAND THEFT AUTO IV – Le tournant essentiel
Partie 8 : Test de GTA Chinatown Wars (PSP)
Partie 9 : GTA V – Prospère épisode
Partie 10 : GTA VI – Fantastique Promesse
DE RETOUR SUR LE TROTTOIR
Lors d’un braquage, Catalina trahit son amant et le laisse pour mort dans une ruelle après lui avoir tiré dessus. Miraculeusement sauf, le malfrat sera tout de même mit derrière les barreaux mais pas pour bien longtemps. Se retrouvant malgré lui au cœur d’une évasion mouvementée lors d’un transfert, il retrouvera la liberté et surtout l’envie d’une tenace revanche à prendre sur son ex-partenaire.
Multipliant les petits boulots pour les différents gangs de Liberty City, il participera de fait à leurs destructions mutuelles en faisant germer les graines de la discorde dans chacun des groupes mafieux, qui se consumeront les uns les autres. De toute cette pagaille il parviendra à s’en extirper plus qu’habilement jusqu’aux retrouvailles avec la Miss pour une dernière danse…
Pas forcément évident d’en avoir conscience vue d’aujourd’hui, mais le nom du protagoniste de GTA III ne fut pas officiel avant la version anniversaire sortie une décennie plus tard. Il y avait des rumeurs persistantes bien sûr néanmoins le prénom de Claude mit du temps pour s’accoler définitivement à ce personnage taiseux qui jamais ne lâche la moindre parole.
Cet aspect singulier de cet antihéros absolu en fait un vicelard discret, que tout le monde prend pour un pauvre bougre alors qu’il en sait bien plus que ce que tout le monde croit. Il agit de plus comme un révélateur auprès des gens qu’il côtoie, ceux-ci n’hésitant pas à lui faire quelques révélations qu’ils pensent à l’abri. Claude traverse alors l’intrigue à la fois comme fauteur de troubles et témoin privilégié de la chute des milieux criminels qui gangrène la ville. Marrant de se dire que par ses actes il débarrasse Liberty City de toutes les têtes pensantes de la pègre locale.
Notre mutique bonhomme posa les bases qui serviront pour les futurs personnages de la licence. Piqueur de bagnole dans l’âme, il peut également se déplacer à pied, courir, sauter et user de tout un tas d’armes qui vont du flingue au lance-roquette. Étant le premier a essuyé les plâtres de la programmation 3D de la saga, Claude fait partie des non-nageurs et aura donc pour principal adversaire les étendues d’eau entourant Liberty. Dans le même genre, il n’est pas capable de s’accroupir (problème de genou vraisemblablement).
Pour ce qui est de ses qualités derrière un volant, elles sont bonnes mais gare à l’effet savonnette de certains modèles de véhicule, dont aucun au passage ne possède de freins performants. On se retrouve souvent à la flotte à cause de cette inertie un peu leste. Le sel du jeu viendra de toute évidence des joutes automobiles avec les forces de l’ordre. Selon votre degré de méfaits et de dangerosité un barème – symbolisé par des étoiles – s’affichera et indiquera le niveau de recherche des policiers. Plus il y aura d’étoiles, plus ils seront revanchards. Au plus haut niveau de recherche, votre survie sera plus que compromise.
Précision d’importance à relever : uniquement des voitures et des camions vous serviront à faire mumuse dans ce troisième GTA.
Et ce fichu Dodo…
COMME UN AVION SANS AILE
Revenons un instant sur la conception de ce premier Grand Theft Auto en trois dimensions. Il s’agit toujours du studio d’Édimbourg derrière la programmation, composé d’environ 25 personnes (et oui, on est bien loin du Rockstar d’aujourd’hui !). La petite équipe est tout de même assistée – on dira plus ‘supervisée’ – par des lointains collègues qui eux ont leurs bureaux au siège de Rockstar, situé lui en plein cœur de New-York, à Manhattan.
Pour l’anecdote toute MegaForce, le prototype de GTA III se fit sur Dreamcast. Ce premier ‘build’ fut même à l’origine de la validation définitive du projet ! Paradoxal quand on sait que le jeu ne verra jamais officiellement le jour sur cette plateforme (jusqu’à ce portage ‘fan-made’ évoqué en introduction donc, comme quoi il ne faut jamais désespérer de rien).
Un mode multijoueur fut même envisagé avant que les contraintes de temps, de budget et de moyen ne coupent court à cette idée.
La volonté première sur ce renouveau de GTA n’était non plus de faire ‘jouer’ un jeu aux joueurs, mais de leur faire ‘vivre’ un jeu (une idée instaurée peu avant par un certain… Shenmue). Au vu du résultat final qui sortira quelques mois plus tard, on peut dire que le pari fut réussi.
Mais avant cela, il y eut un séisme en cette année 2001. En septembre. Le 11.
Devant l’ampleur de la catastrophe terroriste ayant touché les tours jumelles, la sortie du jeu est retardée de quelques semaines, le temps pour les développeurs de vérifier que leur titre « provoc’ » ne pousse pas le bouchon trop loin en cette triste période de deuil national aux USA.
La pression à ce moment-là est immense sur le studio – situé à quelques encablures du World Trade Center ! – et certains évoquent même l’annulation complète et définitive de la sortie du jeu. Mais Sam Houser insiste. Pas d’annulation, un report seulement. Le temps de faire un inventaire complet des entrailles de la programmation, et de virer ce qui pourrait porter à préjudice.
Dans cette revérification de dernière minute se feront quelques coupes et autant de modifications, parfois annexes, parfois centrales. Rockstar affirmera cependant que ces changements ne représentent qu’1 % du jeu global, mais on a du mal à les croire.
Pour donner quelques exemples concrets, la couleur des voitures de police fut modifiée, passant du bleu classique des patrouilleuses de Big Apple au noir profond de celles de La Cité des Anges. Des dialogues de PNJ passèrent à la trappe, la carte elle-même aura droit à un petit lifting (on ne saura jamais vraiment à quel niveau….). Les avions – élément ô combien sensibles en cette période – furent rendus intangibles pour ceux au sol tandis que ceux dans les airs ont vu leurs trajectoires déviées et leurs altitudes augmentées.
Quant au petit biplan à hélice, on va tout simplement lui couper les ailes.
Car oui contre toute attente sa présence dans le jeu restera effective. Les discussions ont dû être vives dans les locaux de Rockstar sur ce sujet. Mais le Dodo ne fut pas retiré du jeu.
Pour ceux qui ne connaissent pas, le Dodo est donc un petit avion possédant la particularité assez peu conventionnelle pour un appareil de cette famille de ne pas avoir d’ailes. Et oui il existe des joueurs qui parviendront quand même à « voler » avec par on ne sait quel miracle (et patience visiblement). Cette prouesse est plus simple cependant à réaliser sur PC, le clavier permettant plus de souplesse qu’une manette sur la manipulation très précise que cet exploit nécessite.
IL FAUT BIEN COMMENCER QUELQUE PART
Comme il est à la base de tout ou presque (faut pas oublier quand même les deux premiers épisodes en 2D vu du ciel), ce que proposent les pérégrinations de Claude dans les rues de la satirique cité semblera bien mince à ceux qui redécouvriraient le jeu à rebours des épisodes plus récents. On retrouve de fait l’essence de tout ce que développera la licence dans les opus qui suivront mais dans leurs plus simples expressions.
En dehors des missions principales et scénarisées nous auront droit à quelques quêtes annexes facultatives où se mêleront assassinats, courses de rue ou simples vols de voitures à acheminer dans des hangars.
S’instaure dès le départ le petit plus des ‘jobs’ de base, à savoir pompier / ambulancier / policier / taxi, ainsi que les rodéos qui consistent à massacrer des gangs dans une épreuve de survie (et qui seront l’une des principales causes des déboires médiatiques de la licence).
On retrouve aussi, héritage des épisodes 2D, les sauts uniques pour jouer au cascadeur du dimanche. Par contre autre nouveauté avec l’apparition des collectibles : 100 paquets cachés qui dans ce GTA III s’inaugureront en étant des sachets de dopes. Comme ce qui deviendra une habitude dans l’ère « 3D », à chaque nouvelle dizaine dégotée cela vous lâche soit une arme soit le gilet pare-balle disponible dans vos planques.
Toutes ces activités représentent à la fois peu et beaucoup car quand on pense qu’il s’agissait là d’un ‘coup d’essai’ la prouesse reste belle. On a connu plus mauvais départ pour une licence (oui on sait ce n’est pas le ‘vrai départ’, mais on se comprend…).
Un truc devenu très commun aujourd’hui mais qui à l’époque scotcha les joueurs, ce fut la radio. Alors oui ça fait boomer de le dire mais avoir l’occasion d’écouter plusieurs stations de radio dans un jeu était pour nos jeunes esprits d’alors tout simplement révolutionnaire.
On en retient toujours quelques morceaux, comme le mythique ‘She’s on Fire’ qui nous faisait beaucoup rire, surtout quand notre caisse était justement en feu…
« J’ÉTAIS À TROIS DOIGTS DE LA PERFECTION »
Bien qu’il s’agisse du GTA 3D le plus simple à parcourir, il n’en reste pas moins que quelques défauts ternissent son aura. À commencer par l’intelligence artificielle volontairement casse-bonbons. Avec ses bagnoles qui vous bloquent délibérément la route, changent de voies pour vous empêcher de tracer ou qui tournent à 90° au dernier moment pour bien vous démonter le capot… On en passe et des meilleurs.
Oui c’est programmé exprès et mille fois oui, c’est rageant. Et dans l’univers de GTA le clignotant doit être en option, et pas donnée de surcroît car personne ne les prend ! Tout cela pourrait paraître anecdotique mais quand vous devez réussir 78 missions d’ambulancier d’affilée avec un trafic qui fait tout pour vous compliquer la tâche, croyez-nous vous finissez par voir rouge (sang) !
Il y a ensuite le système de visée automatique qui fait aussi des siennes. À distance il ne fonctionne pas trop mal, le problème survient quand un agresseur vous moleste au corps-à-corps alors qu’un autre vous canarde de plus loin. Les armes à feu ne ciblent pas les assaillants se tenant à hauteur de mandale tandis qu’en toute logique les armes de mêlée elles ne sont pas efficaces contre des tireurs éloignés.
Dans cet entre-deux il faut donc jongler très rapidement dans le menu des armes pour passer d’un gun à la batte de baseball (par exemple) avant que les gredins ne vous fassent passer à trépas. Plus facile à dire qu’à faire… Dans le feu de l’action c’est cafouillage garanti.
Sinon on en revient toujours à la conduite savonneuse des engins bien que le phénomène ne soit pas égal entre les différents véhicules. À chacun de voir avec quel genre de bagnole il se sent le plus à l’aise.
BILAN
Malgré le fait que ce soit le premier de l’ère 3D, GTA III reste l’épisode le plus cool de cette période. Son ambiance, son héros, ses missions en font un jeu encore et toujours agréable à parcourir, même plus de 20 ans après sa sortie.
Alors certes avec le recul c’est loin d’être le plus complet et pour cause : c’est lui qui posa les bases sur lesquelles ses successeurs s’appuieront. Des bases solides et savamment bien troussées qui amèneront Rockstar à connaître le succès que l’on connaît.
Quelques revers sont toutefois à prendre en compte dont le plus irritant reste cette propension qu’a le jeu à mettre délibérément des bâtons dans les roues du joueur – surtout quand on conduit ! Mais au-delà de ça, c’est du tout bon !
GTA III est sorti en 2001 sur PS2, Xbox et PC. 10 ans plus tard des portages iOS et Android pointent le bout de leur nez à l’occasion de l’anniversaire du jeu. Et c’est en 2021 que le titre paraît dans sa « Definitive Edition » sur tous les supports existants de l’époque. Une édition qui aura fait parler et sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir plus tard dans ce dossier.
Plus de 18 millions d’exemplaires de Grand Theft Auto III ont été vendus à ce jour.










